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Extrait de l'hebdo n°3993
Budget introuvable, débat sur la fin de vie qui s’enlise, élections municipales à haut risque… Cette année s’annonce compliquée sur le plan politique, avec la présidentielle de 2027 en ligne de mire. Côté syndical, en revanche, le cru 2026 sera riche avec le congrès de la CFDT en juin et les élections fonctions publiques en décembre. Entre-temps, la conférence travail-emploi-retraites doit permettre aux partenaires sociaux de préparer “l’après-Macron” en mettant sur la table des pistes de réforme.

Le Premier ministre va-t-il, finalement, avoir recours au 49.3 ? Va-t-on vers de nouvelles élections législatives ? Jusqu’à quand les administrations vont-elles être contraintes de fonctionner a minima du fait de la loi spéciale votée en décembre dernier ? À la mi-janvier, aucune réponse n’est encore donnée à ces questions. Certes, les Français ne sont plus sidérés par ce blocage, l’année 2025 ayant commencé de la même façon. Alors, oui, la carte Vitale fonctionne toujours ; oui, l’État peut prélever l’impôt ; oui, le pays continue de vivre sans qu’une catastrophe majeure soit à craindre.
49.3 ou pas ?
Sur le plan politique, la fébrilité observée il y a un an semble s’estomper. Pour autant, ce début d’année n’est pas simple. La loi spéciale n’a pas vocation à durer. Le Premier ministre doit trouver une solution… et les planètes n’ont pas l’air de s’aligner. Alors qu’il est parvenu à faire voter le budget de la Sécu in extremis à la fin 2025, il semblerait que les députés ne soient pas prêts à renouveler l’expérience : la commission des finances a rejeté le texte le 10 janvier. Ce dernier est à présent examiné par les députés (depuis ce 13 janvier), mais aucun accord n’est pour l’instant sur la table. Et de nombreux ténors (du PS et de LR, entre autres) demandent à présent au Premier ministre d’utiliser le 49.3 afin de débloquer la situation – mais Sébastien Lecornu tente de respecter sa promesse de ne pas y recourir, rendant responsables les députés de la situation de blocage. Le dilemme est cruel : avec 49.3, l’exécutif réclame l’abstention des députés pour faire passer le budget ; sans 49.3, il a besoin d’un vote positif, ce que ces derniers refusent jusqu’à présent.
Loi fin de vie… ou non
Pour tenter de s'extraire du budget, les parlementaires vont essayer d’avancer sur un sujet qui semblait consensuel au départ mais qui devient, lui aussi, extrêmement problématique : l’aide à mourir dans la dignité. Les députés ont déjà débattu et adopté deux textes séparés sous le gouvernement Bayrou (l’un, consensuel, relatif aux soins palliatifs ; l’autre, beaucoup moins, sur l’aide à mourir) mais la dissolution de l’Assemblée n’a pas permis l’examen de ces deux projets de loi par le Sénat. Après moult tergiversations qui ont révélé le peu d’envie des sénateurs à faire avancer ce sujet, le texte devrait finalement être examiné dans l’hémicycle du 20 au 28 janvier, avec une adoption définitive espérée en février. La CFDT, qui s’était prononcée à plusieurs reprises en faveur de l’adoption de ces deux projets, regrette ces tergiversations sur un sujet certes difficile, mais pour lequel il a été possible de trouver un consensus.
Les travaux “travail-emploi-retraites”
Côté agenda social, ce début d’année verra l’envoi, le 30 janvier, des travaux de la conférence « travail-emploi-retraites ». Inaugurée en grande pompe le 5 décembre 2025, elle réunira les partenaires sociaux mensuellement (le dernier vendredi de chaque mois, normalement) à raison de six ateliers par réunion : un atelier travail, un atelier emploi et un atelier retraites pour le secteur privé… et la même chose pour le public. Ces travaux sont censés se conclurent à la rentrée de septembre 2026. À noter que cette conférence – lancée par le Premier ministre à la suite de la suspension de la réforme des retraites – n’est pas une négociation. Il ne s’agit donc pas de parvenir à un accord mais d’éclairer le débat public en vue de la présidentielle d’avril-mai 2027.
La défense de la démocratie
Les élections municipales se dérouleront, quant à elles, les 15 et 22 mars. Les électeurs sont appelés à élire les maires des 34 935 communes de France. Ce rendez-vous électoral est capital, et le dernier avant le scrutin présidentiel de 2027. Alors que la démocratie chancelle et que les idées populistes se diffusent, la CFDT réaffirme que l’extrême droite n’est pas une menace abstraite mais recouvre un projet politique visant à faire taire les travailleurs et leurs représentants.
C’était là tout l’objet de la Tournée Démocratie, entamée en octobre 2025 et qui se poursuit jusqu’en février 2026. Partout en France, les adhérents et militants ont exprimé leurs inquiétudes, leurs préoccupations mais aussi leurs espoirs. « Nous croyons qu’il est encore possible de faire société, de construire des compromis et de dialoguer, affirme Olivier Guivarch, secrétaire national. La CFDT en fait la démonstration tous les jours, dans les entreprises et les administrations, sans menacer de renverser la table, sans espérer le chaos. Nous voulons montrer qu’un autre chemin est possible. »
La CFDT et son 51e congrès confédéral
Point d’orgue de l’année 2026 sur le plan interne, le 51e congrès confédéral se tiendra à Bordeaux du 22 au 26 juin. « Un moment fort de démocratie interne, selon sa secrétaire générale, Marylise Léon, où la CFDT sera particulièrement observée, scrutée, comparée. » D’autant plus que ce congrès se déroulera peu après ceux de FO et de la CFE-CGC (avril) et juste après celui de la CGT (début juin), le tout à environ un an de l’élection présidentielle. Les syndicats auront à se prononcer sur les deux textes de résolutions1. La première résolution devra acter les évolutions internes découlant des « Rendez-vous des syndicats » – afin de permettre à toute l’organisation d’être plus proche des syndicats et, in fine, plus efficiente. La seconde réso fixera la feuille de route revendicative 2026-2030 avec la démocratie comme fil rouge.
En décembre 2026, voter et faire voter CFDT
Coincées entre les élections municipales de 2026 et la présidentielle de 2027, les élections professionnelles du 10 décembre 2026 dans la fonction publique seront sans doute un moment clé pour les organisations syndicales. Les 5,7 millions d’agents publics éliront leurs nouveaux représentants aux comités sociaux économiques, commissions administratives paritaires et commissions consultatives paritaires2. Ce scrutin est déterminant puisque ces résultats conditionneront la représentativité syndicale au sein du secteur public jusqu’en 2030, et la capacité de la CFDT à peser efficacement dans les instances de dialogue social.
Le pouvoir d’achat devrait rester l’une des principales préoccupations des organisations, alors que les agents entament une nouvelle « année blanche » – l’absence de budget maintenant de facto le gel de la valeur du point d’indice et la suspension de la Gipa3. Durant toute la phase de campagne électorale, la CFDT pourra s’appuyer sur son bilan, solide, la mandature écoulée ayant vu la mise en place de la protection sociale complémentaire ou la signature d’un accord relatif au télétravail. « Nous ne sommes pas là simplement pour gagner mais pour changer le quotidien des collègues, c’est ce qui compte à nos yeux. On gagne pour la CFDT, les agents et la fonction publique », rappelait la secrétaire générale de la CFDT Fonctions publiques, Mylène Jacquot, disparue tragiquement en décembre 2025. Aujourd’hui, comme un hommage, les militants de la fonction publique reprennent à leur compte son mantra : voter et faire voter CFDT !