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Extrait de l'hebdo n°4001
Mobilisés jour et nuit pendant quatre semaines, les salariés du transporteur Matis ont obtenu une augmentation générale des salaires de 7 %. C’est une première victoire de la CFDT locale, qui entend désormais agir sur les conditions de travail et la sécurité.

« Je suis fier de notre CFDT. Je suis fier de ce que nous avons fait. Cette grève, ce mouvement, c’était la première fois pour moi, c’est une expérience et une aventure humaine inoubliable. Je ne compte pas lâcher. Je sais pourquoi je me bats ! », témoigne Anfane Ali Mbae, délégué syndical CFDT et conducteur de bus chez Matis, l’une des principales compagnies de transport scolaire de l’archipel de l’océan Indien.
Une première dans l’histoire de la société Matis
Ce témoignage fort résume parfaitement l’intensité des semaines qui se sont écoulées tout récemment. De fait, l’entreprise comptant 91 salariés aura été sous le feu des projecteurs du 14 janvier (date du début de la grève) au 12 février 2026, lorsque les négociations ont abouti à la signature d’un accord permettant d’acter une revalorisation salariale de 7 %, applicable en deux temps : 5,5 % rétroactifs au 1er janvier 2026 puis 1,5 % supplémentaire à compter du 1er janvier 2027.
« Ça nous fait tellement plaisir, cela n’était jamais arrivé dans l’histoire de la société, il n’y avait jamais eu de mobilisation », poursuit Colo Rachid, élu CSE CFDT et conducteur de bus. Or, depuis les dernières élections, il y a un an, la CFDT est devenue majoritaire. Elle a fait des salaires et du pouvoir d’achat une priorité. Elle s’est aussi appuyée sur l’expertise du cabinet Syndex, spécialisé dans le conseil et l’expertise en droit social, l’économie et l’organisation du travail, pour construire son argumentaire. « Leur analyse a montré que l’entreprise était en bonne santé, contrairement à ce qu’on a voulu nous laisser croire », précise Fouad Dahalani, élu CSE et salarié de la compagnie depuis douze ans. Grâce à un discours précis et solidement argumenté, les militants ont convaincu leurs collègues de l’importance de se mobiliser, y compris par la grève, si leurs revendications n’étaient pas entendues. Le message a été parfaitement reçu.
Des militants mobilisés jour et nuit
Plus de 80 % des salariés ont cessé le travail pendant un mois et se sont relayés jour et nuit devant le dépôt de bus de Matis à Longoni. « Nous avons dormi dehors, installé des bâches qui nous protégeaient des intempéries. On a été privés d’eau, d’accès aux sanitaires, mais on était déterminés. On demandait simplement à être respectés et reconnus pour notre travail et notre engagement au sein de la société », déclare Fouad Dahalani. « Il a aussi fallu contrer les discours qui voulaient nous faire passer pour les méchants, expliquer qu’il ne fallait pas écouter les ragots », poursuit Anfane Ali Mbae. Un exercice parfois délicat, d’autant plus que des milliers d’élèves de l’île étaient impactés par ce mouvement d’une ampleur inédite.
« S’ils ne sont pas soumis à une menace de grève, les employeurs sont sans pitié à Mayotte », affirme Bounati Ahamadi, secrétaire générale de l’organisation mahoraise. Pendant qu’ils étaient sur leur piquet de grève, salariés et militants ont reçu la visite de Marylise Léon. De quoi booster le collectif… « On voit que nous ne sommes pas seuls, c’est une motivation supplémentaire », insistent les militants. Et de la motivation, ils en ont.

« Notre combat n’est pas fini, loin de là », avertit Anfane Ali Mbae. Les militants CFDT comptent agir sur plusieurs fronts. Il y a d’abord le paiement des jours de grève. « Dans le cas contraire, nous n’effectuerons plus d’heures supplémentaires ni de services non programmés au planning, et aucun salarié ne répondra aux appels en dehors du temps de travail », prévient Colo Rachid. Ensuite, ils souhaitent l’instauration d’un véritable dialogue social dans l’entreprise. « On en est pour l’instant au niveau zéro », poursuit le syndicaliste, qui pointe la quasi-absence de réunion CSE en 2025. Le 19 février, les militants CFDT ont déclenché une réunion extraordinaire visant à établir le planning 2026.
Viendra en outre le temps de la révision de la grille d’ancienneté et de la négociation d’une prime de risque. À Mayotte, les conducteurs sont très exposés aux violences urbaines et aux caillassages de leurs bus, qui mettent en danger leur sécurité et celle des usagers. L’équipe se dit d’ailleurs particulièrement vigilante sur les conditions dans lesquelles s’exerceront les missions des conducteurs à la suite d’un contrat récemment décroché par Matis auprès de la Communauté de communes du Centre-Ouest.
Et maintenant, faire adhérer les collègues
« D’une manière générale, nous nous assurerons que les contrats de travail de chacun soient respectés, que les tâches effectuées correspondent à la fiche de poste, que l’ensemble des heures soient correctement rémunérées », affirme le trio de syndicalistes. « Nous avons démontré l’importance du collectif à nos collègues, insiste Fouad Dahalani. Tout au long de cette mobilisation, nous avons expliqué à nos collègues que le fait d’adhérer à la CFDT était un choix d’avenir. Ils l’ont bien compris. Nos rangs vont s’agrandir. » Les salariés le savent, ils peuvent compter sur la CFDT.