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Mise en place des CSE : Paroles d'équipes CFDT abonné

• La mise en place des CSE s’est traduite par une réduction des moyens et un appauvrissement du dialogue social et économique.
• À trois mois de l’échéance, le 31 décembre 2019, la CFDT tire la sonnette d’alarme.

Par Emmanuelle Pirat— Publié le 09/10/2019 à 15h09 et mis à jour le 14/01/2021 à 13h59

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Quand elle fait les calculs, Malika Poumbja, la déléguée syndicale centrale (DSC) de Marionnaud, ne décolère pas : « Avant, entre le CE, les délégués du personnel et les membres des CHSCT, nous avions 124 élus, et plus de 1 600 heures de délégation. Désormais, avec un seul CSE central, nous avons 25 élus et 26 heures de délégation. Le tout pour 460 magasins. Dans ces conditions, comment voulez-vous qu’on représente correctement les 3 222 salariés ? ». Dans cette chaîne de parfumerie-cosmétique (la troisième d’Europe), les négociations avec la direction ont rapidement tourné court, et aucun accord n’a été trouvé. La mise en place du comité social et économique (CSE) s’est traduite par l’application a minima des ordonnances travail de 2017. « La direction s’est cachée derrière des arguments économiques, arguant d’une situation financière de l’entreprise difficile pour nous réduire les moyens, explique la DSC, qui ne cache pas son dépit. L’objectif de la réforme à l’origine, c’était améliorer le dialogue social. Mais, dans les faits, elle nous a affaiblis. »

Face à des chiffres alarmants, la CFDT tire le signal d’alarme

Le témoignage de Malika est loin d’être un cas isolé. Il est au contraire symptomatique de la situation que connaît une majorité de militants d’entreprises ayant installé leur CSE. La situation se révèle suffisamment préoccupante pour qu’à trois mois de la clôture de la mise en place de cette nouvelle instance de dialogue social (toutes les entreprises de plus de dix salariés devront avoir installé leur CSE d’ici au 31 décembre 2019), la CFDT tire le signal d’alarme. « Ce que nous observons dans le passage au CSE est révélateur d’une vraie crise de confiance au sein des entreprises entre les directions et les organisations syndicales. Le dialogue social est malmené », résume Philippe Portier, secrétaire national chargé du dialogue social lors d’une conférence de presse, à Paris, le 1er octobre, en détaillant plusieurs chiffres alarmants : « On estime que seulement 50 % des CSE ont été mis en place et, dans plus de neuf cas sur dix, cela s’est fait sans accord, par décision unilatérale de l’employeur, avec le minimum légal prévu dans les ordonnances. »

Une nette perte de proximité avec les salariés

Les conséquences, les militants les subissent douloureusement : une réduction des moyens (du nombre de mandats et du nombre d’heures de délégation), entraînant une augmentation de la charge de travail des élus, mais aussi une perte de proximité avec les salariés du fait de la centralisation des instances… « La direction a agi avec une approche comptable, en disant “Vous nous coûtez tant, mais avec les ordonnances, vous nous coûterez moins.” Comptablement, c’est peut-être bien mais pour le fonctionnement au quotidien, c’est compliqué », explique Emmanuel Hergott, délégué syndical national (DSN) adjoint chez LCL, qui estime à 50 % la perte des moyens. Pour les 17 000 salariés de ses 1 700 agences implantées sur tout le territoire (y compris en Guadeloupe, Martinique, Guyane et à La Réunion), LCL a gardé un comité social et économique central et onze CSE régionaux. Mais avec nettement moins d’élus et des frais de déplacement qui ne sont plus remboursés, « on a perdu la proximité avec les salariés ». Cette dimension inquiète particulièrement les militants et n’est pas sans conséquences sur les pratiques de développement dans les entreprises et le renouvellement générationnel du tissu militant. « Pour faire des adhésions, il faut aller sur le terrain. Et là, on fait comment ? Sans compter qu’avant,…

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