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Extrait de l'hebdo n°3999
Les 17, 18 et 19 février se déroulait l’avant-dernier Conseil national confédéral avant le congrès de Bordeaux (du 22 au 26 juin 2026). Face à l’urgence démocratique, et à un mois des élections municipales, une CFDT offensive a rappelé sa détermination à se mettre “au travail pour la démocratie”.

Responsabilité : le mot aura été répété dans la quasi-totalité des interventions à la tribune. Il aura également été repris par Marylise Léon lorsqu’il s’est agi de fixer une feuille de route claire pour cette année 2026. « La démocratie a besoin de nous, et nous avons besoin de la démocratie. C’est une année charnière. Dans les mois à venir, il va falloir continuer à prendre nos responsabilités, être à l’écoute, construire et débattre. » Ça tombe bien car les militants CFDT n’ont pas l’habitude de fuir leurs responsabilités, même lorsque les nuages s’accumulent à l’horizon.
De fait, 2026 ne sera pas seulement l’année du 51e congrès de la CFDT mais aussi celle où va se jouer l’avenir de la démocratie et de la démocratie sociale. Il ne s’agit pas d’une formule toute faite mais d’un constat lucide : remise en cause de l’État de droit, banalisation des discours autoritaires, accointances des milieux économiques avec l’extrême droite, dialogue social en berne, fatigue démocratique… de trop nombreux voyants sont passés au rouge. Sans même parler du contexte international, puisque l’idéologie jusqu’au-boutiste promue par Donald Trump s’invite jusque dans la campagne des élections municipales françaises.
La lutte contre l’extrême droite, mère de toutes les batailles
Lors de ce rendez-vous électoral, le Rassemblement national devrait présenter plus de 700 têtes de liste et pourrait conquérir plusieurs villes de plus de 100 000 habitants. Dans ce contexte, défendre une société fondée sur la solidarité, les services publics et le vivre-ensemble devient plus que jamais une priorité. « La démocratie, ça se construit, ça ne se décrète pas ; ça se vit dans nos territoires, nos entreprises ; c’est ce que nous faisons au quotidien et ce que l’on continuera à faire », martèle Marylise Léon. « La lutte contre l’extrême droite doit être la mère de toutes les batailles », renchérit la CFDT Agri-Agro.

À ceux qui prétendent qu’un syndicat n’a pas son mot à dire sur la destinée politique du pays, la CFDT Grand Est réaffirme clairement le contraire : « Les ambitions de justice et de transformation sociales ne s’arrêtent pas aux portes des entreprises et des administrations. Elles se jouent partout où les citoyens vivent, se soignent et s’organisent. C’est d’ailleurs tout le sens de notre engagement au sein du Pacte du pouvoir de vivre. » « Nous devons, plus que jamais, faire de la politique avec un “P” majuscule, pas au sens partisan, mais de profondément regarder la société, de comprendre ce qui la travaille et d’agir pour protéger, émanciper et rassembler », confirme la CFDT Défense (Fédération des Établissements et Arsenaux de l’État, FEAE).
Une situation sociale et économique qui se dégrade
Cette exigence démocratique s’inscrit dans un climat social tendu. Les restructurations se multiplient, rappelle la Fédération générale des Mines et de la Métallurgie (FGMM). Ainsi, IBM annonce un plan de départs volontaires de 350 personnes ; Lisi Automotive à Puiseux-Pontoise (Val-d’Oise) et Dumarey à Strasbourg (Bas-Rhin) ferment, ces entreprises supprimant à elles deux près de 450 emplois ; ArcelorMittal prévoit la délocalisation de 1 650 postes en Inde. La CFDT Services évoque « la plus grande crise de [son] histoire », marquée par des milliers de défaillances dans les secteurs du commerce, de l’habillement et de l’hôtellerie-restauration.
Les chiffres de l’Insee confirment d’ailleurs cette dégradation : 7,9 % de chômage à l’échelle nationale à la fin 2025, 21,5 % chez les jeunes. Or, pendant ce temps, et alors que le pouvoir d’achat demeure la première préoccupation des salariés, les négociations salariales stagnent. « Dans le transport routier de marchandises, c’est la perspective d’une nouvelle année blanche qui se profile », alerte la Fédération générale des Transports et de l’Environnement (FGTE). Et quand augmentation il y a, elle est minime : 1,3 % dans le transport routier de voyageurs, 1,2 % dans le déménagement, 1,4 % dans la logistique… Les négociations qui s’ouvrent dans l’aérien affichent une revalorisation de 0,5 % ! « C’est le néant, ou presque », résume la CFDT Santé-Sociaux, qui a malgré tout obtenu une revalorisation de 120 euros bruts mensuels bénéficiant aux aides-soignantes de l’aide à domicile.
Partout, on déplore que les employeurs soient aux abonnés absents. « Le patronat semble avoir quitté la table du dialogue », constate l’Union régionale interprofessionnelle (URI) Centre-Val de Loire.
Une CFDT offensive et mobilisée
En dépit d’une telle situation, la CFDT revendique un syndicalisme offensif et responsable. Des résultats concrets ont été obtenus : suspension du relèvement progressif de l’âge légal de départ à la retraite, abandon du gel des prestations sociales et du doublement des franchises médicales, retrait de la lettre de cadrage relative à l’assurance chômage… Dans la fonction publique, 5,7 millions d’agents bénéficieront d’une protection sociale complémentaire d’ici à 2027, et une négociation sur l’égalité professionnelle est engagée. « Notre syndicalisme est la meilleure réponse aux crises : restons fiers, restons offensifs et démontrons notre utilité, clame l’URI Pays de la Loire. Informons, proposons et diffusons sans relâche notre projet de transformation sociale. Ne laissons surtout pas de vide, nulle part. C’est par notre présence sur le terrain que nous ferons reculer l’isolement et l’abstention. »
Les 65 000 adhésions enregistrées en 2025 confirment d’ailleurs l’attractivité du syndicalisme CFDT. C’est de bon augure avant le grand rendez-vous des élections professionnelles dans la fonction publique, en décembre prochain – l’objectif affiché par la CFDT Fonctions publiques étant de combler les 5 000 voix qui séparent notre organisation syndicale de la deuxième place dans le public. « Les outils sont prêts, la dynamique est là, mais c’est notre engagement collectif sur le terrain qui fera la différence. Mettons tout en œuvre, notre cohésion, notre méthode et notre capacité à transformer nos revendications en progrès concrets pour les agents publics. »
Viser la deuxième place à l’issue des élections fonction publiques
La CFDT Cadres y mettra toute son énergie : « Les élections déterminent qui siégera dans les comités sociaux et commissions paritaires, où se prennent des décisions impactant directement la carrière, les missions et l’environnement professionnel. »
Une représentation CFDT est donc cruciale en vue d’acquérir de nouveaux droits. « Une CFDT forte pour un monde plus juste, voilà ce que nous voulons, pas pour elle-même, pas pour la posture, mais parce que la force syndicale est au service d’un monde plus juste », affirme Marylise Léon. En paraphrasant le titre de l’avant-projet de résolution, on peut dire que la CFDT est en ordre de marche afin de se mettre, partout et tout le temps, « au travail pour la démocratie ».
La CFDT Nouvelle-Aquitaine – qui accueillera à Bordeaux, du 22 au 26 juin, le prochain congrès confédéral – est déjà prête et affine les derniers préparatifs. « Plus de 350 adhérentes et adhérents se sont engagés à participer, contribuer et à faire vivre la CFDT. Ils sont super impatients de vous recevoir pour ce grand moment de partage et de démocratie. »