Les dossiers sociaux de la rentrée

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iconeExtrait de l’hebdo n°3788

Jean Castex recevra les partenaires sociaux du 1er au 3 septembre dans une série de rencontres bilatérales pour faire le tour des sujets sociaux de la rentrée.

Par Anne-Sophie Balle— Publié le 31/08/2021 à 12h00 et mis à jour le 01/09/2021 à 09h26

Au lendemain de sa nomination, le Premier ministre Jean Castex recevait, en juillet 2020 (photo), les partenaires sociaux à Matignon.
Au lendemain de sa nomination, le Premier ministre Jean Castex recevait, en juillet 2020 (photo), les partenaires sociaux à Matignon.© Eric Tschaen/RÉA

Une rentrée sociale sur les chapeaux de roues. Après l’attentisme de l’été, où chacun a pu observer l’impact de la quatrième vague sur l’économie, le Premier ministre, accompagné de la ministre du Travail, Élisabeth Borne, recevra un à un les leaders syndicaux et patronaux pour un tour d’horizon des sujets sociaux. Le menu des échanges n’a pas été officiellement dévoilé. Mais il y a fort à parier que l’évolution de la situation sanitaire concentrera, une fois encore, l’essentiel des échanges.

“L’urgence est à l’organisation d’une reprise du travail dans les meilleures conditions, mais cette période impose de nous interroger plus globalement sur le travail.”

Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT

La mise en œuvre du passe sanitaire dans les entreprises et les administrations (exigé depuis le 30 août à 1,8 million de salariés des hôtels, cafés et restaurants et autres lieux accueillant du public), la poursuite des protocoles sanitaires ou encore l’évolution des aides aux entreprises sont autant de sujets conjoncturels que les partenaires sociaux souhaitent aborder avec l’exécutif. La CFDT veut faire de l’organisation du travail un sujet prioritaire de dialogue social dans les entreprises comme dans les administrations. « L’urgence est certes à l’organisation d’une reprise du travail dans les meilleures conditions, mais cette période impose aussi de nous interroger plus globalement sur le travail », confiait son secrétaire général, Laurent Berger.

La fin du “quoi qu’il en coûte” ?

Dans son rapport remis à la fin juillet au Premier ministre, le comité de suivi et d’évaluation des mesures de soutien financier aux entreprises chiffrait à 230 milliards d’euros le total des aides accordées par l’État (activité partielle, fonds de solidarité, prêts garantis par l’État [PGE] et report de cotisations sociales concentrant l’essentiel des dépenses), traduction du « quoi qu’il en coûte » promis en mars 2020 par le chef de l’État.

Dix-huit mois plus tard, il s’agit de passer du « quoi qu’il en coûte » au « sur-mesure » en maintenant les filets de protection bénéficiant aux secteurs toujours fragilisés par la crise – le fonds de solidarité a ainsi été ouvert à la mi-août à toutes les entreprises ayant perdu au moins 10 % de leur chiffre d’affaires – et en donnant un coup d’accélérateur à la mise en œuvre du plan de relance.

À ce titre, la CFDT demande que l’investissement massif dans les compétences fasse partie intégrante de ce plan de relance afin de préserver et de développer l’emploi. « Trop d’entreprises font encore le choix des suppressions de postes plutôt que des dispositifs permettant de former les salariés (APLD) ou ouvrant la voie à une évolution professionnelle (Transco) », estime Laurent Berger.

Des réformes toujours dans l’air

Si l’exécutif scrute avec autant d’attention l’évolution de la situation sanitaire, c’est parce qu’il y conditionne la poursuite de ses réformes emblématiques. À huit mois de la fin du quinquennat, les marges de manœuvre sont relativement faibles. Il n’empêche : la CFDT, tout comme les autres partenaires sociaux, n’entend pas relâcher la pression. La question de la réforme des retraites est sur toutes les lèvres depuis le ballon d’essai lancé par le chef de l’État peu avant l’été, à l’occasion d’un déplacement dans le Lot. Balayé lors de la conférence sociale du 6 juillet dernier à l’Élysée, le sujet devrait néanmoins revenir sur la table avec le lancement, dans les prochaines semaines, d’une concertation autour de Jean Castex. Fidèle à sa ligne, la CFDT redit son opposition à une réforme d’ici à 2022 et le risque de « conflictualité sociale » en cas de passage en force avant l’élection présidentielle.

Même chose du côté de l’assurance chômage. Avant l’été, la suspension en référé de la mise en œuvre de la réforme de l’assurance chômage par le Conseil d’État fut un sérieux revers pour le gouvernement. S’il espère toujours une application complète de son projet au 1er octobre, la décision « au fond » dudit Conseil d’État (attendue pour la fin septembre) pourrait bien clore, une fois pour toutes cet épineux dossier, érigé en totem par l’exécutif depuis le début du quinquennat malgré l’opposition farouche et unanime des organisations syndicales.

Plan de requalification pour les chômeurs de longue durée

À propos de l'auteur

Anne-Sophie Balle
Rédactrice en chef adjointe de Syndicalisme Hebdo

L’exécutif pourrait enfin profiter de ces rencontres bilatérales pour dresser les contours de son « plan massif de formation et de requalification » des chômeurs de longue durée, annoncé par le chef de l’État dans son allocution du 12 juillet dernier. Alors que les derniers chiffres du chômage, publiés à la fin août, confirment une relative stabilité (8 %), le nombre de personnes inscrites depuis plus d’un an à Pôle emploi, lui, continue de croître. On estime aujourd’hui à 2,84 millions le nombre d’inscrits sans activité au cours des douze derniers mois, soit 267 000 de plus qu’en mars 2020. L’idée de ce plan de requalification n’est pas nouvelle : elle consiste à renforcer l’accompagnement (y compris social) des personnes les plus éloignées de l’emploi, avec une phase d’expérimentation lancée à la mi-septembre, précédant une généralisation, possiblement au début de l’année 2022. De quoi glisser habilement d'une stratégie de réformes à une phase de campagne.