Une négociation exemplaire dans l’aide à domicile

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Salaires, ça coince

Face au problème d’attractivité des métiers du secteur, la branche a revu l’ensemble de ses grilles de rémunérations. Un accord historique qui conduit à des hausses de salaires de 15 % en moyenne… et un exemple à suivre.

Par Jérôme Citron— Publié le 02/11/2021 à 09h03

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©Vincent Jarousseau - HansLucas

C’est l’accord dont tout le monde parle ! L’accord qui est pris comme modèle dans toutes les branches à bas salaires. Depuis le 1er octobre, les salariés de l’aide à domicile bénéficient d’une hausse de 15 % de leur rémunération. Il s’agit d’une moyenne. En fonction de l’ancienneté et du diplôme, le gain peut varier considérablement : de quelques euros à plus de 400 euros bruts par mois.

« Auparavant, une personne devait travailler dix-sept ans pour espérer être rémunérée au-dessus du Smic. » Auxiliaire de vie sociale en Côte-d’Or, Sylvie n’est pas peu fière du travail accompli. Déléguée syndicale CFDT, elle a fait partie de l’équipe qui a œuvré plus d’un an pour revoir l’ensemble des grilles de rémunérations et de qualifications de la branche.

Le résultat, signé en février 2020, a fait l’unanimité. Ces salariés sont à la fois mieux rémunérés et incités à se former pour gravir plus vite les échelons. « Nous avons créé un vrai parcours professionnel avec des compétences bien définies. » Plus de 200 000 personnes sont concernées par cet accord, surtout des femmes, dont beaucoup ont du mal à boucler les fins de mois.

« C’est énorme », renchérit Brigitte, auxiliaire de vie dans le nord du Finistère depuis vingt-sept ans. Son salaire est passé de 1 963 euros bruts à 2 505 euros bruts pour 35 heures par semaine (annualisé).

Elle y voit une juste reconnaissance de tous les métiers de l’aide à domicile dont les rémunérations restaient toujours au niveau du Smic. « Il était temps de nous reconnaître à notre juste valeur », souligne-t-elle. Cette militante CFDT insiste à présent sur la nécessité d’améliorer les conditions de travail pour rendre le métier vraiment attrayant.

« Nous avons une amplitude horaire de douze heures et un temps de travail hebdomadaire qui peut varier de vingt-huit à quarante heures, explique-t-elle. C’est particulièrement contraignant pour les femmes avec des enfants en bas âge. » Autre grief, la dureté d’un métier où il est demandé d’aller toujours plus vite pour faire des économies.

Conséquence, les accidents et les arrêts de travail sont fréquents. Et comme les candidates à ces métiers se font encore rares, le travail retombe sur les salariés déjà en poste.

« L’originalité de cet accord, c’est que nous avons convaincu les employeurs de s’y investir sans avoir l’assurance que les pouvoirs publics (les véritables financeurs) joueraient le jeu, explique Clotilde Cornière, secrétaire nationale à la Fédération CFDT Santé-Sociaux. Nous leur avons expliqué qu’ils n’avaient pas le choix, que le secteur serait mort faute de travailleuses si rien n’était fait. Et une fois que nous sommes tombés d’accord avec eux, nous sommes parvenus à obtenir du gouvernement qu’il suive le mouvement en débloquant les financements nécessaires. »

À propos de l'auteur

Jérôme Citron
rédacteur en chef adjoint de CFDT Magazine

Résultat : l’aide à domicile est, une fois n’est pas coutume, mise à l’honneur.

De quoi donner des idées à d’autres branches professionnelles très proches – par exemple celle du particulier employeur, qui risque de voir ses salariés partir voir ailleurs si elle ne bouge pas à son tour. Un véritable cercle vertueux.