À nous d’écrire l’Europe que nous voulons

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iconeExtrait de l’hebdo n°3791

Quatre mois après le lancement de la Conférence sur l’avenir de l’Europe, la CFDT se saisit de cet outil participatif. Elle veut y porter son projet d’une Europe démocratique, écologique et sociale, et inviter les militants à investir le débat européen.

Par Guillaume Lefèvre— Publié le 21/09/2021 à 12h00

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© Laurent Grandguillot/RÉA

Un peu plus de soixante dix ans après la déclaration Schuman, la construction de l’Union européenne est à un tournant. Pour la première fois de son histoire, l’un des États membres a quitté la maison commune. Partout, les populismes tentent de saper les fondements et les valeurs européennes. De leur côté, les citoyens se sentent dépossédés du projet européen ou ne le comprennent plus. Pourtant, ils l’ont encore démontré lors des élections européennes de 2019, où la participation a atteint 50,66 % (le score le plus élevé depuis 1995), ils veulent avoir voix au chapitre. Mais en dehors des traditionnels rendez-vous électoraux, tous les cinq ans, les espaces pour « parler d’Europe » sont rares.

C’est là tout l’enjeu de la Conférence sur l’avenir de l’Europe, lancée le 9 mai dernier. Copilotée par le Parlement européen, le Conseil européen et la Commission européenne, elle est l’occasion pour la société civile de s’exprimer sur une dizaine de thématiques qui la concernent : le changement climatique, la santé, l’économie, la justice sociale et emploi, les valeurs et les droits, la transformation numérique, la place de l’UE dans le monde, la démocratie, les migrations ou encore l’éducation.

Quinze propositions en débat

Parce que ces sujets sont au cœur de son corpus revendicatif, la CFDT, avec la Confédération européenne des syndicats (CES), a décidé de s’engager et de s’inscrire dans cette démarche inédite de démocratie participative en soumettant au débat quinze propositions.

Le mouvement syndical européen demande par exemple que tous les travailleurs, les chômeurs et les jeunes puissent bénéficier d’une protection sociale. « Des mesures urgentes sont nécessaires pour lutter contre le chômage des jeunes et les conditions de travail précaires dans les secteurs où les jeunes sont surreprésentés (tourisme, économie des petits boulots…) », peut-on lire dans les propositions.

Au chapitre de l’emploi, la CES revendique l’apprentissage tout au long de la vie et le droit à la formation pour tous, grâce à la mise en place du premier principe du socle européen des droits sociaux. Enfin, elle défend la mise en place d’un nouveau modèle économique et de gouvernance de l’UE : « Il est nécessaire d’aller “au-delà du PIB” et de construire “un bien-être européen” inclusif et équitable. [Il faut] garantir que la compétitivité économique aille de pair avec la justice sociale et que le bien-être des citoyens soit l’objectif des politiques économiques. »

Relancer le projet européen

« Cette conférence doit être l’occasion d’un véritable débat prospectif sur l’avenir de l’Union européenne pour faire en sorte que la sortie de crise de la Covid-19 ouvre la voie à une économie et une société européenne plus justes, plus inclusives et durables, fondées sur un contrat social renouvelé », insiste-t-on du côté de la CES. « Les conditions sont réunies pour transformer l’Europe et relancer le projet européen en l’approfondissant, renchérit Kristian Bongeli, secrétaire confédéral CFDT chargé des questions européennes. La crise nous a fait avancer vers plus de solidarité. »

La mise en place du dispositif SURE (doté de 100 milliards d’euros) pour financer le chômage partiel ou la mobilisation inédite de 750 milliards d’euros l’année dernière en faveur d’un plan de relance européen afin de soutenir les économies les plus touchées par la crise du coronavirus en est un bel exemple.

Le statu quo ne peut plus convenir

« On l’a vu avec La Consult’, les questions européennes sont une priorité pour les militants. J’invite chacun à s’inscrire sur la plateforme numérique. Les militants, les unions régionales, les fédérations doivent appuyer, soutenir les contributions que nous avons avancées. Ils peuvent aussi déposer les leurs s’ils le souhaitent, affirme Yvan Ricordeau, secrétaire national chargé de l’international. Aujourd'hui, le statu quo ne suffit plus, et l’Union doit savoir se réinventer pour faire face, mais c’est aussi à nous de la réinventer », conclut Yvan Ricordeau.

À propos de l'auteur

Guillaume Lefèvre
Journaliste

« Je peux vous assurer que les anti-Europe et les partisans d’une Europe libérale ne font pas l’économie de leur temps pour faire des contributions, rappelait il y a peu Laurent Berger. Si nous ne le faisons pas, d’autres le feront à notre place. Si nous voulons une Europe sociale, nous avons tout intérêt à dire quel est le modèle que nous voulons. » C’est aussi le message que la CFDT continuera de faire passer auprès du gouvernement français… qui prendra la présidence de l’Union européenne le 1er janvier 2022.

Mode d’emploi de la Conférence

Chaque citoyen ou acteur de la société civile peut organiser et/ou participer à des débats en ligne ou des événements physiques. Sur la plateforme numérique multilingue, ils peuvent également partager leurs idées, envoyer des contributions, débattre et confronter leurs points de vue sur les thématiques proposées. Des panels de citoyens européens (représentatifs de la population européenne grâce à la prise en compte de l’origine géographique, du sexe, de l’âge, du milieu socio-économique et du niveau d’éducation) seront prochainement installés pour débattre sur les thèmes retenus par les participants en ligne et présenter leurs propres propositions.

Les propositions retenues seront ensuite soumises lors de « séances plénières » composées de représentants du Parlement européen, du Conseil européen et de la Commission européenne ainsi que de représentants des parlements nationaux. Les partenaires sociaux européens, dont la CFDT, seront présents dans cet organe. Laurent Berger y siégera en tant que président de la Confédération européenne des syndicats.