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Menaces sur l’audiovisuel public

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iconeExtrait de l’hebdo n°3837

La suppression de la contribution à l’audiovisuel public, inscrite dans la loi sur le pouvoir d’achat examinée à l’Assemblée à partir du 18 juillet, inquiète fortement au sein des médias publics. Le gouvernement envisage de remplacer la redevance par un financement sur le budget annuel de l’État. Cette mesure est contestée par la CFDT, qui pointe les incertitudes qu’elle ferait porter sur le financement et les risques en matière d’indépendance de l’information.

Par Emmanuelle Pirat— Publié le 19/07/2022 à 12h00

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© Émile Luider/RÉA

Annoncée depuis plusieurs mois, la suppression de la contribution à l’audiovisuel public – c’est-à-dire la redevance – vient de connaître une première étape à travers son inscription dans le projet de loi sur le pouvoir d’achat. Si cette suppression allège un peu le budget des ménages (138 euros en France métropolitaine et 88 euros en outre-mer par an pour chaque ménage équipé d’un téléviseur), le gouvernement n’a pas encore précisé comment il allait remédier à ce manque à gagner de 3,1 milliards d’euros que représente la redevance, laquelle finance France Télévisions, Radio France, Arte, France Médias Monde et l’Institut national de l’audiovisuel (INA).

Le projet d’un financement sur le budget annuel de l’État est évoqué. Ce bouleversement inquiète profondément l’ensemble des salariés de l’audiovisuel public, qui y voient deux risques majeurs : tout d’abord, celui relatif au financement, puisque d’une taxe stable et fléchée on passerait à un système aléatoire, dépendant d’arbitrages budgétaires ; ensuite, celui concernant l’indépendance éditoriale des différents médias publics.

« Quand bien même serait envisagée une loi de programmation pluriannuelle, les stratégies et les moyens de chaque entreprise de l’audiovisuel public seraient liés, de fait, à un projet politique quinquennal », s’alarment Renaud Dalmar et Yvonne Roehrig, délégués syndicaux centraux de Radio France et de France Télévisions. « Les entreprises de l’audiovisuel public doivent bénéficier d’un système de financement garantissant des ressources affectées et pérennes indépendantes d’un projet politique et d’une majorité », appuient-ils.

Le rôle central des médias publics auprès des citoyens

Les débats dans l’hémicycle, les jours prochains, risquent d’être houleux, avec des lignes très opposées entre les différents partis d’opposition. Par ailleurs, il n’est pas impossible que le Conseil constitutionnel censure tout bonnement la mesure, ainsi que l’évoque un récent rapport de l’Inspection générale des finances et de l’Inspection générale des affaires culturelles, au nom du respect de l’indépendance de l’audiovisuel public, garanti par la Constitution.

« Nous avons besoin d’un audiovisuel public fort et indépendant, avec une offre qui se différencie du privé. Les tensions sociétales actuelles en font une nécessité », souligne Renaud Dalmar. La CFDT n’est pas la seule à tirer la sonnette d’alarme. Le 28 juin, déjà, l’ensemble des organisations syndicales appelaient à la grève – un mouvement suivi jusque dans les rédactions de Saint-Pierre-et-Miquelon, Mayotte et Nouméa. En parallèle, un collectif de personnalités publiques emmené par l’économiste Julia Cagé a fait paraître une tribune dans Libération daté du 18 juillet. « À l’heure de la prolifération des fausses informations, de la concentration croissante des médias et des tentatives d’ingérence étrangères, le rôle des médias publics est primordial et la question de leur financement, cruciale », affirment les signataires de la tribune.

Projet de mégafusion

Malheureusement, la suppression de la redevance n’est pas le seul motif d’inquiétude des personnels. S’y ajoute le vaste projet de fusion au sein de l’audiovisuel public, sorti de nouveau du chapeau, le 8 juin, au moment de la remise d’un rapport sénatorial. Ce dernier (qui révèle que pourraient être rassemblées France Télévisions, Radio France et France Médias Monde dans une seule et même entité) n’est pas davantage précisé par les autorités, ce qui a pour conséquence d’accroître le malaise dans les rédactions. « Toutes ces annonces déstabilisent les gens. On n’en peut plus », conclut Yvonne Roehrig, de France Télévisions.