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Extrait de l'hebdo n°4030
La consultation des instances représentatives du personnel concernant le projet Bromo viennent de s’achever en France. Malgré des inquiétudes persistantes liées au rapprochement des activités spatiales d’Airbus, de Leonardo et de Thales, la CFDT a choisi de rendre un avis favorable à la fusion.

Une petite révolution se prépare dans le domaine spatial. En octobre 2025, les directions des groupes Airbus, Leonardo et Thales ont annoncé le regroupement de leurs activités spatiales afin de répondre à la concurrence internationale (notamment celle de SpaceX) et de consolider la souveraineté spatiale européenne. En pratique, trois entreprises (Airbus Defence and Space [ADS], Telespazio et Thales Alenia Space) devraient se rejoindre dans une même coentreprise qui comprendrait 26 682 salariés dont 10 136 en France. Elle serait détenue à 35 % par Airbus, 32,5 % par Thales et 32,5 % par Leonardo. Bromo, projet qui devrait voir le jour en 2028, inquiète les représentants syndicaux, dont la CFDT ; celle-ci vient néanmoins de se prononcer en faveur de la fusion lors de la phase de consultation des instances.
“On préfère accompagner le projet”
« On préfère accompagner le projet plutôt que d’être dans une opposition passive. Il y a autant d’arguments favorables que défavorables », affirme Hervé Pinard, le délégué syndical central CFDT du groupe Airbus. Ce dernier n’est cependant pas convaincu par les arguments économiques du projet et craint des synergies commerciales négatives sur les marchés européens, les clients institutionnels pouvant être tentés, selon lui, de favoriser de nouveaux concurrents. « On risque de perdre des parts de marché à cause de ça. »
En revanche, concernant l’aspect social, « la direction nous a donné des garanties au-delà de nos espérances. Elle s’est engagée à ce qu’il n’y ait pas de licenciements économiques résultant de Bromo, ni de fermeture de site, de déplacement de site ou de relocalisation contrainte. Elle s’appuie pour cela sur le fait que le marché spatial devrait connaître une forte croissance dans les années à venir », explique le militant. Même son de cloche chez Thales Alenia Space SAS, où la CFDT est également majoritaire. La direction s’est engagée à ce qu’il n’y ait pas d’impact sur les sites industriels majeurs, et à maintenir les effectifs et les compétences. Quant aux salaires, « la rémunération de base ne devrait pas être impactée par la fusion », ajoute Hervé Pinard.
Des discussions difficiles
Les discussions n’en ont pas moins été difficiles. « Chez Airbus, nous avons fait une réunion plénière CFDT, débattu et pesé les pour et les contre du projet », explique Elizabeth Estrada, déléguée syndicale centrale CFDT et membre titulaire du CSE et du CSE central d’Airbus. « La majorité a été favorable, et nous avons eu quelques abstentions », poursuit la militante, qui explique que certains représentants syndicaux se sont inquiétés du fait que des informations leur aient été délibérément cachées. « Des données ont été caviardées dans les documents qui nous ont été remis. Ça a créé de la méfiance car certains se sont demandé si les connaître aurait changé leur façon de voter. »
À ce stade, la CFDT reste donc vigilante quant à la suite du projet. « Par exemple, nous n’avons aucune information sur la façon dont la croissance va se répartir entre les pays et les sites industriels. C’est un problème majeur sur lequel la direction devra s’exprimer. En effet, si par exemple l’essentiel de la croissance est dû à des dépenses institutionnelles allemandes, les retombées en termes d’emplois seraient limitées en France. Et à l’intérieur de la France, selon le type d’activités et les arbitrages rendus, on pourrait voir une forte croissance à Cannes et une décroissance à Toulouse, ou l’inverse. La CFDT demande donc que personne ne soit oublié, et que chaque site profite de cette croissance », pointe Elizabeth Estrada.
Autre point de vigilance, « avec la fusion, nous allons sortir des accords de groupe Airbus et donc perdre certains avantages comme la participation, l’intéressement ou l’actionnariat salarié. Il risque d’y avoir une perte de rémunération subie par les salariés. Aussi souhaitons-nous que de nouveaux accords soient négociés dès la création de la coentreprise. Il faudra être innovant et trouver de nouveaux mécanismes ».
En attente de la validation européenne
Le comité d’entreprise européen de Thales a également émis un avis favorable. « On considère que le projet apporte un espoir pour la filière car il va permettre de financer de nouveaux projets que l’on ne pourrait pas financer autrement », détaille Anthony Perrocheau, secrétaire CFDT du comité d’entreprise européen du groupe. Dans leur avis, les syndicats du comité européen de Thales Alenia Space insistent toutefois sur le fait que « la construction [du nouveau] groupe ne doit pas se faire au détriment des salariés ». « Ainsi, les gains de compétitivité ne doivent pas être réalisés via une augmentation de la charge de travail qui serait due à un gel des recrutements et au non-remplacement de personnes ou à des suppressions de postes indirects dont la charge serait dispatchée sur les salariés restants », soulignent-ils. Ils demandent aussi que le « socle social » ne soit pas « renégocié à la baisse ». « Nous serons également vigilants à l’assise financière au démarrage de la future entreprise et demandons que les dividendes restent les premières années dans l’entreprise. Et aussi deux représentants au conseil d’administration ! », poursuit Anthony Perrocheau.
Le projet doit à présent recevoir l’aval de l’autorité de la concurrence de l’Union européenne. « En cas de modification, nous demandons à être informés et consultés de nouveau », explique le militant CFDT, qui note que, pour la première fois, la commission leur demande des informations relatives aux aspects sociaux de la fusion. « Ça va dans le bon sens », poursuit le militant, qui attend à présent la seconde phase d’information-consultation. « Elle devrait garantir une information plus transversale des différents experts sur le dossier. Pour l’instant, nos experts n’ont pas accès aux informations des autres groupes. » Le projet a donc encore quelques essais à passer avant d’aboutir…