Somfy déroule son plan et oublie le volet social

temps de lecture Temps de lecture 5 min

icone Extrait de l'hebdo n°4012

Quatre mois après l’annonce d’un plan social par la direction du groupe Somfy, qui prévoit la suppression de 20 % de l’effectif et la fermeture de trois sites, les salariés veulent rester mobilisés. La fin des négociations sur les mesures d’accompagnement du PSE approchent.

Par Anne-Sophie BallePublié le 26/05/2026 à 12h00

Dans une entreprise historiquement peu habituée aux mouvements sociaux, la mobilisation du 21 mai, troisième initiée par l'intersyndicale depuis l'annonce du plan social, a rassemblé 450 salariés...autant que le nombre d'emplois supprimés.
Dans une entreprise historiquement peu habituée aux mouvements sociaux, la mobilisation du 21 mai, troisième initiée par l'intersyndicale depuis l'annonce du plan social, a rassemblé 450 salariés...autant que le nombre d'emplois supprimés.© DR

Créé en 1969, Somfy s’est rapidement imposé comme le leader de la domotique dans une soixantaine de pays. Son siège social, situé à Cluses (Haute-Savoie), concentre 2000 des 2800 emplois français que compte le groupe à la réputation mondiale. Un chiffre d’affaires en hausse constante, un résultat net avoisinant les 200 millions d’euros… et l’annonce brutale d’un PSE, en janvier 2026, qui pourrait causer le licenciement de 534 salariés, soit près de 20 % de l’effectif. Passé le cap de l’incompréhension, c’est désormais la colère qui domine chez les salariés, dont près de 70 % sont cadres. « C’est le plus gros PSE du département à ce jour, sur une entreprise qui représente aussi l’un des plus gros employeurs de la vallée de l’Arve », précise Jose de Sousa, délégué syndical CFDT et élu CSE.

Dans le détail, il évoque « 420 postes supprimés, de nombreuses modifications de contrats de travail avec des mobilités géographiques, dont on sait déjà que la majorité refusera par manque de visibilité. Passer du Sud-Ouest à la Haute-Savoie, où le coût de la vie est très élevé, sans savoir s’il n’y aura pas un retournement de conjoncture, beaucoup n’y sont pas prêts ». D’autant que le plan de restructuration prévoit de sous-traiter une partie de la R&D et de délocaliser certaines activités au Portugal ou en Chine…

Un PSE en total décalage avec la situation économique de l’entreprise

Alors que les négociations sur les mesures d’accompagnement doivent s’achever le 3 juin, la direction joue la montre et flambe la caisse. En avril, l’assemblée générale annuelle du groupe validait en effet le maintien du versement des dividendes au niveau de 2024 : 166 millions d’euros, soit une ponction quasi totale du résultat net du groupe.

Incompréhensible, pour les salariés et leurs représentants syndicaux, qui plus est « au regard du budget du PSE estimé à quelques dizaines de millions d’euros », fustige Jose de Sousa. À l’opposé de cette logique financière, l’intersyndicale (CFDT, CGC, CFTC) elle, pousse pour préserver le maximum d’emplois et ouvrir davantage les départs volontaires et autres congés de fin de carrière. Quant aux indemnités supra-légales de ceux qui seront licenciés, elles sont jugées insuffisantes compte tenu de la situation économique de l’entreprise.

« Il ne sera plus l’heure d’avoir des regrets en juillet »

Afin de peser sur les négociations, les élus en appellent aux pouvoirs publics1, mais aussi à la mobilisation des salariés. « Parce que le temps file, répète l’intersyndicale. Et qu’il ne sera plus l’heure d’avoir des regrets en juillet. » Après une première action fin mars, qui avait mobilisé 400 salariés  dans le centre-ville de Cluses, l’intersyndicale avait symboliquement planté, le 23 avril 2026 (jour de l’assemblée générale), 150 croix en bois à l’entrée des sites de Somfy, devenus cimetières.

L'intersyndicale a été reçue à Bercy par la Mission interministérielle aux restructurations d’entreprises, le 26 avril 2026.
L'intersyndicale a été reçue à Bercy par la Mission interministérielle aux restructurations d’entreprises, le 26 avril 2026.

Un mois plus tard, ils étaient de nouveau présents, en nombre, à Cluses. Le cortège, parti du musée de l’Horlogerie avant de se diriger vers le centre-ville, a rassemblé ce 21 mai près de 450 salariés. Parmi eux, Cécile, 58 ans, et trente-six années de travail chez Somfy. « Comment se fait-il qu’un groupe qui a les reins si solides puisse faire un plan social de cette envergure alors que ça va bien ? » Elle sait déjà que son poste au service Qualité est concerné par le PSE et sera sans doute supprimé. « Mais je ne suis pas là pour moi. Moi je suis impactée, mais bientôt à la retraite. Mes collègues, en revanche, ont besoin de soutien. » 

À propos de l'auteur

Anne-Sophie Balle
Rédactrice en chef adjointe de Syndicalisme Hebdo

Une mobilisation particulièrement réussie dans cette entreprise historiquement peu habituée aux grèves, et « un cortège qui frappe d’autant plus les esprits qu’il correspond au nombre de postes destinés à être supprimés : l’échelle de ce PSE saute aux yeux très directement ! » souligne le délégué CFDT. De quoi peser sur la prochaine réunion de négociation, prévue ce 26 mai.