Emmanuel Macron à Dunkerque : un “coup de com”, dénonce la CFDT d’ArcelorMittal

temps de lecture Temps de lecture 4 min

icone Extrait de l'hebdo n°3997

Alors que le chef de l’État doit se rendre ce 10 février à Dunkerque pour le lancement du chantier de construction d’un four électrique, la CFDT dénonce la stratégie de désengagement du sidérurgiste en France et en Europe.

Par Sabine IzardPublié le 10/02/2026 à 13h00

image
© FredMarvaux/RÉA

Malgré l’insistance de la direction, la CFDT d’ArcelorMittal a décidé de ne pas être présente, le 10 février, à Mardyck (Nord) pour accueillir le chef de l’État. « Ce n’est pas la première fois qu’on nous fait le coup. En 2013, je tenais déjà la main de François Hollande et l’aidais à monter sur le toit de la camionnette CFDT. Ce genre d’opération de communication, on connaît, ironise Jean-Marc Vecrin, coordinateur CFDT du groupe. Mais, cette fois, hors de question. On boycotte ! »

Cette décision s’inscrit dans un contexte de forte tension sociale, marqué par une succession de plans sociaux depuis un an et demi. « En 2025, le groupe nous annonçait déjà la délocalisation en Inde de fonctions support dans le cadre du plan Zénith 1. Au total, 2 200 salariés étaient menacés en Europe, dont plus de 600 en France. Grâce aux négociations, nous avons réussi à ramener ce chiffre à moins 150 postes en France. Les premières lettres de licenciement partiront le 31 mars », rappelle Jean-Marc Vecrin. « Et aujourd’hui, on nous annonce une nouvelle délocalisation potentielle de 5 600 postes de fonctions support vers l’Inde, dont 1 650 en France, alors même que le groupe ne s’est jamais aussi bien porté. Et on voudrait qu’on accueille le Président avec le sourire ? Impossible ! », tranche le syndicaliste.

Une annonce du Président à Dunkerque forcément très insuffisante

Emmanuel Macron était attendu ce mardi 10 février à Dunkerque, sur l’un des sites d’ArcelorMittal, pour annoncer le lancement du premier four électrique du groupe, présenté comme une avancée majeure du projet de décarbonation – annonce que le coordinateur CFDT juge très largement insuffisante. « Le groupe investit dans un four électrique d’une capacité de 2 millions de tonnes, alors que le projet initial prévoyait 4 millions de tonnes d’acier vert à Dunkerque. Les engagements ne sont pas tenus. Il s’agit avant tout d’un coup de com visant à justifier les milliards d’euros d’aides publiques déjà perçues. La CFDT refuse de s’associer à une mise en scène politique qui ne répond ni aux enjeux industriels ni aux enjeux sociaux et environnementaux auxquels les salariés sont confrontés. »

Le syndicat dénonce également le décalage entre les annonces et la réalité. « Comment se féliciter d’investissements de décarbonation qui accusent deux ans de retard et restent très en deçà des engagements initiaux ? Comment présenter comme une décision nouvelle la création d’une ligne d’acier électrique promise depuis des années ? Cette réécriture de l’histoire est inacceptable. L’État montre aujourd’hui qu’il préfère défendre les intérêts de Mittal plutôt que ceux des salariés et de l’industrie française. »

Jean-Marc Vecrin évoque enfin la situation du site de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône). « Là aussi, la décarbonation est annoncée mais, dans le même temps, le groupe prolonge la maintenance de ses hauts-fourneaux. Autrement dit, la transition écologique du site est mise de côté. Je suis convaincu que, dans cinq ou dix ans, il n’y aura plus d’industrie en France. »

La CFDT Métallurgie, qui soutient cette action, estime, elle aussi, que cette nouvelle vague de délocalisations fragilise l’ensemble de l’appareil industriel européen. « Il est urgent que les responsables politiques prennent leurs responsabilités. L’avenir du groupe et celui des salariés sont en jeu », alerte la fédération, qui plaide pour une régulation à l’échelle nationale et européenne.

La piste d’une entrée des États au capital d’ArcelorMittal

À propos de l'auteur

Sabine Izard
Journaliste

Parmi les pistes avancées figure une entrée des États au capital d’ArcelorMittal, à hauteur de 2 à 3 %, en contrepartie d’engagements sociaux contraignants. « Cela existe déjà dans d’autres pays européens, rappelle Christèle Khelf, secrétaire générale adjointe de la Fédération générale des Mines et de la Métallurgie. C’est à ce prix que l’on pourra limiter la casse sociale. »