Télétravail chez Airbus : la CFDT dénonce une remise en cause de l’accord signé

temps de lecture Temps de lecture 5 min

icone Extrait de l'hebdo n°4022

La volonté du PDG d’Airbus d’imposer quatre jours de présence sur site à compter du 1er septembre suscite un vif mécontentement parmi les salariés. Selon la CFDT, cette décision est contraire à l’esprit de l’accord qualité de vie et conditions de travail de 2024.

Par Sabine IzardPublié le 07/07/2026 à 12h00

image
© Jean-Claude Moschetti/RÉA

C’est un courrier adressé aux 160 000 salariés d’Airbus dans le monde qui a mis le feu aux poudres. Dans une lettre interne du 9 juin, le PDG du premier constructeur mondial d’avions, Guillaume Faury, a annoncé vouloir encadrer plus strictement le télétravail et renforcer la présence sur site. « Nous sommes une entreprise industrielle qui fabrique des biens physiques qui ne peuvent pas être produits à domicile […]. Pour ceux d’entre vous qui travaillent dans le cadre de l’accord existant sur le télétravail, notre objectif est d’avoir une présence sur site de quatre jours par semaine à compter de septembre », a-t-il expliqué. Auprès de beaucoup de salariés, la demande passe mal. En France, elle est même contraire à l’esprit de l’accord qualité de vie et conditions de travail (QVCT) signé en 2024.

« L’accord QVCT prévoit que les managers puissent autoriser jusqu’à deux jours de télétravail par semaine, en fonction des besoins du service. Toute restriction doit être motivée. Or, aujourd’hui, une consigne générale vient limiter cette possibilité à une journée hebdomadaire, et plusieurs managers ont reçu pour instruction de restreindre systématiquement le télétravail. Nous demandons simplement que l’accord soit appliqué », explique Hervé Pinard, coordinateur CFDT chez Airbus.

L'engagement des salariés remis en cause

Le syndicaliste pointe également une communication malheureuse de la direction, qui, dans son courrier, établit un lien entre télétravail et absentéisme. « C’est ce qui a mis le plus les gens en colère. Les salariés ont eu le sentiment que leur engagement était remis en cause, tout comme celui des managers qui organisent le travail de leurs équipes », estime le représentant syndical.

Face à cette décision, la CFDT a multiplié les mobilisations. Une lettre ouverte a été adressée à la direction dès le lendemain ; un sondage a été lancé auprès des salariés et une pétition (ouverte jusqu’à la fin du mois de septembre) comptabilisait déjà près de 1 800 signatures une semaine après son lancement. Un rassemblement s’est également tenu devant le siège social d’Airbus, le 30 juin dernier, pour interpeller la direction.

“C’est le respect du dialogue social qui est en jeu”

Au-delà de la question du nombre de jours télétravaillés, c’est, selon la CFDT, le respect du dialogue social qui est en jeu. « Si tous les services passent automatiquement à un jour de télétravail, on n’est plus dans une décision prise en fonction de l’organisation de chaque équipe. On applique une règle générale qui n’a jamais été négociée », développe Hervé Pinard.

Le représentant syndical s’inquiète également des conséquences de cette décision sur les conditions de travail des salariés et l’attractivité du groupe. « Le travail s’est beaucoup transformé ces dernières années. Les bureaux en flex office ne permettent plus aux salariés de personnaliser leur espace de travail, et les grands open spaces sont très bruyants. Les jeunes ingénieurs me disent qu’ils travaillent mieux de chez eux, au calme. Ils avancent davantage. Certains ont aussi profité de la période du Covid, lors de laquelle le télétravail a été renforcé, pour s’installer un peu plus loin de l’entreprise, dans des logements plus grands. Tout cela vient bousculer les équilibres vie pro-vie perso. Sans même parler de l’impact environnemental… », souligne Hervé Pinard.

Quelles suites ?

À propos de l'auteur

Sabine Izard
Journaliste

Sont désormais étudiées les suites juridiques possibles avec la Fédération générale des Mines et de la Métallurgie (FGMM). Il s’agit de savoir si cette application uniforme de nouvelles règles de télétravail peut être qualifiée d’application déloyale de l’accord collectif. « Si tous les salariés se retrouvent obligés de se limiter à un jour de télétravail par semaine, ce n’est plus une décision prise au cas par cas. C’est une remise en cause de l’accord négocié avec les organisations syndicales. Nous restons donc mobilisés pour les salariés », conclut le militant.