La CFDT souhaite la révision de la gouvernance économique européenne

temps de lectureTemps de lecture 4 min

iconeExtrait de l’hebdo n°3815

Les 14 et 15 mars, dans le cadre de la présidence française de l’Union européenne, se tenait une réunion de l’Eurogroupe et du Conseil des ministres de l’économie et des finances. La CFDT a profité de ce rendez-vous pour demander la révision des règles budgétaires de l’UE et défendre un nouveau modèle de développement durable et solidaire.

Par Guillaume Lefèvre— Publié le 15/03/2022 à 13h00 et mis à jour le 18/03/2022 à 06h42

image
© Laurent Grandguillot/RÉA

« Gouvernance économique européenne » : l'expression peut paraître floue. Il n'en reste pas moins qu'elle concerne  le quotidien des 447 millions de citoyens européens. Derrière ce terme se trouve notamment le pacte de stabilité et de croissance, adopté en 1997 : chacun des 27 États membres de l’UE, quelle que soit sa situation économique et sociale, doit respecter les mêmes règles budgétaires. Son déficit budgétaire ne doit pas dépasser 3 %, et la dette publique est fixée à 60 % au maximum du PIB. « Peu connues voire incomprise du grand public, ces règles budgétaires ont pourtant un impact énorme sur les conditions de travail et les conditions de vie de l’ensemble des citoyens européens, affirme Kristian Bongelli, secrétaire confédéral du service international. Pourquoi ? Parce que ce sont ces règles qui déterminent les capacités d’investissements des États dans les services publics ou encore dans la transition énergétique, par exemple. »

Des règles strictes qui augmentent la défiance des Européens

Ces règles budgétaires ont longtemps été la seule doctrine des institutions européennes. Tout en reconnaissant la nécessité de règles communes, ces dernières apparaissent aujourd’hui désuètes aux yeux de la CFDT. « Cette gestion a entraîné une double récession (en 2008 et 2011) dans certains pays tels que la Grèce, limité la croissance et l’emploi et accentué les inégalités entre les pays de la zone euro », poursuit Kristian Bongelli. Et la stricte application de ces règles engendre d’ailleurs un sentiment de méfiance vis-à-vis des institutions européennes et participe à la montée de l’euroscepticisme. Cependant, preuve que rien n’est gravé dans le marbre, le sacro-saint pacte de stabilité a été suspendu au cours de la crise sanitaire, ce qui a permis à l’Union européenne de mieux résister aux conséquences économiques et sociales de la pandémie.

« La réponse à la crise a suscité une gestion plus solidaire (avec notamment l’emprunt commun et le fonds NextGenerationEU) et attentive aux effets sur l’économie, l’emploi et le social. Par exemple, le dispositif de soutien financier au chômage partiel SURE a permis de réduire le nombre de chômeurs de près de 1,5 million en 2020 et d’atténuer les conséquences socio-économiques de la pandémie de Covid-19, détaille Kristian Bongelli. Les anciennes règles ne pourront pas nous permettre de faire face aux défis que nous avons à relever, notamment lutter contre les inégalités sociales, développer des services publics de qualité et accessibles à tous, financer les investissements colossaux rendus nécessaires par la transition écologique. »

Cohérence et dialogue social

Raison pour laquelle la CFDT appelle à une révision des règles. « Il y a urgence à construire une véritable gouvernance économique, sociale et environnementale de l’Union européenne qui garantisse la cohérence entre les politiques sociales, de l’emploi, environnementales et budgétaires » explique Yvan Ricordeau, secrétaire national chargé de l’international de la Confédération.

La CFDT comme la Confédération européenne des syndicats demandent par ailleurs que le rôle des partenaires sociaux soit renforcé. « La construction d’un nouveau modèle plus durable et solidaire devra se faire grâce à un dialogue social de qualité et à tous les niveaux, afin de définir collectivement les priorités », insiste Yvan Ricordeau.