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Extrait de l'hebdo n°3993
En mai 2025, les 1 200 salariés des unités de production agroalimentaire du groupe Agromousquetaires (fournisseur d’Intermarché et de Netto) apprenaient brutalement le projet de cession de leurs sites. Depuis, ils sont toujours dans l’attente d’un repreneur – une situation anxiogène que la CFDT dénonce vigoureusement.

La période des fêtes n’aura pas été légère et joyeuse pour tout le monde, notamment les 1 200 salariés de huit unités de production agroalimentaire d’Agromousquetaires. Depuis mai 2025, ces travailleurs savent que le groupe entend vendre leur usine. À qui, comment, quand ? Ces questions restent encore sans réponses, plaçant les salariés dans une situation particulièrement anxiogène. « Tous les jours, certains viennent me voir pour savoir. C’est très difficile, je ne veux pas leur promettre quelque chose que je ne sais pas moi-même », explique Mickaël Lenoble, délégué syndical du Fournil du Val de Loire à Joué-lès-Tours (Indre-et-Loire / Centre-Val de Loire). Sur son site, 160 salariés (190 en comptant les intérimaires) produisent des pains de mie, brioches et autres viennoiseries des marques Chabrior, Top Budget et Netto. « Le pire, c’est qu’en 2024, on nous avait promis une nouvelle usine en 2027. On nous avait même présenté les plans, les photos… Et puis le projet a été mis en pause en janvier 2025. Jusqu’au coup de grâce, en mai dernier. Les salariés ont vécu cela comme une trahison. On nous a vendu du rêve. Et ensuite, on s’est sentis abandonnés. »
Le professionnalisme des équipes
Ce sentiment de trahison est partagé par les quelque 750 salariés des trois sites bretons d’où proviennent les produits de la mer de la marque Capitaine Houat. « On avait déjà eu un PSE en 2024, avec la fermeture de deux bases. Nous étions déjà bien éprouvés. Et là, c’est un nouveau coup, explique Christelle Bellego, la déléguée syndicale centrale de Capitaine Houat. En vingt-sept ans dans cette entreprise, je n’ai jamais vu autant de mépris pour les salariés ! » Pourtant, ces derniers sont restés très pros. « On a continué à bosser et à faire tourner l’usine 22 heures sur 24 et 7 jours sur 7 au mois de décembre, qui est un gros mois pour les produits festifs comme le saumon, les crevettes, etc. Les équipes ont assuré… malgré les annonces », souligne la militante CFDT. Au Fournil du Val de Loire, les salariés aussi continuent courageusement à faire tourner l’usine. « On reste pros et surtout solidaires entre nous. Cette solidarité fait notre force », affirme Mickaël.
À rebours des valeurs du groupe
Cette indigne attitude du groupe Agromousquetaires contraste évidemment avec les valeurs qu’il prétend défendre et avec l’image médiatique qu’il entend se construire. « Le groupement ne cesse de mettre en avant sa fierté de disposer d’outils industriels intégrés, implantés sur le territoire national, au plus près des consommateurs », relève la CFDT Agri-Agro. Ce changement de stratégie (abandon de certaines unités de production, considérées comme non rentables, et recentrage sur la partie commerce et grande distribution avec la reprise de plus de 200 magasins Auchan) fait apparaître un autre paradoxe puisque, désormais, le groupement devra s’approvisionner à l’étranger…
« Pour la CFDT Agri-Agro, ce décalage entre le discours adressé au public et la réalité sociale est inacceptable. » La fédération et ses militants restent pleinement mobilisés « afin que les 1 200 salariés ne restent pas sans de solides garanties en matière d’emploi, de conditions de travail et d’avenir industriel ». Dans les usines également, « on va continuer à se battre. On n’est pas du genre à baisser les bras », confie Christelle. Mais sans se bercer d’illusions. « On sait que même s’il y a un repreneur, il y aura un plan social », expliquent tour à tour les deux délégués syndicaux.