Pouvoir d’achat : il faut que ça bouge !

temps de lectureTemps de lecture 5 min

iconeExtrait de l’hebdo n°3808

La question du pouvoir d’achat s’est brutalement imposée dans le débat ces dernières semaines. Avec une hausse des prix de 2,8 % en 2021, les salariés attendent aujourd’hui des augmentations salariales. Les annonces de mobilisations se multiplient dans les entreprises.

Par Jérôme Citron— Publié le 25/01/2022 à 13h00

image
© Pascal Sittler/RÉA

+ 2,8 % en 2021 : il y a longtemps que la France n’avait pas connu une telle envolée des prix, puisqu’il faut remonter à 2008 pour observer une hausse aussi sensible. Entre ces deux époques, presque rien. L’inflation n’était ainsi que de 0,5 % en 2020. En soi, cette nouvelle n’a rien de catastrophique, bien au contraire : l’inflation peut avoir des vertus économiques, notamment quand il s’agit de rembourser les dettes. Mais que les salariés ne soient pas pénalisés suppose que leur salaire suive le mouvement. Dans les scénarios les plus optimistes des économistes, c’est d’ailleurs ce qui devrait se passer dès les prochains mois.

Entre hausse des prix et hausse des salaires…

« Aujourd’hui, la hausse du prix de l’énergie explique la moitié de l’inflation que nous constatons », résume Paul Busi, du service Économie et société de la CFDT. Jusqu’à la mi-2022, la hausse du prix de l’énergie (puis celle des produits manufacturés) va continuer d’alimenter l’inflation. Ensuite, la hausse des salaires devrait prendre le relais et compenser les pertes de pouvoir d’achat que subissent les Français à l’heure actuelle.

L’année 2022 pourrait donc être celle de l’atterrissage en douceur de l’économie... mais aussi celle des augmentations de salaires. « Nous sommes dans un moment favorable pour créer une dynamique sur les salaires, pointe le secrétaire national Luc Mathieu. Il y a un alignement des planètes. Les entreprises, qui ont été massivement aidées par la puissance publique afin de faire face à la crise, annoncent globalement de très bons résultats. À cela s’ajoutent une hausse des prix, une pénurie de main-d’œuvre dans certains secteurs, des salariés qui remettent en question leur rapport au travail, des augmentations récentes du Smic qui ont provoqué un nouveau tassement des grilles et des promesses faites aux salariés en première ligne pendant la crise sanitaire qui n’ont pas été tenues. » Autant d’arguments permettant d’instaurer un rapport de force au sein des entreprises, des branches professionnelles et dans la fonction publique.

Les foyers modestes restent très impactés

Dans les mois à venir, les négociations salariales dans les entreprises et les administrations seront scrutées à la loupe. La CFDT demande qu’une attention particulière soit portée aux faibles revenus, qui ressentent aujourd’hui très sévèrement la baisse de leur pouvoir d’achat. « N’oublions pas que nous parlons de moyenne, ajoute Paul Busi. Aujourd’hui, les foyers modestes sont beaucoup plus impactés par la hausse des prix de l’énergie ou par la hausse des prix des denrées alimentaires car cela représente une part élevée de leurs dépenses. »

Si, depuis plusieurs mois, le patronat fait toujours la sourde oreille en arguant qu’il est encore trop tôt pour augmenter les salaires, au regard des incertitudes persistantes dues à la crise sanitaire, la mobilisation des salariés, elle, ne faiblit pas. Ces dernières semaines, elle semble même se renforcer. Les conflits ou les annonces de mobilisation sur la question spécifique des salaires se multiplient dans les grandes entreprises du secteur bancaire, de la grande distribution ou de l’industrie aéronautique. Le monde de la route connaît également des discussions tendues. Et la sphère publique n’est pas en reste, avec des travailleurs sociaux très mobilisés, notamment dans le domaine de l’enfance et du handicap.

Dialogue social et poursuite des discussions

Dans les branches professionnelles (deux tiers d’entre elles ont vu leurs premiers niveaux de rémunération se retrouver en dessous du Smic), les discussions se poursuivent. Certaines, comme celle des hôtels-cafés-restaurants (HCR) ou la branche volaille, sont parvenues à un accord ; d’autres, telle la coiffure, en sont encore très loin. « Si le tassement des grilles n’est pas une nouveauté, l’inflation actuelle accélère le phénomène et impose que l’on y apporte une réponse, insiste Luc Mathieu. Le patronat doit comprendre que la légitimité du dialogue social est posée si les minima de branche ne correspondent plus à la réalité des rémunérations dans les entreprises. »

À propos de l'auteur

Jérôme Citron
rédacteur en chef adjoint de CFDT Magazine

Les annonces de mobilisation concernant les salaires vont donc se multiplier dans les semaines à venir. La CFDT-Services annonce par exemple une grande « marche des travailleurs essentiels » le 3 février. « Il n’y a aucune raison qui pourrait justifier que les salariés ne bénéficient pas de la reprise de l’activité, insiste Luc Mathieu. Les marges des entreprises sont bonnes, notamment parce que tout le monde a fait le job pendant la crise sanitaire. Il est temps que les employeurs le reconnaissent. »