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Extrait de l'hebdo n°3995
Lors d’une rencontre organisée par l’Association des journalistes de l’information sociale (Ajis), le 20 janvier, le ministre du Travail et des Solidarités a passé en revue les sujets sur lesquels il souhaite avancer avec l’objectif de rendre lisible ce qui, selon lui, ne l’est pas.

Dès son arrivée rue de Grenelle, le 13 octobre dernier, Jean-Pierre Farandou a voulu donner un nouveau souffle au dialogue social. En commençant par faire oublier le « conclave retraites » voulu par François Bayrou, qui « a laissé des traces négatives ». Or « le sujet social majeur du moment, ce sont les retraites. La suspension, à l’automne, de la réforme Borne nous donne du temps utile jusqu’au 1er janvier 2028 pour trouver autre chose, sinon elle reprendra », déclarait-il devant les journalistes de l’Ajis, le 20 janvier dernier.
Clarifier les choses au sujet des retraites
Ce temps « utile », Jean-Pierre Farandou souhaite le consacrer à la reprise des discussions avec les partenaires sociaux. C’est en ce sens qu’il a lancé, début décembre 2025, la conférence Travail Emploi Retraite – qui doit permettre de parler du travail et de la pénibilité, évoquant dans le même temps la nécessité de « travailler sur l’acceptabilité de travailler davantage ». Malgré l’absence du Medef, qui n’a pas voulu participer à la conférence, Jean-Pierre Farandou insiste sur la présence des deux autres organisations patronales et se déclare confiant quant au fait d’« avancer quand même » puisque cette conférence « ne vise pas un accord mais à clarifier les choses ».
Des plans d’action ciblés contre les malaises au travail
Interrogé sur le nombre toujours trop élevé d’accidents du travail – 764 décès en 2024 –, le ministre fait de la prévention une priorité du cinquième plan santé au travail 2026-2030 et souhaite y intégrer des aspects aujourd’hui non pris en charge. Il a notamment déploré l’absence de plans d’action de prévention des malaises dans les entreprises, qui sont pourtant la cause de la moitié des décès au travail. « Il y a des circonstances aggravantes pour quelqu’un qui aurait déjà des prédispositions, comme le port de charges lourdes, l’exposition à de fortes chaleurs… » Tout en veillant au secret médical, certaines informations pourraient aider les employeurs à prendre les mesures nécessaires, estime le ministre, qui souhaite que soient mises en avant les entreprises effectuant « de très bonnes choses » en matière de risques professionnels.
Oui à la prime d’activité augmentée
« Il faut une incitation au travail », affirme encore Jean-Pierre Farandou. Comment? En réaffirmant la valeur travail, d’une part, et en améliorant le pouvoir d’achat, d’autre part. En ce sens, la prime d’activité est « toujours une bonne chose ». Ses services confirment qu’elle sera effective entre le 1er avril et le 1er mai, et augmentée de 50 euros par mois en moyenne en 2026. Quelque 3 millions de ménages modestes devraient ainsi en bénéficier, eux qui représentent « le haut du spectre des salariés modestes, qui gagnent le Smic et un peu plus, afin de décoller du Smic ». Sans remettre en cause la validité de ce coup de pouce bénéficiant aux travailleurs concernés, la CFDT continue d’affirmer que cela ne répond pas au fond du problème – à savoir la question des bas salaires – et regrette que les pouvoirs publics se substituent aux employeurs sur cette question.
Le calendrier de l’ASU est lancé
Autre priorité du gouvernement : avancer sur la mise en œuvre de l’allocation sociale unique (ASU), ce « serpent de mer » qui doit conjuguer RSA, prime d’activité et aides au logement. « C’est le bon moment », a décrété le ministre, car la stratégie du gouvernement en matière de lutte contre la pauvreté passe par le Pacte des solidarités quadri-annuel… qui arrive à son terme en 2026. L’ASU doit faire l’objet d’une loi-cadre qui aboutira à la création d’un « compte social unique » accessible à chacun – et « facilitatant le recours aux droits » –, associé à un « revenu social de référence » qui permettra aux collectivités d’ajuster les aides à verser. Ce dispositif nouveau passe par un puissant outil informatique à construire. Il faudra du temps, « trois ou quatre ans », estime Jean-Pierre Farandou.
Une directive transparence salariale “avant l’été” ?
Questionné à propos de la méthode privilégiée en vue de la transposition très attendue de la directive européenne sur la transparence salariale, il souhaite laisser « une chance au dialogue social dans la recherche de compromis ». La directive prévoit en effet que la déclinaison du principe « à travail de valeur égale, salaire égal » soit définie en lien avec les représentants des salariés, qui doivent être associés à l’élaboration de grilles de rémunérations transparentes et objectives. La concertation avec les partenaires sociaux (qui a repris le 15 janvier dernier) devrait permettre de présenter un texte au Parlement « avant l’été », du moins « le plus vite possible ». L’obligation de transparence sera associée à des sanctions pour les entreprises, a-t-il également confirmé. « C’est l’objectif majeur, principal de cette directive : savoir les choses. » Il y aura bien des sanctions, donc, mais « les discussions sont en cours, il ne faut pas les précipiter ».
“Pas de passage en force” concernant l’assurance chômage
Dans un courrier daté du 9 janvier, les partenaires sociaux ont redemandé au Premier ministre et au ministre du Travail de renoncer officiellement à la lettre de cadrage envoyée par François Bayrou l’été dernier. Le gouvernement renoncera-t-il finalement à cette lettre de cadrage ? « Nous allons observer comment ça se passe », dit Jean-Pierre Farandou, qui promet qu’il n’y aura « pas de passage en force ». Une réponse au courrier du 9 janvier sera faite, mais « la volonté sincère de converger est quelque chose que je souhaite évaluer », a-t-il conclu à propos de cette négociation.