Le bon et le mauvais chômeur

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Le chômage n’est pas un choix

Par Marylise Léon— Publié le 29/06/2021 à 12h00

Marylise Léon, secrétaire générale adjointe de la CFDT
Marylise Léon, secrétaire générale adjointe de la CFDT© Virginie de Galzain

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Marylise Léon
secrétaire générale adjointe de la CFDT

Où s’arrêtera le processus de stigmatisation des chômeurs ? La question mérite d’être posée. Car si l’idée reçue selon laquelle les demandeurs d’emploi abuseraient de l’assurance chômage a toujours existé, fonder une réforme sur cette vision des choses constitue une faute politique. C’est aussi l’illustration concrète de ce que donne la gestion de l’assurance chômage par l’État, où une vision purement budgétaire occulte tout le reste.

Bâtir une réforme ancrée dans le réel suppose de partir des réalités. Réalités d’un écosystème économique ébranlé par la crise sanitaire et qui commence tout juste à se relever. Réalités d’un marché du travail qui n’a plus rien à voir avec celui qui se dessinait en 2018 lorsque le gouvernement visait le plein-emploi comme un objectif atteignable. Réalités, enfin, de ce que vivent chaque mois les demandeurs d’emploi.

Il n’y a pas de bons et de mauvais chômeurs. Et cette réforme qui consiste à vouloir lutter contre la précarité en incitant au retour à l’emploi par la baisse de l’indemnisation des demandeurs d’emploi ignore ces réalités. Quiconque a vécu des périodes de chômage au cours de sa vie professionnelle et vu arriver avec angoisse la fin de ses droits peut en témoigner. C’est ce que nous disent Aurore, Charles, Ben et Laura dans les témoignages que nous avons recueillis ces dernières semaines. C’est aussi le parcours de ceux, comme Kevin, que la crise a laissés sur le bord de la route et qui donneraient tout pour un contrat de quelques mois, de quelques jours, sans qu’une partie de l’opinion ne les soupçonne de profiter du système. Nous avons choisi de leur donner la parole.