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Extrait de l'hebdo n°4008
Stéphane Maciag, secrétaire général de la CFDT Métallurgie, fait le point sur l’état de l’industrie en France et en Europe mais aussi sur l’emploi dans les secteurs de l’automobile et de la métallurgie, particulièrement touchés, ces derniers mois, par nombre de délocalisations et suppressions d’emplois…

Comment se portent les industries française et européenne ?
Nous sommes confrontés à un contexte d’instabilité mondiale qui impose de renforcer nos capacités industrielles et notre souveraineté. Or les décisions d’investissement sont aujourd’hui à l’arrêt, et l’Europe accuse un net retard, notamment vis-à-vis de la concurrence exercée par les États-Unis et la Chine. Cette situation accentue nos dépendances et notre vulnérabilité.
En France, le marché du travail se dégrade : le nombre de demandeurs d’emploi augmente, et l’industrie est particulièrement touchée par la multiplication des plans sociaux, des redressements et des liquidations judiciaires. Les décisions d’embauche sont différées et les suppressions d’emplois se multiplient.
Certains secteurs comme l’aéronautique, le nucléaire, l’armement et le ferroviaire résistent, mais pour combien de temps encore ? De fait, les stratégies de délocalisation et de réduction des coûts fragilisent les salariés, notamment dans les domaines de l’automobile, de la sidérurgie ou de l’électronique. Les sous-traitants et les fournisseurs sont très exposés faute d’anticipation et de coopération à l’échelle des filières.
C’est pourquoi la CFDT défend une transition juste : il faut anticiper les transformations, investir dans l’innovation et les compétences, créer de véritables outils de reconversion et des passerelles entre secteurs.
La hausse des prix des carburants constitue-t-elle un angle mort pour certains secteurs industriels ?
Les tensions géopolitiques, notamment au Moyen-Orient, entraînent une hausse des prix du pétrole et du gaz mais aussi des perturbations logistiques qui impactent les entreprises. Toutefois, nous n’avons pour l’instant que peu de remontées d’entreprises de l’automobile ou de la métallurgie en grande difficulté directement à cause des prix des carburants.
En revanche, les effets négatifs sont bien réels pour les salariés, en particulier les plus modestes et ceux qui n’ont pas d’autre solution que d’utiliser leur voiture afin de se rendre au travail. Des mesures ciblées sont donc nécessaires : adaptation des indemnités transport, soutien au pouvoir d’achat, développement de la mobilité alternative et aménagement de l’organisation du travail. Si le télétravail peut faire partie des solutions, il ne doit pas accentuer les inégalités entre ceux qui en bénéficient et les autres.
Dans ce contexte, il faut rouvrir les négociations salariales et tenir compte du retour de l’inflation. Enfin, ces tensions confirment l’urgence et le bien-fondé d’accélérer la transition énergétique pour réduire notre dépendance au pétrole.
Les délocalisations, notamment dans la R&D, font-elles peser une menace sur notre avenir industriel ?
Après les délocalisations de la production, nous assistons aujourd’hui à une vague qui percute la recherche et développement. Sous le prétexte d’un manque de compétences en France – ce que nous contestons –, nombre de grands groupes industriels tels Renault ou ArcelorMittal délocalisent leurs activités, notamment en Chine et en Inde. Il s’agit d’une erreur stratégique majeure. Les délocalisations passées ont affaibli notre appareil productif et expliquent en partie les difficultés actuelles de réindustrialisation. Notre avenir industriel est en danger si nous perdons aussi notre capacité à innover. Il est donc essentiel de ne pas reproduire les erreurs du passé et de préserver, en France et en Europe, les capacités de production, de recherche et développement. Cela suppose des politiques industrielles ambitieuses, mais aussi un accroissement des efforts en matière de compétences et de reconversion afin de maintenir les savoir-faire.