Une partie du monde à Bordeaux

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icone Extrait de l'hebdo n°4018

Le 51e congrès confédéral offre l’occasion d’inviter toutes les structures syndicales avec qui la CFDT coopère, et 56 organisations issues de 49 pays ont répondu présente. De l’Allemagne à la Colombie, du Bénin au Vietnam en passant par la Biélorussie. Quatre d’entre elles sont montées à la tribune et ont témoigné de leurs réalités et de la force de la solidarité internationale.

Par Jérôme Citron, et Basile LejeunePublié le 25/06/2026 à 06h00

Fito Aguirre (CTA Autónoma, Argentine) avec Marylise Léon…
Fito Aguirre (CTA Autónoma, Argentine) avec Marylise Léon…© Simone Perolari

“En Argentine, nous subissons une politique ultralibérale virulente”

« Je viens au congrès de la CFDT pour dénoncer une situation nationale mais aussi un phénomène mondial. » Responsable de la politique internationale du syndicat argentin CTA Autónoma, Fito Aguirre a dressé un état des lieux critique de la situation syndicale de son pays depuis l’arrivée au pouvoir de Javier Milei, le 10 décembre 2023. « Nous subissons une politique ultralibérale particulièrement virulente vis-à-vis des droits des travailleurs, avec des licenciements massifs et un droit de grève réprimé. »

L’Argentine – qui fut un temps une référence en matière de droits des travailleurs – connaît un immense recul ces dernières années. Le pays se trouve aujourd’hui dans le top 10 des pires pays en matière sociale, selon la Confédération syndicale internationale. « Mon message est un signal d’alarme pour la communauté internationale. Attaquer le droit des travailleurs, c’est attaquer la démocratie. La résistance au fascisme doit être mondiale car les droits des travailleurs sont en danger », a insisté Fito, sous les applaudissements de la plénière.

“L’avenir de l’Ukraine est lié à l’Union européenne”

Nataliya Levytska (KVPU, Ukraine).
Nataliya Levytska (KVPU, Ukraine).© Simone Perolari

« Déjà quatre ans ! » À la tribune du 51e congrès, la vice-présidente de la Confédération syndicale ukrainienne KVPU, Nataliya Levytska, rappelle avec émotion que la guerre est toujours aux portes de l’Europe. Mais que les organisations syndicales françaises ont immédiatement et massivement apporté leur soutien. La CFDT avait d’ailleurs témoigné de ce soutien inconditionnel aux travailleurs ukrainiens lors du congrès de Lyon, en juin 2022, quelques mois à peine après l’invasion russe.

À l’époque, personne n’imaginait que cette guerre serait encore d’actualité aujourd’hui. « Chaque jour, nous payons un prix très élevé pour pouvoir vivre dans un pays démocratique. Nombre de syndicalistes sont au front, certains sont morts, d’autres blessés. Leur courage nous rappelle que la liberté et les droits de l’Homme n’ont jamais été obtenus sans lutte », a lancé Nataliya, sous les applaudissements d’une salle conquise par la dignité et la retenue de cette militante visiblement émue par ce soutien sincère et chaleureux.

Lors de son discours, Nataliya a également évoqué la nécessaire reconstruction du pays. La reconstruction des infrastructures, bien entendu, mais également celle de la dignité des personnes. « L’avenir de l’Ukraine est lié à l’Union européenne, et ce n’est pas qu’un projet politique. Il s’agit aussi d’un projet pour la justice sociale et le droit des travailleurs. Votre solidarité syndicale doit être vue comme un investissement au service des valeurs que nous avons en commun, un investissement au service des travailleurs du monde entier. »

“Le Liban appelle à l’aide”

Castro Abdallah (Fenasol, Liban).
Castro Abdallah (Fenasol, Liban).© Simone Perolari

« 4 000 morts et un million de civils déplacés, dont 400 000 enfants. » Dans une intervention riche en émotion, Castro Abdallah, secrétaire général du syndicat Fenasol, a décrit abruptement la situation de son pays depuis mars 2026, et plus particulièrement depuis l’offensive israélienne menée dans le sud du Liban. « L’armée multiplie les crimes de guerre. Les journalistes, les médecins sont pris pour cible. Des hôpitaux, des mosquées et des églises ont été bombardés. »

Face à ces bombardements qui « visent aussi les terres agricoles », la population ne voit pas le bout du tunnel. De nombreux villages ont été rasés. « Il faut obtenir un cessez-le-feu », a insisté Castro, en appelant à la solidarité syndicale internationale afin de faire pression sur les belligérants. Il a par ailleurs tenu à remercier la CFDT et toutes les associations qui ont apporté leur soutien au Liban dans la période. « Votre solidarité est une source de motivation immense. Il y a une lueur d’espoir. Grâce à vous, nous avons pu acheminer des denrées alimentaires et des produits d’hygiène. » Cela dit, les besoins restent immenses.

“La Turquie s’éloigne peu à peu de la démocratie”

Ayfer Koçak (Kesk, Turquie).
Ayfer Koçak (Kesk, Turquie).©Simone Perolari

« Avec la CFDT, nous sommes deux confédérations sœurs. Nous nous battons pour un monde où les droits des travailleurs sont protégés. » À la tribune, Ayfer Koçak, cosecrétaire générale de la confédération Kesk (travailleurs du public), s’est montrée combative sans pour autant cacher les difficultés rencontrées par les organisations syndicales de son pays. « Depuis vingt-quatre ans, la Turquie s’éloigne de la démocratie et des droits de l’Homme. Le président Recep Tayyip Erdoğan s’efforce de museler toutes les oppositions, mais nous avons décidé de ne pas nous taire. »

De fait, 200 militants sociaux-démocrates ont été mis en garde à vue au moment même où les militants du Kesk arrivaient à Bordeaux pour participer au congrès de la CFDT. « Ils sont accusés de terrorisme, car toute personne qui s’oppose au gouvernement est considérée comme terroriste. Que l’on soit journaliste, militant associatif ou syndicaliste, ça ne fait pas de différence. »

Heureusement, la pression internationale permet parfois d’obtenir des victoires. Grâce à la mobilisation de nombreuses organisations syndicales à travers le monde, un syndicaliste turc vient d’être acquitté des accusations de terrorisme… au bout de quatorze années de procédure. « La solidarité syndicale internationale permet de protéger nos espaces démocratiques ! » Ayfer Koçak a par ailleurs souhaité qu’un processus de paix voie le jour pour les Kurdes. « Les syndicats sont, par nature, des acteurs de la paix. Sans paix, il n’y a pas de droit du travail. »