La Tournée Démocratie bat son plein

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icone Extrait de l'hebdo n°3994

À l’approche des élections municipales (les 15 et 22 mars), la CFDT réaffirme que l’extrême droite n’est pas une menace abstraite. En octobre 2025, elle lançait sa Tournée Démocratie pour écouter les adhérents, entendre leurs inquiétudes et leurs espoirs. Retour sur ce tour de France démocratique.

Par Guillaume LefèvrePublié le 20/01/2026 à 13h00

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© CFDT Île-de-France

« Démocratie, et si on la défendait ? – Un débat essentiel ! » : le ton de la journée organisée le 13 janvier dernier par la CFDT Île-de-France ne laisse pas de place au doute. « Face au climat anxiogène et aux risques d’affaiblissement de la démocratie et de nos libertés fondamentales, il est primordial d’alerter, de sensibiliser et d’outiller nos adhérents et militants, affirme Badiaa Souidi, la secrétaire générale de l’URI1 francilienne. Il faut le redire : sans démocratie, pas de possibilité d’agir, pas de capacité d’intervention sur les lieux de travail pour nous, syndicalistes ; pas de rôle pour nous, acteurs de la société civile ; et, surtout, pas de contre-pouvoirs. »

Le sujet interpelle autant qu’il mobilise. Preuve en est, ils étaient plus d’une centaine d’adhérents à investir les locaux de la Maison des associations de solidarité de Paris, démontrant ainsi l’intérêt manifesté et l’urgence ressentie par les militants. « Il y a une forte envie de s’exprimer, d’échanger, de comprendre et d’agir chez nos adhérents », confirme Thibaud Kurtz, délégué chargé des questions de démocratie à la Confédération.

L’initiative parisienne s’inscrit dans la droite ligne des trois débats de la Tournée Démocratie qui se sont déjà déroulés en Île-de-France – le 18 novembre 2025 à Cergy (Val-d’Oise), le 8 janvier 2026 à Roissy-en-France (Val-d’Oise), le 15 janvier à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) – sachant qu’il y en a deux à venir, le 21 janvier à Melun et le 5 février à Meaux (Seine-et-Marne).

Créer des espaces d’expression

À ce jour, 42 rencontres ont eu lieu partout en France ; elles ont réuni près de 600 adhérents. Des Hauts-de-France à la Nouvelle-Aquitaine en passant par la région Auvergne-Rhône-Alpes, elles ont permis de « prendre le pouls » de l’organisation. « Nous avons voulu créer des espaces où les adhérents pouvaient parler librement des dangers qui menacent la démocratie et le syndicalisme, sans crainte d’être jugés, et explorer ensemble les moyens d’y faire face », souligne Olivier Guivarch, secrétaire national de la CFDT.

Chaque fois, s’applique le même schéma : pendant deux heures, les participants échangent autour de plusieurs questions, de manière ludique et pédagogique. Une manière d’évaluer l’état de la démocratie politique mais aussi celui de la démocratie sociale, et d’observer dans quelle mesure le syndicalisme joue encore un rôle de contre-pouvoir. « Il ne s’agit en aucun cas d’une formation ou d’un cours magistral sur la démocratie mais d’un moment d’échange entre nous », rappelait Perrine Mohr, secrétaire générale de la CFDT Hauts-de-France lors d’une rencontre qui s’est tenue dans les locaux de l’union locale CFDT de Douai (Nord).

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© Syndheb

Si le « thermomètre de la démocratie » – cet outil qui permet à chacun d’estimer l’état santé de la démocratie, allant du vert (« bon état ») en passant par l’orange (« en réanimation ») jusqu’au rouge (« pronostic vital engagé ») – a souvent viré à l’écarlate durant les ateliers, il est surtout le témoin d’une envie partagée des adhérents de ne pas céder à la fatalité. « C’est parce que nous ne sommes pas toujours d’accord qu’il est essentiel de se retrouver, de discuter et de faire ensemble, et ce, même si les débats étaient parfois vifs et donnaient envie de réagir », expliquait Ludivine, participante d’un débat à Pau (Pyrénées-Atlantiques). « Cela nous a aussi permis d’identifier des personnes motivées afin de faire bouger les choses, de nourrir notre réflexion et de nous donner du grain à moudre pour demain », insiste Julien Durand, qui coordonne la tournée néoaquitaine.

Plus on parle du concept, plus on est sollicités

« Cela fait partie des priorités du plan de travail fédéral, et nous encourageons les militants à s’en saisir localement », poursuit Karine Bouchet, secrétaire nationale de la CFDT Santé-Sociaux, alors que le thermomètre était testé à la fin novembre 2025 lors d’une rencontre avec l’ensemble des secrétaires de syndicats.

À propos de l'auteur

Guillaume Lefèvre
Journaliste

Pas question, donc, que ces échanges nourris restent sans lendemain. « De nombreux participants ont largement exprimé leur désir de renforcer leur engagement syndical, d’agir collectivement – aux côtés des membres du Pacte du pouvoir de vivre, par exemple. Ils ont redit leur volonté de s’impliquer davantage en développant et en multipliant les espaces de débat interne, voire d’engager ce type de démarche dans leurs entreprises respectives. La dynamique est bien engagée et elle se poursuit », poursuit Thibaud Kurtz, cheville ouvrière confédérale de cette tournée nationale. Initialement prévue pour s’achever en janvier 2025, la tournée continue donc à faire le plein ; dix nouvelles dates apparaissent déjà au calendrier, de la fin janvier jusqu’en avril. « On ne se met pas de deadline, plus on parle du concept, plus on a de sollicitations », confirme d’ailleurs Sonia Paccaud, secrétaire générale adjointe de l’URI Auvergne-Rhône-Alpes, région où treize débats se sont déjà tenus.

La CFDT Journalistes débat avec ses adhérents

Après avoir publié le guide Face à l’extrême droite – Plus que jamais journalistes, à la fin de l’année 2025, la CFDT Journalistes poursuit son travail de formation auprès de ses adhérents. Le 17 janvier, elle organisait une journée d’échanges et de débats en présence de Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT, et d’Edwy Plenel, fondateur de Mediapart. Alors que le vocabulaire de l’extrême droite se banalise, la question de la responsabilité dans le choix des mots ou le mode de traitement des faits divers a été longuement débattue. En quoi le fait de préciser la nationalité des personnes impliquées dans un fait divers apporte-t-il une information utile dans un article ?, interrogent les intervenants. De nombreux témoignages de journalistes ont montré comment chacun, à son niveau, dans son médium, peut contribuer à « tenir la digue ». « Une exigence indispensable à l’heure où certains médias ne font plus de journalisme mais ont un agenda politique », rappelait Edwy Plenel.

Emmanuelle Pirat