Des euskos plutôt que des euros

En 2020, pendant le premier confinement, à Hendaye (Pyrénées Atlantiques), les élus CFDT du comité social et économique (CSE) de l’entreprise Sokoa ont remis aux salariés 16 000 euskos, la monnaie locale du Pays basque, afin de compenser une partie des pertes liées au chômage partiel. Une initiative qui bénéficie aussi aux commerçants de proximité.

Par Guillaume Lefèvre— Publié le 02/07/2021 à 08h00

Les euskos sont la monnaie locale du Pays basque.
Les euskos sont la monnaie locale du Pays basque.© Andia

« Être utile aux salariés et à notre territoire », résume Jean-Philippe Genua, délégué syndical CFDT de cette entreprise hendayaise de fabrication de sièges de bureau qui compte 250 salariés, lorsqu’on lui demande à quoi servent les euskos. Un levier des ac­tivités sociales et culturelles utilisé depuis plusieurs années par le CSE de l’entreprise, qui a d’ailleurs mis en place une commission dédiée. « C’est un choix solidaire assumé, poursuit le militant. Parce qu’inciter à la consommation locale, c’est favoriser les commerces de proximité, c’est faire travailler les producteurs locaux, c’est irriguer l’économie locale. C’est aussi réduire les transports longue distance et les émissions de gaz à effet de serre, c’est participer à la transition écologique et lutter à notre échelle contre le dérèglement climatique. »

“Réaffirmer notre responsabilité sociale et sociétale”

Alors, quand les salariés ont été placés en chômage partiel (indemnisés à 84 %) au moment du premier confinement, l’eusko s’est logiquement imposé pour les élus. Avec le LAB, l’autre organisation syndicale présente dans l’établissement, la CFDT organise une opération « Paniers solidaires ». Le CSE verse ainsi l’équivalent de 16 000 euros en euskos à 140 salariés parmi les plus vulnérables (jusqu’à 120 euskos par salarié).

À propos de l'auteur

Guillaume Lefèvre
Journaliste

« La période était compliquée pour tout le monde, on était dans l’incertitude, on ne savait pas comment les choses allaient évoluer, mais on se devait d’agir, on ne voulait pas rester les bras croisés », se souvient Jean-Philippe. Un coup de pouce salutaire, quand certains avaient perdu jusqu’à 300 euros sur leur dernier bulletin de paie. Avec cette monnaie locale, les salariés ont pu se fournir en viande, en fromage, en fruits et en légumes auprès de plusieurs petits commerces alimentaires et producteurs bio de Saint-Jean-de-Luz, de Saint-Pée-sur-Nivelle ou d’Hendaye. « C’est important et symbolique de verser des euskos, c’est à la fois réaffirmer notre attachement au Pays basque et notre responsabilité sociale et sociétale. Nous l’avons fait dans un esprit de solidarité envers tout le monde », conclut Jean-Philippe. 

Monnaies locales

L’Abeille à Villeneuve-sur-Lot, le Bizh dans le Morbihan, la Doume à Clermont-Ferrand ou le Sol-Violette à Toulouse… Près de 80 monnaies locales ont fleuri en France en dix ans. Des monnaies reconnues dans la loi relative à l’économie sociale et solidaire, du 31 juillet 2014. « L’article 16 reconnaît les monnaies locales comme titres de paiement si ces titres sont émis par des entreprises de l’économie sociale et solidaire (ESS) et qu’elles respectent l’encadrement fixé par le code monétaire et financier. »

Utilisées à l’échelle d’un village, d’une ville, voire d’un département, ces monnaies visent à favoriser les achats locaux.

« Elles peuvent servir à payer des achats du quotidien dans le cadre du commerce de proximité, de la vente de produits locaux, précise le ministère de l’Économie et des Finances. Une monnaie locale est une monnaie complémentaire de la monnaie officielle, l’euro. Toutes les monnaies locales sont adossées à la monnaie nationale. »