“Le chômage et la précarité, ce n’est pas un choix de ma part”

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Le chômage n’est pas un choix

L’inquiétude est grande face aux effets de la réforme de l’assurance chômage, notamment chez ceux qui alternent des périodes travaillées et chômées. La baisse de leur allocation risquerait de les faire plonger dans la précarité. C’est ce que nous expliquent Hélène, Aurore, Charles, Ben et Laura.

Par Fabrice Dedieu— Publié le 29/06/2021 à 12h00

Ces dernières semaines, la campagne « CFDT Solidarité chômage » a donné lieu à des dizaines de témoignages de demandeurs d’emploi inquiets de l'impact que pourrait avoir l'application des nouvelles règles sur leur situation personnelle.
Ces dernières semaines, la campagne « CFDT Solidarité chômage » a donné lieu à des dizaines de témoignages de demandeurs d’emploi inquiets de l'impact que pourrait avoir l'application des nouvelles règles sur leur situation personnelle.© Marta Nascimento/RÉA

Les salariés choisissent rarement de devenir ou de rester chômeurs. Selon un baromètre commandé par l’Unédic, 78 % des Français reconnaissent que se retrouver sans emploi est une situation subie. Cet élément aurait-il échappé au gouvernement lors de l’écriture de la réforme de l’assurance chômage ? Même si le Conseil d’État a suspendu l’application (prévue à l’origine au 1er juillet 2021) de ces nouvelles règles désavantageuses d’indemnisation, la réforme reste toujours dans les tuyaux, tant que la haute juridiction administrative ne s’est pas prononcée sur le fond. Ce futur chamboulement potentiel reste un motif d’inquiétude pour de nombreux salariés et demandeurs d’emploi, qui craignent de voir leur allocation se réduire.

C’est ce qu’explique Hélène. Elle a dû s’inscrire à Pôle emploi en août 2020 à la suite de la pression exercée par son ancien employeur qui a réussi à lui faire signer une rupture conventionnelle. « Ce n’était pas un choix de ma part. » Pour le moment, elle a pu retrouver un CDD de trois mois. Mais l’avenir est incertain. « S’il n’est pas renouvelé, je devrai vivre avec 850 euros par mois, comme avant ce CDD. […] Avec la réforme, je toucherai environ 600 euros. Je ne remercie pas le gouvernement pour la perception qu’il a des demandeurs d’emploi. »

“Vais-je me retrouver à la rue ?”

Aurore, 34 ans, s’est retrouvée sans emploi en raison de la pandémie. Elle avait déniché un emploi en CDD, qui devait se transformer en CDI. Avec les difficultés économiques, son employeur l’a placée en activité partielle avant de la faire revenir pour finalement la licencier une semaine avant la fin du contrat. C’était en octobre 2020. Elle craint elle aussi un recalcul à la baisse de ses droits avec la réforme. « Comment oser changer les règles alors que nous, chômeurs, avons cotisé tout autant que les salariés et que, pour ma part, je n’avais pas prévu de retourner dans cette situation de quasi-précarité ? […] J’avais trouvé un travail mais cette pandémie m’a coupé l’herbe sous le pied. Pourquoi s’obstinent-ils à sortir cette réforme pendant une telle période sachant que les offres d’emploi ne courent pas les rues ? »

“Vais-je devoir me retrouver avec mes enfants à la rue ? Quémander aux Restos du cœur ?”

Aurore, demandeuse d’emploi

Alors que le but affiché par le gouvernement à travers cette réforme est de « lutter contre la précarité liée à la hausse des contrats courts », la baisse des allocations chômage risque d’entraîner certains dans une spirale de précarité dont ils ne voient pas comment ils pourront s’extraire. « Comment vais-je faire si ce coronavirus perdure et met encore les entreprises en difficulté ? Vais-je devoir me retrouver avec mes enfants à la rue ? Quémander aux Restos du cœur ? », se questionne Aurore.

Idem pour Charles, 27 ans, originaire du Rhône : « Je crains qu’à l’issue de mon arrêt maladie, j’en sois réduit à vivre dans la précarité. Payant un loyer de 600 euros, je ne pourrai pas vivre avec des indemnités chômage réduites. Je devrai donc très probablement ne plus payer mon loyer et risquer de vivre dans la rue, en attendant le jour où je retrouverai un emploi. »

“On nous jette dès qu’il n’y a plus de travail”

« J’alterne CDD et périodes de chômage, mais ces périodes non travaillées ne relèvent pas de ma volonté propre ! », affirme Ben, 31 ans, originaire de la Charente. Saisonnier dans les domaines viticoles, il considère que « les patrons ont un rôle extrêmement important dans l’abus de contrats courts. […] On nous prend quand il y a du travail et on nous jette dès qu’il n’y en a plus. Cette réforme va nous pénaliser énormément financièrement – alors que pour les patrons, le système de bonus-malus […] n’est que minime. Cela ne les empêchera pas d’abuser encore et encore des contrats courts ».

À propos de l'auteur

Fabrice Dedieu
Journaliste

Laura, 45 ans, réside en Gironde. Cette cadre commerciale va être bientôt licenciée pour inaptitude, en raison d’une maladie professionnelle. Elle s’est posé beaucoup de questions à propos de sa future indemnité chômage. « Sur les vingt-quatre mois de ma période de référence précédant mon licenciement, je n’aurai que huit mois d’activité réelle, et le reste sera remplacé par un “salaire fictif”, qui par essence ne répond pas au code du travail, stipulant que l’allocation de retour à l’emploi (ARE) soit fondée sur des revenus existants. » Le risque de tomber dans la précarité se fait, là aussi, sentir. « Je déplore l’amateurisme avec lequel la réforme de notre système d’assurance chômage a été élaborée. »

La dernière mouture de la réforme de l’assurance chômage

La réforme du gouvernement – pour le moment suspendue par la récente décision du Conseil d’État – porte sur plusieurs points…

  • La règle de calcul du salaire journalier de référence (qui permet de définir le montant de l’allocation) est revue. Avec la réforme, le SJR serait calculé en prenant en compte les jours travaillés et non travaillés, pénalisant fortement les salariés qui alternent périodes de travail et de chômage (840 000 chômeurs seraient impactés par une baisse moyenne de 20 % de leur allocation). Un niveau plancher a été introduit pour limiter la baisse du SJR dans le décret du 30 mars.
  • La durée minimale de travail afin d’ouvrir ou de recharger ses droits est allongée, passant de quatre mois sur les vingt-huit derniers mois à six mois sur les vingt-quatre derniers mois. Toutefois, cette durée reste égale à quatre mois tant qu’il n’y aura pas d’amélioration des conditions du marché de l’emploi.
  • Les salariés de moins de 57 ans percevant un revenu antérieur supérieur à 4 500 euros bruts par mois pourraient voir leur allocation chômage diminuer après six mois d’indemnisation. Ce délai est temporairement porté à huit mois, toujours dans l’idée d’un « retour à meilleure fortune » économique.
  • La réforme comprend également un système de bonus-malus sur les cotisations patronales, de façon que les entreprises limitent leur recours aux contrats courts. Une période d’observation d’un an du comportement des entreprises devait s’ouvrir au 1erjuillet pour une application du bonus-malus à partir du 1erseptembre 2022.

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