La CFDT prend ses quartiers à Chambord

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icone Extrait de l'hebdo n°4014

Dépourvu de toute culture syndicale, le domaine de Chambord a vu la CFDT s’implanter, il y a quatre ans, avec une poignée d’adhérents. En mars dernier, elle devenait la première organisation syndicale à l’issue des élections professionnelles, avec 40,48 % des voix.

Par Anne-Sophie BallePublié le 09/06/2026 à 12h00

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© Syndheb

Sous l’escalier François Ier, les visiteurs de Chambord se pressent, admiratifs mais l’air interrogateur. Cinq siècles après sa création (attribuée à Léonard de Vinci), l’escalier hélicoïdal reste une énigme architectural. Vingt ans après son arrivée à Chambord, Coralie Bertin, cheffe du pôle des réservations et déléguée syndicale CFDT, n'a toujours pas percé le mystère...mais ne s'en lasse pas pour autant. « Je n’ai jamais travaillé très loin du château », précise-t-elle d’ailleurs. Pour elle comme pour les 193 salariés qui arpentent quotidiennement ces lieux, il y a « ce petit quelque chose que l’on ne saurait définir mais qui nous lie à Chambord ». Une chose manquait pourtant jusqu'à récemment : la présence syndicale. « Il y avait bien eu la CGT, il y a longtemps, à l’époque où nous étions moitié moins nombreux, glisse la section CFDT. Mais, depuis vingt ans, plus rien. »

Secrétaire du CSE1 sans étiquette pendant près de dix ans, Coralie comprend rapidement que les salariés ont besoin d’un changement radical. Les années Covid sont passées par là, bousculant tout sur leur passage, du temps de travail à la saisonnalité en passant par les congés… 

Déléguée syndicale, le rôle d’une vie

En 2021, elle crée la section CFDT Chambord avec quelques salariés adhérents et un objectif en tête : implanter une culture syndicale là où elle n’existe pas. L’idée fait son chemin puisque, en quelques semaines, ce n’est pas une mais trois organisations syndicales qui s’implantent à Chambord. Cela dit, lors des élections de mars 2022, rien ne se passe comme prévu. « La CFDT était la seule à déposer des listes complètes sur les trois collèges dès le premier tour, et cela nous a porté préjudice. Nous étions premiers en représentativité mais avec moins de sièges attribués. » Coralie est alors mandatée déléguée syndicale par la CFDT Culture2.

Bien sûr, il a fallu travailler, main dans la main. « Nous étions trois novices dans nos organisations respectives sur un lieu où il n’y avait pas de syndicat depuis longtemps. On a dû s’approprier notre rôle, tenir notre ligne de conduite issue de nos échanges avec les salariés », admet-elle. Quatre ans plus tard, elle ne regrette rien : « C’est le rôle de ma vie ! »

Au cours du mandat, une dizaine d’accords d’entreprise ont été négociés à Chambord, qui redécouvre peu à peu les bienfaits du dialogue social. L’arrivée d’une directrice des ressources humaines, en août 2024, a également accéléré les choses, concède volontiers la section CFDT, qui salue « une véritable volonté de nous associer aux travaux préparatoires ». Récemment, les syndicats ont obtenu une prime et des congés d’ancienneté, réclamés de longue date par les salariés. « C’est aussi là notre rôle en tant que délégué syndical : faire entendre la voix du terrain et négocier pour les salariés. » Les salariés ne s’y sont pas trompés, au moment des élections de mars 2026 : la CFDT a obtenu 40,48 % des voix, devant la CFE-CGC (34,13 %) et la CGT (25,39 %).

Grille salariale et prime carburant exceptionnelle

En ce début de mandature, un sujet central s’invite à la table des négociations : le pouvoir d’achat. La grille salariale, qui date de 2016, est totalement obsolète et ne correspond plus à la réalité du terrain, ce qui génère de fortes inégalités salariales. En ces temps de tensions géopolitiques et budgétaires, la CFDT a également demandé à la direction de faire un geste en attribuant une prime carburant aux salariés qui doivent se rendre en voiture au travail. Car si la majorité des salariés habitent dans un rayon de 30 km autour du château, certains se trouvent à plus de 70 km… « Nous voulons réfléchir par paliers dégressifs, mais que cela soit équitable », assure la déléguée syndicale, qui attendait encore au début du mois de juin la réponse de la direction.

À propos de l'auteur

Anne-Sophie Balle
Rédactrice en chef adjointe de Syndicalisme Hebdo

Sur ce sujet comme sur d’autres, la section CFDT n’entend pas baisser les bras. « À Chambord, les pierres ont traversé les siècles ; nous, nous serons là pour défendre celles et ceux qui les font tenir debout chaque jour ! », mentionnait la profession de foi CFDT à quelques jours des élections de mars. Pari tenu.