Une reprise pleine d’incertitudes

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iconeExtrait de l’hebdo n°3784

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Le chômage n’est pas un choix

Le rebond de l’économie semble dynamique. Une bonne nouvelle pour l’emploi, mais les incertitudes restent nombreuses. De nombreux secteurs économiques ont encore recours à l’activité partielle, et les emplois créés ne sont pas forcément des CDI.

Par Jérôme Citron— Publié le 29/06/2021 à 12h00

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© Fred Marvaux/RÉA

Un vent d’optimisme souffle ces derniers temps parmi les économistes comme du côté du patronat et du gouvernement ; il ferait presque oublier que l’économie française subit encore de plein fouet les effets de la crise sanitaire. Avec un taux de croissance estimé à 5,75 % pour 2021 (contre une chute de 8 % en 2020), le pays n’aura pas rattrapé les richesses perdues l’année dernière mais ce rebond de l’activité devrait profiter à l’emploi.

Selon le ministère du Travail, en mai 2021, le nombre de demandeurs d’emploi sans aucune activité (catégorie A) a ainsi diminué de 134 100 et est redescendu à 3,73 millions sur l’ensemble du territoire (outre-mer compris, sauf Mayotte). Une excellente nouvelle, même s’il faut rester prudent et relativiser. « Comme l’économie a été gelée, il y a derrière ces chiffres un effet rattrapage, explique Patricia Ferrand, la vice-présidente (CFDT) de l’Unédic. Il est encore trop tôt pour en tirer des conclusions à long terme quant à la solidité du marché du travail et surtout sur la qualité des emplois créés. Des pans entiers de l’économie sont encore en convalescence. »

Un effort à faire dans l’accompagnement et la formation

Grâce aux aides massives accordées par l’État, les entreprises ont jusqu’à présent plutôt bien passé la crise, mais il reste à gérer la fin progressive de ces aides en ciblant mieux les secteurs qu’il faut continuer à soutenir. En mai, 2,3 millions de salariés étaient encore en activité partielle. « On peut se réjouir que l’emploi en CDI ait été protégé pendant la crise sanitaire, analyse Patricia Ferrand. Cela devrait permettre aux entreprises de redémarrer plus vite. En revanche, cela ne doit pas faire oublier les demandeurs d’emploi qui ont particulièrement souffert pendant la période. Beaucoup de salariés précaires dont les CDD et les missions d'interim ont été interrompus n'ont par exemple pas pu bénéficier de l'activité partielle. Nous devons faire un effort supplémentaire en matière d’accompagnement et de formation. »

Comme dans toute crise économique, ce sont les précaires qui sont le plus rapidement écartés du marché du travail et qui ont ensuite le plus de mal à se réinsérer économiquement au moment de la reprise. « Plus la période au chômage est longue, plus c’est difficile de retrouver un emploi, renchérit Anne-Juliette Lecourt, économiste à la Confédération. En ce sens, on ne peut que se réjouir que le rebond économique soit dynamique, mais cela ne signifie pas que les difficultés sont derrière nous. La richesse perdue en 2020 est encore loin d’avoir été rattrapée. Au mieux, il faudra attendre la fin 2022 pour retrouver la trajectoire économique que nous connaissions à la fin de 2019. Il faut s’attendre à une ou deux années difficiles. »

Des problèmes structurels à résoudre

À propos de l'auteur

Jérôme Citron
rédacteur en chef-adjoint de CFDT Magazine

Pour la CFDT, l’enjeu est donc de parvenir à ce que la reprise qui se dessine embarque un maximum de monde tout en gardant bien en tête qu’une partie des travailleurs reste fortement fragilisée et qu’il n’est vraiment pas opportun d’attaquer les protections existantes, comme souhaite le faire le gouvernement à travers la réforme de l’assurance chômage. « La crise a accentué des problèmes structurels de notre marché du travail qui sont identifiés depuis longtemps, résume Anne-Juliette Lecourt. C’est sur la multiplication des contrats courts, la faiblesse de l’emploi des seniors ou la difficulté de mettre en place des politiques de reconversion efficace qu’il faut agir en priorité. »