Les quatre grandes priorités de la CFDT

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icone Extrait de l'hebdo n°4026

En cette rentrée sociale particulière et à quelques mois de la présidentielle, Marylise Léon énumère les priorités de la CFDT et rappelle la juste place du dialogue social dans la période : “Nous serons toujours là en juin 2027. Nous sommes les acteurs du temps long.”

Par Anne-Sophie Balle Publié le 08/09/2026 à 12h00

Marylise Léon à la tribune, le 25 août dernier à la Cité des sciences et de l’industrie (Paris), lors de l’événement de rentrée CFDT intitulé “Services publics : stop ou encore ?”.
Marylise Léon à la tribune, le 25 août dernier à la Cité des sciences et de l’industrie (Paris), lors de l’événement de rentrée CFDT intitulé “Services publics : stop ou encore ?”.© Syndheb

Qu’est-ce qui fait marcher Marylise Léon ? Devant l’Association des journalistes de l’information sociale (Ajis), la secrétaire générale de la CFDT est venue présenter, le 3 septembre dernier, les grands axes que la Confédération entend porter au débat dans la période politique nationale qui s’ouvre. Et la priorité numéro un concerne les enjeux de rémunération et de pouvoir d’achat. Sur cette question, « la boîte à idées a été ouverte il y a déjà un certain temps ». Entre les discours récurrents « qui resurgissent à chaque PLFSS1 dans la bouche de certains politiques » – des arrêts maladie abusifs à l’assurance chômage trop généreuse – et les propositions fantasques entendues à la REF (l’université d’été du Medef) comme celle d’aligner le brut sur le net « sans réfléchir au financement de la protection sociale », la CFDT alerte « sur le danger des discours simplistes ou provocateurs ». La question de la rémunération des fonctionnaires se retrouve aussi au cœur du prochain projet de loi de finances, sur lequel l’ensemble des organisations syndicales espèrent bien peser lors de la manifestation du 29 septembre prochain.

Marylise Léon et Sophie Massieu (présidente de l’Ajis), le 3 septembre dernier, à Paris.
Marylise Léon et Sophie Massieu (présidente de l’Ajis), le 3 septembre dernier, à Paris.© Syndheb

Après des mois de déshérence, le sujet de la transparence salariale revient enfin sur la table avec un passage prévu en Conseil des ministres, le 9 septembre, et un débat au Parlement… que la CFDT espère voir avancer le plus rapidement possible avant l’échéance présidentielle, même si elle connaît la capacité de nuisance du patronat à ce sujet. « Ils nous font le même cirque sur la transparence salariale qu’ils nous ont fait sur la pénibilité. » De la même manière, Marylise pointe « la responsabilité des employeurs [quant à] l’accord sur le partage de la valeur, où les résultats ne sont pas à la hauteur, notamment dans les branches professionnelles ». Actuellement, deux millions de travailleurs sont au Smic et 126 branches ont des minima en dessous du Smic, assure-t-elle. « Aussi va-t-il falloir construire un rapport de force dans les branches sur cette question de salaire avec les fédérations. »

Écologie et IA : pas de transformation sans dialogue social

La deuxième priorité est assurément la transformation écologique. « Cela fait des années que l’on demande que le monde économique travaille sur la baisse des émissions de GES2 », mais l’été a montré, une nouvelle fois, l’urgence de travailler à « la construction d’un véritable bouclier social climatique [et à impliquer] les représentants du personnel dans une transformation écologique qui s’invite partout sur les lieux de travail ». Alors même que le gouvernement entend s’inspirer de ce qui se passe en Espagne, Marylise Léon en appelle au dialogue social. « Il y a des équipes qui ont signé des accords ou plans d’adaptation mais ceux-ci restent encore trop marginaux. » Les organisations syndicales ne sauraient, en tout état de cause, rester en marge des discussions sur la continuité de l’activité dans des conditions climatiques qui vont être de plus en plus souvent dégradées.

L’autre transformation à l’œuvre, c’est celle du travail au regard de la montée de l’intelligence artificielle. Frappée que le sujet ait été autant abordé par les équipes CFDT lors du dernier congrès confédéral, elle appelle à en faire « un objet de dialogue social dans les entreprises et dans le cadre de l’agenda autonome »… et refuse d’entendre que l’IA soit à elle seule responsable de la suppression des emplois. « Ce sont les employeurs qui restructurent, qui utilisent l’IA et qui mettent cela en avant comme prétexte pour dire qu’ils n’ont d’autre choix que de licencier ! »

La démocratie sous toutes ses formes

Dernière priorité, et non des moindres : l’enjeu démocratique. La démocratie au travail, en lien avec le dialogue professionnel et le renforcement des représentants des salariés ; mais aussi la démocratie politique, à défendre à travers « notre positionnement dans le cadre de la présidentielle [et] notre volonté de peser sur le débat public en nous adressant à toutes les formations politiques sauf l’extrême droite ». Consciente de l’existence d’un sentiment de déclassement réel parmi les salariés qu’elle rencontre, et qui peut nourrir des interrogations sur le positionnement vis-à-vis de l’extrême droite, elle réaffirme clairement que le fait de se positionner contre une organisation qui prône la préférence nationale est un acte éminemment syndical. « Le projet de l’extrême droite est d’empêcher ceux qui font tourner le pays de travailler, de faire en sorte que des personnes ne bénéficient pas des mêmes droits au travail parce qu’elles n’ont pas la nationalité française. »

Comment financer notre modèle social ?

Interrogée sur ses récentes prises de position concernant les successions, Marylise Léon réaffirme qu’une réforme fiscale de fond (réclamée par la CFDT depuis 2012) se révèle indispensable si l’on veut financer notre modèle social. « Notre proposition d’une réforme des impôts de succession n’est pas nouvelle, le débat a été porté par la CFDT depuis 2010 et tranché en congrès en 2022. On sait que le sujet est sensible et sujet à tous les fantasmes. Mais regardons les chiffres : à peine 15 % des héritages en ligne directe font l’objet d’un impôt de succession, et 10 % sur les grands patrimoines. Dans le même temps, on estime que 9 000 milliards d’euros seront transmis entre 2025 et 2040 ; c’est peut-être une occasion à saisir, et le moment de se mettre d’accord. »

Mais le sujet, là encore, est global. « Pour l’heure, le débat est fermé mais je pense qu’il faut l’ouvrir sur le pacte Dutreil. L’idée n’est pas de remettre en cause la transmission des entreprises familiales mais le fait est qu’aujourd’hui il y a des dérives sur ce que nous considérons comme une niche fiscale », affirme-t-elle. Et de suggérer aux candidats à la présidentielle qui brandissent régulièrement l’Allemagne comme modèle de « s’inspirer de ce qu’ils ont fait pour identifier les effets d’aubaine existants et revoir leur système [similaire au nôtre] en 2016 ».

À propos de l'auteur

Anne-Sophie Balle
Rédactrice en chef adjointe de Syndicalisme Hebdo

Alors que l’échéance présidentielle précipite, de fait, l’ensemble des sujets et des acteurs, Marylise Léon a tenu à replacer les partenaires sociaux dans leur temporalité. « S’il y a bien une chose dont on est sûrs, c’est que nous serons tous là en juin 2027. Nous sommes les acteurs du temps long. » Et quand bien même persisteraient des difficultés de calage et de méthode en ce qui concerne l’agenda social autonome, le dialogue est toujours possible. Au patronat de saisir la balle au bond.