2022-2026, les années folles

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La démocratie, notre force

Bataille des retraites, crise démocratique, leadership syndical… Durant quatre ans, la CFDT aura donné à voir un syndicalisme libre, démocratique et déterminé. Les syndicats ne s’y sont d’ailleurs pas trompés, en validant largement le rapport d’activité, à 86,65 %.

Par Anne-Sophie Balle Publié le 17/07/2026 à 09h05

Du 22 au 26 juin, la CFDT tenait son 51e congrès. Les résultats du vote du rapport d’activité ont été validés à 86,65 %. Bordeaux, mercredi 24 juin 2026.
Du 22 au 26 juin, la CFDT tenait son 51e congrès. Les résultats du vote du rapport d’activité ont été validés à 86,65 %. Bordeaux, mercredi 24 juin 2026.© Simone Perolari

Trois ans tout juste après avoir pris les rênes de la CFDT, Marylise Léon, le 22 juin dernier, a présenté le rapport d’activité de la Confédération. Le bilan « d’une action collective » largement adopté à 86,65 % . « En quatre années, le pacte social, le rapport au travail, la démocratie, la place de l’Europe dans le monde, la planète elle-même ont été sérieusement secoués. La CFDT n’a pas traversé cette période en spectatrice. Elle a agi. Elle a tenu. Elle a obtenu », a rappelé la secrétaire générale. 

Obtenue, la suspension de la réforme des retraites, qui aura mobilisé dès les premiers mois de la mandature des millions de travailleurs et fait naître « un véritable sentiment de fierté militante », résume, à la tribune, le Syndicat Chimie Énergie Dauphiné-Vivarais. Jusqu’à cette date du 14 octobre 2025, désormais ancrée dans les mémoires collectives, où le Premier ministre annonçait la suspension. « Oui, [c’est] une victoire, et c’est la nôtre ! », résume Marylise Léon.

Obtenue aussi, la visibilité de tous ces travailleurs essentiels, « applaudis pendant le Covid et si vite oubliés […]. Grâce à la CFDT, les “essentiels” ont, pour la première fois, été vus et reconnus », témoigne le Syndicat francilien de la Propreté. Obtenue, enfin, la fin de la limitation des trois mandats successifs au comité social et économique (CSE) pour des militants que les ordonnances Macron ont proprement essorés. Au point que « certains ont parfois l’impression d’avoir vécu plusieurs mandats en un seul », alerte le Syndicat Communication Conseil Culture Nord-Aquitaine.

Manal Salim, Syndicat francilien Propreté.
Manal Salim, Syndicat francilien Propreté.© Joseph Melin

« Pas de compromis avec l’extrême droite »

Si la bataille des retraites a incontestablement marqué ce mandat et réaffirmé le leadership de la CFDT comme première organisation syndicale de France, elle a aussi révélé l’état de la démocratie. « Pendant ces quatre années, la démocratie française a été fragilisée […] », avance Marylise Léon, avant de clarifier les choses : « Dans ce paysage, l’extrême droite prospère. Pour la CFDT, elle n’est pas un adversaire politique parmi d’autres. Elle est le contraire de ce que nous sommes […]. Sur ce terrain, mes camarades, il n’y a pas de compromis possible. »

La montée de l’extrême droite et le danger d’une récupération politique de la colère, légitime, des travailleurs ont d’ailleurs largement émaillé les interventions des syndicats à la tribune. « Alors que le risque de victoire en 2027 nous ferait boire le calice jusqu’à la lie, nous ne pouvons nous accrocher qu’à nos valeurs fondamentales et à notre action quotidienne au service des travailleurs et des travailleuses », a lancé le Syndicat francilien de la Métallurgie.

