Les agents de l’ARS Mayotte veulent être respectés

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iconeExtrait de l’hebdo n°3807

Depuis la mise en place, le 1er janvier 2020, de l’Agence régionale de santé de Mayotte, les militants CFDT se battent pour des conditions de travail dignes. Majoritaires sur le site, ils mobilisent les agents et espèrent être entendus par la direction de cet établissement public administratif.

Par Guillaume Lefèvre— Publié le 18/01/2022 à 13h00

Le Centre hospitalier de Mayotte, à Mamoudzou.
Le Centre hospitalier de Mayotte, à Mamoudzou.© CHM

Gestion prévisionnelle inexistante, manque de formation, absence d’évolution des carrières, missions des agents parfois non définies… : les difficultés s’accumulent sur les épaules des 150 personnels de l’agence chargée de piloter régionalement le système de santé, depuis que l’ARS océan Indien a été scindée en deux entités : l’ARS de La Réunion d’un côté, l’ARS Mayotte de l’autre. Un événement lourd de conséquences s’agissant des services rendus aux habitants. « Les agents ne sont pas considérés, et la population mahoraise ne bénéficie pas d’un service public qualitativement digne de ce nom », résume Kamalidine Dahalani, inspecteur de l’action sanitaire et social (IASS), responsable informatique et délégué du personnel CFDT.

Cinq mouvements de grève en deux ans

L’équipe CFDT (majoritaire, la CFDT a recueilli 70 % des suffrages lors des dernières élections et a remporté cinq des sept sièges au sein du comité d’agence) est donc sur le pied de guerre. Elle est à l’origine de cinq mouvements de grève en deux ans. Avec la ferme intention de répondre aux défis de développement et de modernisation auxquels fait face l’ARS Mayotte. « Il relève de l’intérêt général de permettre aux habitants d’avoir un système de santé qui réponde à leurs besoins sur place », insiste Anchya Bamana, inspectrice de l’action sanitaire et sociale et militante CFDT à l’ARS.

Mayotte compte 285 000 habitants – ce nombre se révélerait sous-estimé selon certaines sources puisque le territoire serait en réalité peuplé de 350 000 habitants – et manque cruellement de professionnels de santé : le département (et à la fois région) possède la plus faible densité en personnel médical (87 professionnels pour 100 000 habitants, contre 339 en métropole). L’hôpital de Mamoudzou est débordé.

L’Union interprofessionnelle CFDT de Mayotte, en lien avec la CFDT de l’ARS, a d’ailleurs alerté le préfet en mai dernier sur la situation dramatique de l’île : « Le système de santé mahorais met en évidence une situation de désert médical, l’absence de certaines spécialités et la faible attractivité du territoire. Malheureusement, les bases pour asseoir une ARS de plein exercice ne sont pas encore au rendez-vous. » C’est à ce titre que la CFDT revendique l’élaboration d’une feuille de route claire pour l’ARS Mayotte avec un nouveau programme de santé régional adapté à la réalité du territoire et l’instauration d’un plan de formation individualisé des agents. En somme, la mise en place d’une véritable direction des ressources humaines afin de répondre aux besoins des personnels de l’agence.

« C’est un sujet central ; il n’y a pas d’anticipation sur ces éléments de base pour une institution telle que la nôtre », déplore Kamalidine Dahalani. « Au contraire, car depuis deux ans, tout est fait pour nous pousser vers la porte », poursuit Anchya Bamana. En outre, des syndicalistes évoquent des pressions exercées sur les personnels : « Les agents ont été appelés les uns après les autres par la hiérarchie, qui nous a demandé explicitement de choisir notre camp. Durant les grèves, des viennoiseries étaient offertes aux collègues et surtout certains ont fait circuler nos bulletins de paie pour nous discréditer auprès de nos collègues. C’est une politique de management d’un autre temps, qui n’encourage aucune initiative. Les “cadres locaux”, qui se sont battus pour avoir une ARS de plein exercice à Mayotte, sont dénigrés », poursuit Anchya Bamana.

Améliorer le service rendu à la population

1. Une appellation qui recouvre les différents types d’utilisation des technologies de l’information et de la télécommunication au service de la santé.

Kamalidine Dahalani déplore une inertie qui nuit au déploiement d’un service public de la santé digne de ce nom. « Par exemple, le développement de la santé numérique est sous-traité à une structure basée à La Réunion, au lieu d’impulser une dynamique de développement de cette politique de e-santé1 sur le territoire. Nous n’avons pas les moyens de nos missions. Nous n’avons aucun budget et on ne nous donne pas accès aux formations depuis quatre ans. Quatre ans sans formation, en informatique, ce n’est pas imaginable ! »

À propos de l'auteur

Guillaume Lefèvre
Journaliste

Les militants CFDT n’en restent pas moins déterminés face aux orientations de la nouvelle direction. Ils ne renoncent pas à poursuivre leur mobilisation et à faire entendre leurs revendications (qu’elles concernent leurs collègues ou les politiques de soins, de prévention, d’accompagnement et de santé sur l’île) au nouveau directeur d’agence, nommé le 23 novembre dernier. « Nous ne voulons plus être de simples figurants mais des acteurs au service de la population », insiste Anchya Bamana.