Grande distrib’, petit salaire

Retrouvez le dossier complet
Salaires, ça coince

Malgré des bénéfices records, les principaux groupes de la grande distribution ont accordé moins de 1 % d’augmentation à leurs employés. La période a pourtant été dense pour ces derniers, ils estiment donc mériter plus. Et ce, d’autant que le coût de la vie progresse.

Par Fabrice Dedieu— Publié le 02/11/2021 à 09h03

image
©HansLucas

Carrefour, Casino ou encore Auchan, les salariés n’ont pas ménagé leurs efforts. Malgré la pandémie de Covid-19, ils ont tenu la barre pour assurer le ravitaillement de la population, avec bien souvent à la clé une dégradation des conditions de travail. Désormais, ils sont nombreux à attendre un juste retour des choses : une rémunération plus élevée. Ce ne sera visiblement pas pour tout de suite…

Aude travaille dans l’hypermarché Carrefour de Perpignan (Pyrénées-Orientales) depuis vingt-quatre ans. Elle est vendeuse au rayon des appareils électroménagers et électroniques. « Avec la crise, Carrefour a fait sa meilleure progression depuis vingt ans, fait-elle remarquer. On a eu nos négociations annuelles obligatoires [NAO] en début d’année : la direction a décidé d’augmenter les salaires de 0,5 % en mars et de 0,4 % en septembre. Pour un niveau 2B [l’un des premiers niveaux de la grille salariale], ça correspond au total à 15 euros bruts de plus par mois… Beaucoup de collègues sont dans la précarité. »

Après vingt-huit ans à travailler au Géant Casino de Montélimar (Drôme), où il réceptionne la marchandise, Laurent touche 1996 euros bruts par mois.

« Il ne faut pas espérer partir en vacances »

Anne fait le même constat dans son magasin Géant Casino & Drive Oyonnax Arbent, dans l’Ain, où elle officie comme employée de libre-service. Le salaire net moyen de ses collègues (hors encadrement) tourne autour de 1300 euros. « Quand tu n’as pas d’enfant, ça peut aller, mais il faut faire attention », estime celle qui devra équiper son véhicule de pneus neige d’ici à quelques semaines. Une dépense qui grèvera obligatoirement son budget : « Il ne faut pas espérer partir en vacances », lâche-t-elle.

Anne pense aussi que « les salariés aimeraient une reconnaissance plus importante », alors que chez Casino, la participation locale et nationale et l’intéressement versés aux salariés tendent à baisser au fil des années. «Pour le niveau le plus élevé des employés, la participation et l’intéressement représentent 80 euros par an et par personne dans mon magasin. Dans les niveaux inférieurs, des salariés peuvent ne toucher que 30 euros par an.»

« On a toujours été là »

Après vingt-huit ans à travailler au Géant Casino de Montélimar (Drôme), où il réceptionne la marchandise, Laurent touche 1 996 euros bruts par mois.

«C’est plutôt compliqué de s’en sortir, mais il faut faire avec. Tout coûte de plus en plus cher. » Il estime qu’au regard de ses responsabilités, il n’est pas assez payé.

Ses collègues aussi aimeraient bien voir leurs salaires progresser : « Les gens demandent des augmentations. En 2021, on a eu 0,9 % d’augmentation. » Un taux comparable à celui de Carrefour, et légèrement supérieur à ce qui a été acté à Auchan : + 0,8 %.

À propos de l'auteur

Fabrice Dedieu
Journaliste

Pourtant, ces trois groupes ont annoncé d’excellents résultats en 2020. Ainsi, le résultat net de Carrefour s’élève à 1 milliard d’euros en 2020, en hausse de 18 % par rapport à 2019. Celui de Casino a progressé de 37 %, à 268 millions d’euros, alors qu’Auchan a réalisé un bénéfice net de 287 millions d’euros.

À Carrefour, si la participation et l’intéressement ont mécaniquement augmenté, les salariés n’ont pas obtenu le coup de pouce attendu : la prime Macron.

« On a juste eu une prime annuelle de 155 euros nets », soumise à l’impôt, contrairement à la prime Macron. Un courrier a été envoyé à la direction des ressources humaines pour ouvrir des négociations sur le pouvoir d’achat. La réponse se fait encore attendre. Aude le redit : «Nous, salariés de deuxième ligne, on a pourtant toujours été là. »