“Les inégalités ne sont pas une fatalité”

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Une France d’inégalités

À la tête de l’ONG Oxfam, l’ancienne secrétaire nationale des Verts Cécile Duflot, alerte sur le creusement des inégalités, qui pose un problème à la fois social et démocratique.

Par Fabrice DedieuPublié le 04/03/2026 à 10h00

Cécile Duflot.
Cécile Duflot.© REA

Quel diagnostic faites-vous des inégalités de revenus en France ?

Un diagnostic regrettable car elles s’aggravent. Les plus riches deviennent de plus en plus riches. Avec Oxfam, on l’a chiffré : depuis l’élection d’Emmanuel Macron, en 2017, les milliardaires ont vu leur fortune doubler, soit un gain de 220 milliards d’euros. De plus, les 53 milliardaires français possèdent autant que 32 millions de Français, soit environ la moitié de la population. Parallèlement, la pauvreté et l’insécurité alimentaire ont augmenté. Le taux de pauvreté en France aujourd’hui est ainsi le plus élevé des trente dernières années. Et n’oublions pas que l’aggravation des inégalités de revenus provoque d’autres inégalités, dans d’autres domaines, comme la santé, l’accès à la culture ou à l’éducation.

 Cette concentration des richesses entre les mains de quelques-uns, est-ce un problème ?

Oui, c’est un problème de société et qui pèse de plus en plus lourd. On pense aux inégalités économiques, mais ça devient une forme d’inégalité démocratique et d’accaparement.
Car, au-delà d’un certain seuil de richesse, cet argent sert à acheter le pouvoir, en acquérant de grands groupes de presse qui pèsent sur l’opinion publique, ou en faisant pression sur les dirigeants politiques.

C’est-à-dire ?

On l’a vu notamment au moment du débat autour la taxe Zucman [impôt plancher sur le patrimoine des ultrariches] durant l’automne.
Les dirigeants politiques ont subi une très forte pression de la part des opposants à cette taxe. Le milliardaire Bernard Arnault ou encore le Medef ont participé à la levée de boucliers. On peut donc se poser la question de savoir si une partie de ces ultrariches ne contribue pas à acheter le pouvoir pour que l’agenda politique serve leurs intérêts.

Est-il encore possible de changer la situation ?

Les inégalités que l’on connaît ne sont absolument pas une fatalité. D’autres choix politiques sont possibles. Nous-mêmes avons proposé 19 mesures fiscales ciblées sur les ultrariches et les multinationales susceptibles d’enregistrer plus de 178 milliards d’euros de recettes pour les caisses de l’État. La fiscalité n’est pas une solution en soi, mais elle vise à redistribuer les richesses et sert à financer d’autres politiques publiques qui permettent de lutter contre les inégalités, en investissant dans l’accès à l’éducation, à la culture, et à combattre les inégalités de naissance.

Entre l’augmentation de la concentration des richesses et l’accroissement de la pauvreté, la théorie du « ruissellement » était donc bien un mythe ?

Absolument ! Ce qui est très pratique, avec les choix politiques qui ont été faits depuis 2017 et l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir, c’est que nous avons fait le test grandeur réelle. Et presque dix ans plus tard, le constat est là : l’enrichissement des plus riches n’a pas rejailli sur la société ni fait reculer la pauvreté, au contraire.