Frédéric Bafour, Syndicat Métallurgie Île-de-France (Sud-Est).
Frédéric Bafour, Syndicat Métallurgie Île-de-France (Sud-Est).© Emmanuelle Marchadour

Et d’action quotidienne la période 2022-2026 n’aura pas manqué. Alors que les organisations patronales peinent encore trop souvent à parler du travail, la CFDT a, de son côté, multiplié les initiatives : des Assises du travail de 2022 au manifeste "Le Travail que nous voulons", édité en 2025 ; du premier accord national interprofessionnel sur la transition écologique et le dialogue social (2023) à la constitution d’un réseau de militants formés en vue d’interpeller les employeurs sur les conséquences du dérèglement climatique. Dans une salle surchauffée par la canicule, l’obtention du décret sur les fortes chaleurs de juillet 2025 – qui oblige l’employeur à adapter les organisations du travail – a été justement pointée. Le Syndicat Agri-Agro Meurthe-et-Moselle saluant, à la tribune, ces « salariés pour qui le changement climatique ne se lit pas dans les rapports mais dont les conséquences se vivent au quotidien ». Pour nombre de salariés du BTP, de la restauration, de l’enseignement… le thermomètre est « le nouveau baromètre des inégalités au travail ».

Du côté de l’emploi, la Confédération n’est pas en reste. Alors que les inquiétudes s’accroissent, la CFDT a activé tous les leviers : celui de l’anticipation, en signant un premier accord sur l’emploi des seniors et les reconversions, qui permet de se former à un nouveau métier tout en gardant son contrat de travail. Celui de la proximité, aussi, en allant rencontrer sur le terrain les salariés confrontés aux restructurations et autres plans sociaux. Carrefour, Duralex, Michelin, Eurolysine (ex-Metex)… « Lorsque nous travaillons ensemble (section, syndicat, région, fédération, Confédération), le résultat est là. La solidarité n’est pas qu’un slogan, c’est une méthode d’action », a réaffirmé le Syndicat Chimie Énergie Picardie.

« La négociation n’est jamais une faiblesse »

« Nous pouvons être fiers de beaucoup de choses. Mais les travailleurs vivent-ils réellement mieux qu’il y a quatre ans ? C’est à cette seule question qu’il nous faut répondre », lâchait le Syndicat Hôtellerie Tourisme Restauration Île-de-France. Partout, le même constat : les rémunérations stagnent, le Smic devient un salaire de carrière, les agents se paupérisent, la colère monte. « En cinq ans, la perte de pouvoir d’achat est considérable et engendre un profond sentiment d’injustice et de déclassement chez les agents », selon le Syndicat francilien Agents de la Sécurité sociale (Sfass). Avec l’accord sur le partage de la valeur, la conférence salariale de 2023 et la directive sur la transparence des salaires, la Confédération a agi pour améliorer le champ de la négociation salariale.

« Notre fierté, ce n’est pas d’avoir gagné toutes les batailles mais d’avoir tenu la barre de nos engagements.»

« Mais disons-le : le bilan n’est pas bon », a concédé Marylise Léon, avant de questionner « la loyauté des organisations patronales qui freinent la mise en œuvre des engagements pris » ainsi que le déni de reconnaissance de l’État employeur – qui « nous oppose systématiquement l’état des finances publiques » et en fait « un alibi permanent au déclassement salarial des agents ». Dénonçant « une captation des richesses vers le haut qui fissure et paupérise », certains syndicats appellent à plus de radicalité. « Arrêtons de subir, soyons inventifs et n’oublions pas de faire société », a conclu le Syndicat Santé-Sociaux du Vaucluse.

Oui indéniablement, « la CFDT a grandi durant cette mandature », résumait Marylise Léon au regard de ces années folles. « Notre fierté, ce n’est pas d’avoir gagné toutes les batailles mais d’avoir tenu la barre de nos engagements. D’avoir montré que la responsabilité n’est pas la résignation ; que la négociation n’est jamais une faiblesse. Que le compromis n’est pas l’effacement. Que la mobilisation n’est pas la violence. Que le rapport de force n’est pas la posture. »