Plaidoyer pour un financement durable des secteurs sanitaire, social et médico-social

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icone Extrait de l'hebdo n°4015

Des représentants des salariés, employeurs de l’économie sociale et solidaire et acteurs associatifs du sanitaire et du social alertent sur les difficultés croissantes rencontrées par les professionnels, réclament un sursaut politique et des financements durables.

Par Guillaume LefèvrePublié le 16/06/2026 à 12h00

De gauche à droite : David Cluzeau (président de l’Udes), Ève Rescanières (secrétaire générale de la CFDT Santé-Sociaux) et Daniel Goldberg (président de l’Uniopss).
De gauche à droite : David Cluzeau (président de l’Udes), Ève Rescanières (secrétaire générale de la CFDT Santé-Sociaux) et Daniel Goldberg (président de l’Uniopss).© DR

« Une prise de parole commune inédite »… Et un signal fort envoyé aux pouvoirs publics. Dans un plaidoyer de six pages intitulé « Santé, Solidarités : l’heure des choix », la CFDT Santé-Sociaux, l’Union des employeurs de l’économie sociale et solidaire (Udes) et l’Uniopss (qui fédère les acteurs privés non lucratifs des secteurs sanitaire et social) ont décidé de parler d’une seule voix. « Trois types d’organisations qui ne travaillent d’habitude pas ensemble, mais qui aujourd’hui font des constats communs », souligne Stephan Garrec, secrétaire fédéral CFDT Santé-Sociaux. Les signataires mettent en garde au sujet de la crise qui frappe les secteurs sanitaire, social et médico-social à but non lucratif. Ils dénoncent le « désengagement des pouvoirs publics » et « l’absence de vision et de pilotage de long terme » de la part de l’État et des collectivités territoriales.

Rappelons que derrière l’appellation secteurs sanitaire, social et médico-social non lucratifs, on retrouve l’ensemble des activités de soins, d’accompagnement social et médico-social indispensable à la cohésion sociale. Et que 1,3 million de salariés (dont 75 % de femmes) interviennent, entre autres, auprès des personnes en difficulté, en situation de handicap, de perte d’autonomie, de précarité. La protection de l’enfance ou l’accompagnement à l’insertion font aussi partie de leurs missions.

En quinze ans, une perte de pouvoir d’achat de trois mois de salaire

« Leur rôle est déterminant pour garantir l’effectivité des droits, la continuité du lien social et la place dans la société des plus fragiles d’entre nous sur l’ensemble du territoire », détaillent Ève Rescanières, secrétaire générale de la CFDT Santé-Sociaux, David Cluzeau, président de l’Udes, et Daniel Goldberg, président de l’Uniopss.

« Ce rôle essentiel se heurte aujourd’hui à la fragilisation croissante de ces secteurs », rebondit Stephan Garrec. Pertes d’attractivité des métiers, rémunérations insuffisantes, dégradation des conditions de travail, difficultés de recrutement, rupture dans l’accès à l’accompagnement… C’est « une crise structurelle qui met en danger notre modèle social », poursuivent les signataires. Sur les 39 350 établissements que comptent ces secteurs, 68 % ne trouvent pas de candidats alors que 280 000 emplois sont à pourvoir par an, dont 140 000 pour cause de départ. Il faut dire qu’avec des rémunérations inférieures de 33 % (1 840 euros) dans la branche de l’aide à domicile et de 18 % (2 240 euros) dans la branche associative sanitaire, sociale et médico-sociale par rapport au salaire net moyen dans le privé (2 780 euros), le secteur fait face à un déficit d’attractivité.

De plus, l’inflation et l’absence de revalorisation salariale ont entraîné un fort décrochage salarial depuis bientôt deux décennies. « Depuis quinze ans, la perte de pouvoir d’achat des professionnels équivaut à trois mois de salaire, expliquent la CFDT Santé-Sociaux, l’Udes et l’Uniopss. Par ailleurs, les employeurs, qui n’ont pour la plupart comme ressources que les dotations publiques, ne peuvent, sans revalorisation de celles-ci, garantir à eux seuls la juste reconnaissance des professionnels. »

Huit principes partagés par les trois organisations

Face à l’urgence, la CFDT, l’Udes et l’Uniopss formulent huit principes partagés en vue de refonder les politiques de santé et de solidarité. Les signataires proposent notamment de réaffirmer le principe du financement de la protection sociale fondé sur la solidarité nationale. En outre, ils estiment qu’il est indispensable de repenser les politiques publiques autour des parcours de vie et d’agir pour rendre attrayants les « métiers de l’humain ». « Cela passera par un plan ambitieux de financement des revalorisations des rémunérations négociées par les partenaires sociaux ou par les branches professionnelles, d’amélioration des conditions de travail et de développement des formations et des parcours professionnels. »