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Extrait de l'hebdo n°3997
Alors que le chef de l’État doit se rendre ce 10 février à Dunkerque pour le lancement du chantier de construction d’un four électrique, la CFDT dénonce la stratégie de désengagement du sidérurgiste en France et en Europe.

Malgré l’insistance de la direction, la CFDT d’ArcelorMittal a décidé de ne pas être présente, le 10 février, à Mardyck (Nord) pour accueillir le chef de l’État. « Ce n’est pas la première fois qu’on nous fait le coup. En 2013, je tenais déjà la main de François Hollande et l’aidais à monter sur le toit de la camionnette CFDT. Ce genre d’opération de communication, on connaît, ironise Jean-Marc Vecrin, coordinateur CFDT du groupe. Mais, cette fois, hors de question. On boycotte ! »
Cette décision s’inscrit dans un contexte de forte tension sociale, marqué par une succession de plans sociaux depuis un an et demi. « En 2025, le groupe nous annonçait déjà la délocalisation en Inde de fonctions support dans le cadre du plan Zénith 1. Au total, 2 200 salariés étaient menacés en Europe, dont plus de 600 en France. Grâce aux négociations, nous avons réussi à ramener ce chiffre à moins 150 postes en France. Les premières lettres de licenciement partiront le 31 mars », rappelle Jean-Marc Vecrin. « Et aujourd’hui, on nous annonce une nouvelle délocalisation potentielle de 5 600 postes de fonctions support vers l’Inde, dont 1 650 en France, alors même que le groupe ne s’est jamais aussi bien porté. Et on voudrait qu’on accueille le Président avec le sourire ? Impossible ! », tranche le syndicaliste.
Une annonce du Président à Dunkerque forcément très insuffisante
Emmanuel Macron était attendu ce mardi 10 février à Dunkerque, sur l’un des sites d’ArcelorMittal, pour annoncer le lancement du premier four électrique du groupe, présenté comme une avancée majeure du projet de décarbonation – annonce que le coordinateur CFDT juge très largement insuffisante. « Le groupe investit dans un four électrique d’une capacité de 2 millions de tonnes, alors que le projet initial prévoyait 4 millions de tonnes d’acier vert à Dunkerque. Les engagements ne sont pas tenus. Il s’agit avant tout d’un coup de com visant à justifier les milliards d’euros d’aides publiques déjà perçues. La CFDT refuse de s’associer à une mise en scène politique qui ne répond ni aux enjeux industriels ni aux enjeux sociaux et environnementaux auxquels les salariés sont confrontés. »
Le syndicat dénonce également le décalage entre les annonces et la réalité. « Comment se féliciter d’investissements de décarbonation qui accusent deux ans de retard et restent très en deçà des engagements initiaux ? Comment présenter comme une décision nouvelle la création d’une ligne d’acier électrique promise depuis des années ? Cette réécriture de l’histoire est inacceptable. L’État montre aujourd’hui qu’il préfère défendre les intérêts de Mittal plutôt que ceux des salariés et de l’industrie française. »
Jean-Marc Vecrin évoque enfin la situation du site de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône). « Là aussi, la décarbonation est annoncée mais, dans le même temps, le groupe prolonge la maintenance de ses hauts-fourneaux. Autrement dit, la transition écologique du site est mise de côté. Je suis convaincu que, dans cinq ou dix ans, il n’y aura plus d’industrie en France. »
La CFDT Métallurgie, qui soutient cette action, estime, elle aussi, que cette nouvelle vague de délocalisations fragilise l’ensemble de l’appareil industriel européen. « Il est urgent que les responsables politiques prennent leurs responsabilités. L’avenir du groupe et celui des salariés sont en jeu », alerte la fédération, qui plaide pour une régulation à l’échelle nationale et européenne.
La piste d’une entrée des États au capital d’ArcelorMittal
Parmi les pistes avancées figure une entrée des États au capital d’ArcelorMittal, à hauteur de 2 à 3 %, en contrepartie d’engagements sociaux contraignants. « Cela existe déjà dans d’autres pays européens, rappelle Christèle Khelf, secrétaire générale adjointe de la Fédération générale des Mines et de la Métallurgie. C’est à ce prix que l’on pourra limiter la casse sociale. »