“Le syndicalisme CFDT a du sens”

temps de lecture Temps de lecture 6 min

icone Extrait de l'hebdo n°4016

Marylise Léon est venue à la tribune du congrès, lundi 22 juin, récapituler et défendre les années 2022-2026. Quatre années de mobilisation de la Confédération. Retour sur les événements marquants de la mandature.

Par Fabrice DedieuPublié le 23/06/2026 à 06h00

image
© Simone Perolari

Il est 15 h 10 quand Marylise Léon se présente à la tribune du 51e congrès de la CFDT, quelques minutes après son ouverture. « Quatre ans après Lyon, nous nous retrouvons », a déclaré la secrétaire générale en introduction de son intervention visant à retracer l’activité, les combats, les défaites mais surtout les victoires obtenues par la Confédération durant la mandature 2022-2026.

À commencer par la réforme des retraites de 2023 et sa suspension, actée par l’annonce faite par le Premier ministre Sébastien Lecornu, le 14 octobre 2025. « Cette suspension est une victoire, et c’est la nôtre ! », martèle la secrétaire générale. Et de rappeler les quatorze journées de mobilisation en 2023 ; une CFDT qui n’a rien lâché malgré l’adoption de la réforme avec l’utilisation de l’article 49.3 de la Constitution. La CFDT a continué de porter ses propositions sur le sujet lors du « conclave » retraites : « Mais le Medef, lui, a fait échouer cette séquence. Et je pèse mes mots. » In fine, « la réforme est suspendue. Mais la pénibilité, les départs anticipés, les carrières des femmes qui partent plus tard et avec moins, toutes ces questions sont devant nous. »

“La démocratie fragilisée par à-coups successifs”

Selon Marylise Léon, « la bataille des retraites a marqué le mandat pour notre syndicalisme, elle a aussi révélé l’état de la démocratie » : entre la dissolution de l’Assemblée nationale, l’instabilité gouvernementale qui en a découlé, l’enlisement de l’action publique, la loi immigration… « La démocratie aura été fragilisée par à-coups successifs », a souligné Marylise Léon. Non sans conséquences pour les organisations syndicales, attaquées comme d’autres organisations de la société civile. « Nous avons […] eu des attaques contre les libertés syndicales, contre nos locaux. Nous avons reçu des insultes et des menaces. Cette volonté d’une partie de la classe politique de taper sur les syndicats, c’est au fond dire aux travailleurs de se taire. » Et de clarifier : « Dans ce paysage, l’extrême droite prospère. Pour la CFDT, elle n’est pas un adversaire politique parmi d’autres. Elle est le contraire de ce que nous sommes. […] Nous sommes nés pour la dignité de toute personne. Elle les trie selon leurs origines, leurs religions, leurs genres. Sur ce terrain, mes camarades, il n’y a pas de compromis possible ! » Une prise de position saluée par une salve d’applaudissements.

image
© Simone Perolari

Pendant la mandature, la CFDT aura contribué à faire du travail un sujet de débat public, avec les Assises du travail de 2022 ou encore le manifeste Le Travail que nous voulons. Un manifeste relatif à la protection sociale et un manifeste féministe ont également été édités. La Confédération s’est mobilisée sur les conséquences des transformations numériques et du déploiement de l’intelligence artificielle dans les entreprises, en revendiquant sans relâche d’en faire un sujet de dialogue social. « Nous l’avons dit dès 2023. Nous continuons à le porter », a souligné Marylise. Côté transition écologique, « nous avons obtenu des résultats concrets. Le décret sur les fortes chaleurs, par exemple ». Concernant le temps de travail, la Confédération aura cranté lors d’une négociation nationale l’idée du compte épargne-temps universel (Cetu) en 2024.

La fin de la limitation des trois mandats, une vraie victoire !

En matière d’emploi, l’assurance transition emploi a été « portée dans toutes les négociations sur l’assurance chômage », a rappelé la secrétaire générale. Toujours à propos de l’assurance chômage, « face aux menaces de reprise en main du régime par le gouvernement, nous avons préservé les droits des plus vulnérables ». Et de rappeler que « fuir la négociation, c’est aggraver leur sort [celui les demandeurs d’emploi, en l’occurrence] ». La CFDT a aussi décroché le droit à la retraite progressive à 60 ans pour les salariés du privé comme pour les agents publics. Et puis « nous avons défendu et obtenu par accord national la fin de la limitation à trois mandats successifs au CSE. C’est une vraie victoire ! ». « Tout cela a été possible, mes camarades, parce que nous avons aussi mené la bataille pour la démocratie », a rappelé Marylise Léon, qui a ajouté : « Pas de syndicalisme libre, pas de droits pour les travailleurs sans démocratie. »

La secrétaire générale a aussi dressé le bilan des Rendez-vous des syndicats : « 180 journées sur le terrain, près de 700 syndicats rencontrés. Jamais la CFDT n’avait fait un tel état des lieux d’elle-même… » Des rencontres dont la Confédération a tiré des enseignements et mené des actions immédiates, avec La Fabrique du changement. La CFDT a aussi donné plus de place aux jeunes dans ses instances durant cette mandature et relancé les formations Effervescence(s).

“La négociation n’est jamais la faiblesse, le compromis n’est pas l’effacement”

À propos de l'auteur

Fabrice Dedieu
Journaliste

« Mes camarades, a conclu Marylise, je veux dire l’importance de faire ensemble un bilan car la période qui s’ouvre sera lourde. La présidentielle dans dix mois se jouera dans un pays fracturé, avec des services publics fragilisés et des jeunesses qui doutent. Dans ce moment critique, le syndicalisme CFDT a du sens. » Car « c’est lui qui a tenu sur les retraites quand on nous donnait perdants, lui qui a fait reculer les jours de carence et la suppression des jours fériés dans le budget », a souligné la secrétaire générale. Enfin, elle a martelé que « la responsabilité n’est pas la résignation, que la négociation n’est jamais la faiblesse, que le compromis n’est pas l’effacement, que la mobilisation n’est pas la violence, que le rapport de force n’est pas la posture ». Au tour des syndicats de monter à la tribune.