Un an après Chido, la trop lente reconstruction de Mayotte

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icone Extrait de l'hebdo n°3993

Il y a un an, le cyclone Chido mettait à mal tout l’écosystème économique et social d’un territoire déjà très fragile, Mayotte. Si des aides financières, des plans d’urgence ou de reconstruction ont bien été annoncés par le gouvernement, la situation est loin d’être stabilisée.

Par Guillaume LefèvrePublié le 13/01/2026 à 13h00

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© Sergey Ponomarev/The New York Times/Redux-RÉA

Les cicatrices sont encore visibles dans le paysage mahorais et dans le quotidien de ses 350 000 habitants. Le 14 décembre 2024, Chido avait littéralement mis à genoux le département le plus pauvre de France. Un coup de massue pour ce territoire déjà confronté à de lourdes fragilités structurelles, entre pauvreté (75 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté), accès à l’eau limité et services publics dégradés. Depuis la catastrophe, les écoles, les hôpitaux, les infrastructures peinent à remplir leurs missions, et l’accès aux besoins essentiels reste très inégal. « C’est comme si rien n’avait été fait, déplore Bounati Ahamadi, nouvellement élue secrétaire générale de la CFDT Mayotte. Il est temps que l’État prenne ses responsabilités. »

La situation de l’école illustre parfaitement ces difficultés. L’ONG Human Rights Watch rappelait que, en novembre 2025, « environ 8 % des élèves de primaire n’avaient que 10 à 20 heures de classe par semaine, quand certains recevaient moins de 10 heures ». Un an après la catastrophe, plusieurs établissements restent fermés ou fonctionnent par rotation – du fait d’un accès restreint aux salles de cours. « Même les grands projets comme la construction d’un nouvel hôpital sont au point mort », regrette Bounati Ahamadi.

Un impératif vital, une exigence morale

Dans un document (de 278 pages) d’octobre 2025 largement étayé, la CFDT Santé-Sociaux Mayotte dresse d’ailleurs un constat « morbide » et alerte sur l’état « dramatique » du système de santé du territoire ultramarin. « Le service public de santé est notoirement inopérant ; carentiel, dysfonctionnel par tradition, il est depuis dix ans au bord du gouffre. Les dégâts matériels du cyclone Chido le précipitent un peu plus vers la paralysie […]. Il faut agir. Ce n’est pas seulement un impératif vital, c’est une exigence morale. » Après le passage du cyclone, les annonces gouvernementales s’étaient pourtant multipliées : à la loi d’urgence pour Mayotte (février 2025) a succédé la loi de programmation pour la refondation de Mayotte (juillet 2025), qui prévoyait la création d’un établissement public dédié à la reconstruction et la mobilisation de financements.

Un alignement du Smic prévu pour 2031… au mieux

Dans les faits, pourtant, « la lenteur de la reconstruction, les retards dans les projets et l’insuffisance des aides renforcent ce sentiment d’injustice et d’abandon. On pensait que Chido était un mal pour un bien et qu’enfin les choses allaient changer pour nous. On est encore très loin du compte », assène Bounati Ahamadi, qui appelle par ailleurs le gouvernement à accélérer la « convergence sociale », c’est-à-dire l’alignement progressif des droits et des prestations sociales spécifiques à Mayotte sur ceux appliqués en métropole. La convergence complète devrait aboutir au plus tard en 2036.

À propos de l'auteur

Guillaume Lefèvre
Journaliste

Si le Smic a été porté à 9,33 euros bruts le 1er janvier 2026 (contre 12,02 euros en métropole), il ne sera pas aligné avant 2031. Aujourd’hui encore, le montant forfaitaire du RSA perçu par une personne seule sans enfant est de 323,26 euros, contre 652,34 euros à l’échelle nationale. « On ne peut plus être traité comme des citoyens de seconde zone ! », martèle Bounati Ahamadi. Sans accélération de la convergence sociale et de la reconstruction, Mayotte restera le symbole d’une République à deux vitesses.