Luca Visentini : “Il nous faut un nouveau filet de sécurité”

iconeExtrait du magazine n°485

Secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats, Luca Visentini se réjouit de l’adoption de la directive sur le salaire minimum et appelle les États à prendre de nouvelles mesures pour faire face aux conséquences de la guerre en Ukraine. Rencontre.

Par Guillaume Lefèvre— Publié le 08/07/2022 à 09h00

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©Emmanuelle Marchadour

La présidence française de l’Union européenne (PFUE) s’achève, quel bilan en tires-tu ?

Il y avait de bonnes intentions. Mais à cause de la campagne présidentielle et de la guerre en Ukraine, la plupart de celles-ci n’ont pas été concrétisées. Toutefois, durant cette période, nous avons obtenu des avancées pour les travailleurs dont il faut se féliciter, comme la directive sur le salaire minimum.
C’est l’aboutissement d’une revendication que nous portons de longue date.
Nous avons aussi mis d’autres sujets sur la table, notamment celui des travailleurs des plateformes, que nous continuerons de porter sous la présidence tchèque.

Peux-tu nous parler de la directive sur le salaire minimum ?

Cette directive va favoriser la convergence des droits des travailleurs en Europe. Elle réduira les écarts entre les pays de l’Est et de l’Ouest. C’est un outil de lutte contre le dumping social. Surtout, elle va renforcer le rôle des partenaires sociaux et la négociation collective, particulièrement dans les pays où celle-ci est faible voire inexistante. Plus de travailleurs seront couverts par une convention collective.

Durant la crise sanitaire, quel rôle a joué le syndicalisme européen ?

Après plus d’une décennie d’austérité et de coupes, les institutions et les gouvernements européens ont enfin fait preuve de solidarité et d’unité dans la lutte contre la pandémie. Le plan de relance européen de 750 milliards d’euros ou la création du dispositif « Sure » pour soutenir les salariés en chômage partiel ont permis aux citoyens de mieux traverser cette crise. Tout cela n’aurait pas été possible sans la pression des syndicats.

L’attaque de l’Ukraine par la Russie constitue une crise pour l’Europe…

Je veux tout d’abord témoigner ma solidarité avec les travailleuses et les travailleurs ukrainiens. Je leur redis tout le soutien du mouvement syndical européen. Nous condamnons fermement l’invasion russe inacceptable et les crimes de guerre qu’elle entraîne. Depuis le début du conflit, nous sommes aux côtés de nos camarades ukrainiens pour leur fournir une aide humanitaire, soutenir et accueillir les réfugiés.

Comment mieux protéger les travailleurs européens impactés par les conséquences de cette guerre ?

Nous demandons des mesures d’urgence. Il faut un filet de sécurité pour celles et ceux qui vont subir les conséquences de ce conflit. Jusqu’à maintenant, la crise n’a été traitée que du point de vue des employeurs. Il faut augmenter les salaires dans tous les pays pour compenser l’inflation, l’explosion du prix des carburants et pour redonner du pouvoir d’achat aux citoyens. Les gouvernements et les employeurs doivent prendre leurs responsabilités afin d’augmenter les salaires.
La CES (Confédération européenne des syndicats) demande également la mise en place de mesures sociales, en particulier pour les personnes les plus précaires, afin de leur permettre de payer leur loyer et leurs factures alimentaires. L’UE doit adopter des mesures similaires à celles prises en 2020 durant la crise sanitaire. Elle doit mettre en place un dispositif du style « Sure », qui, en plus de protéger l’emploi et les revenus des travailleurs, permettrait de lutter contre la pauvreté et de soutenir une transition juste. Nous devons utiliser l’élan de solidarité européen qui a suivi la pandémie pour mettre en place ce nouveau modèle économique plus durable, fondé sur le respect de l’environnement, et où nul ne devienne un laissé-pour-compte.

En parallèle, partout en Europe, l’extrême droite surfe sur le climat ambiant et continue sa progression.

L’extrême droite spécule sur les crises successives et joue sur les peurs. Nous devons contrer leur rhétorique stupide. Pour cela, rien de mieux que de rappeler que nous obtenons des résultats. Et c’est le cas ! Nous devons aussi montrer que lorsque l’extrême droite accède au pouvoir, elle prend des mesures qui vont à l’encontre de l’intérêt des travailleurs – comme en Hongrie – et déroule son agenda illibéral et antisyndical. Les défis auxquels nous faisons face sont importants, mais avec des syndicats en Europe unis et solidaires, nous les relèverons.