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Salaires, ça coince

Mise sous cloche pendant la crise sanitaire, la question du pouvoir d’achat redevient prioritaire pour de nombreux travailleurs. Logement, énergie, assurance : les prix grimpent, mais le montant de la fiche de paie reste inchangé… jusqu’à présent.

Par Jérôme Citron— Publié le 02/11/2021 à 09h03

Après deux ans de crise sanitaire, la question du pouvoir d'achat redevient prioritaire.
Après deux ans de crise sanitaire, la question du pouvoir d'achat redevient prioritaire.© Patrick Allard

L’explosion du prix du gaz fait figure de symbole, et le gouvernement ne s’y est pas trompé en annonçant en urgence un « bouclier tarifaire » jusqu’en avril. Après deux ans de crise sanitaire, et alors que l’activité repart plus vite qu’attendu, la question du pouvoir d’achat est dans toutes les têtes.

À moins d’un an des échéances électorales, impossible de laisser penser que le retour à la normale de l’économie soit synonyme de baisse de pouvoir d’achat des salariés, et plus particulièrement de ceux qui perçoivent de bas revenus.

D’autant plus si ces salariés ont continué à travailler sur site pendant la crise, comme ce fut le cas pour les caissières de supermarché, les femmes de ménage ou encore les salariés de l’agroalimentaire et un grand nombre d’agents de catégorie C de la fonction publique. Bref, ces salariés, dits de la deuxième ligne, à qui beaucoup de promesses ont été faites au plus fort du confinement, et qui constatent aujourd’hui avec amertume l’enlisement des négociations ; à l’exception notable de la branche de l’aide à domicile. Incités à s’asseoir à la table des négociations dans les branches professionnelles, les patrons n’en démordent pas. Il serait encore « trop tôt » pour donner un coup de pouce aux salaires, il subsisterait trop d’incertitudes concernant la croissance, trop de risques d’un retournement de l’économie.

Pourtant, les indicateurs sont passés au vert. En septembre dernier, l’Insee a rehaussé sa prévision de croissance à 6,25 % pour 2021 et pronostique aujourd’hui un taux de chômage à 7,6 % de la population active pour la fin de l’année. Un niveau que l’on n’avait pas connu depuis 2008. Même si cette reprise n’est pas identique dans tous les secteurs de l’économie – l’automobile et l’aéronautique continuent de souffrir, par exemple –, de nombreuses entreprises annoncent des résultats records… et les salariés attendent un juste retour de leurs efforts.

Avec une inflation prévue autour de 2 % en 2021, la hausse des salaires devient une priorité pour garantir le pouvoir d’achat. « Il faut que les entreprises cessent d’aller à Bercy demander des aides et qu’elles engagent des négociations dans leurs branches. A minima, le gouvernement devrait conditionner les aides qu’il accorde à l’ouverture de réelles discussions », martèle Laurent Berger dans les médias depuis plusieurs mois, se faisant le porte-parole de nombreux salariés pour qui la coupe est pleine.

« Un patronat inflexible »

La dernière proposition du patronat de la branche propreté a, par exemple, été perçue comme une provocation : 1,6 %. Moins que l’inflation, signifiant ainsi une perte de pouvoir d’achat pour des personnes qui devaient être récompensées de leur engagement. « Que ce soit dans la propreté, la prévention-sécurité, la grande distribution ou les HCR (hôtels, cafés, restaurants), le patronat reste inflexible. Contrairement à leurs déclarations, nous ne constatons aucune avancée sérieuse », résume Véronique Revillod, secrétaire générale adjointe de la Fédération des Services CFDT.

« Nous devons mettre le paquet sur les rémunérations car les salariés de ces secteurs ont de plus en plus de mal à boucler leurs fins de mois, insiste Véronique. Le constat n’est pas nouveau mais, avec le chômage partiel et l’augmentation des dépenses contraintes, c’est de plus en plus dur pour de plus en plus de personnes. »

Une attente européenne

Cette question des salaires est loin de se limiter à la France. Elle se pose partout en Europe. En Espagne comme en Allemagne, elle est au cœur du débat politique. Face à l’inflation, la demande sociale s’intensifie, d’autant que rien ne bouge. Jusqu’à présent, les chiffres ne montrent pas de hausses mais plutôt un recul des salaires en Europe, et ce, malgré la reprise économique. Un comble.

La tension sur l’emploi dans certains secteurs semble malgré tout propice à ce que certaines revendications salariales finissent par aboutir. La pression sur le patronat est d’autant plus forte que les entreprises ont restauré leurs marges en partie grâce aux aides de l’État. De plus, le Smic a été revalorisé, automatiquement, le 1er octobre dernier d’environ 34 euros bruts par mois, pour tenir compte de l’inflation. Cette hausse a bénéficié à 2,5 millions de salariés.

Une bonne nouvelle mais qui soulève, comme à chaque fois, la question du tassement des rémunérations dans les entreprises autour du salaire minimum. Déjà, des équipes syndicales dans les entreprises demandent que soient rouvertes les négociations pour tenir compte de cette nouvelle donne. Le patronat ne pourra pas jouer la montre indéfiniment.