Le Parlement européen veut éradiquer la pauvreté dans l’UE d’ici à 2035

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icone Extrait de l'hebdo n°4000

Le Parlement européen a adopté un rapport visant à alimenter la stratégie de l’Union pour lutter contre la pauvreté, dont la présentation par la Commission européenne est attendue à la mi-2026.

Par Sabine IzardPublié le 03/03/2026 à 13h00

Au Parlement européen, à Strasbourg…
Au Parlement européen, à Strasbourg…© Benoît Dupont/RÉA

Le Parlement européen hausse le ton face à la persistance de la pauvreté et de l’exclusion sociale dans l’Union européenne. Réunis en session plénière le 12 février 2026, les eurodéputés ont adopté à une large majorité (385 voix pour, 141 contre et 53 abstentions) un rapport d’initiative appelant à une stratégie ambitieuse en vue d’éradiquer la pauvreté d’ici à 2035, avec des moyens financiers renforcés et une coordination accrue entre l’Union et ses États membres.

La pauvreté comme une atteinte à la dignité humaine

Et le constat est alarmant. Selon le rapport, en 2024, 93,3 millions de personnes au sein de l’Union européenne – soit 21 % de la population et 21,9 % des ménages ayant des enfants à charge – étaient menacées de pauvreté ou d’exclusion sociale. Les eurodéputés demandent donc à la Commission européenne d’inscrire noir sur blanc, dans sa future stratégie, que la pauvreté constitue une violation de la dignité humaine. Le rapport plaide pour l’allocation de ressources budgétaires suffisantes. Il insiste également sur la nécessité d’une meilleure articulation entre les politiques européennes et nationales afin d’éviter la dispersion des efforts.

L’emploi au cœur de la lutte contre la pauvreté

Concernant le champ de l’emploi, les eurodéputés insistent : le travail ne protège pas toujours de la pauvreté. En 2024, dans l’UE, 8,2 % des personnes en emploi vivaient sous le seuil de pauvreté, une proportion qui grimpe à 13,5 % parmi les travailleurs à temps partiel. Salaires trop faibles, contrats précaires et instabilité professionnelle alimentent ce phénomène structurel. En outre, les femmes sont plus touchées que les hommes « en raison de discriminations et d’inégalités » : plus grandes difficultés à accéder à l’emploi, écarts de rémunération, temps de travail réduit, carrières professionnelles plus courtes, disparités en matière de valeur des pensions et de prestations sociales, difficultés d’accès à des soins de santé spécifiques, répartition inégale des soins et des tâches domestiques.

Les eurodéputés estiment donc que le plein-emploi et la protection sociale doivent constituer des objectifs fondamentaux des politiques économiques et sociales, et que la Commission ainsi que les États membres doivent promouvoir des politiques visant à protéger les droits des travailleurs et à garantir des salaires équitables, notamment l’égalité de rémunération pour un travail égal. Dans l’optique de mettre fin à la pauvreté des personnes en emploi, ils demandent un meilleur accès aux services de garde d’enfants ainsi qu’à un accompagnement professionnel adapté des personnes éloignées du marché du travail. Enfin, ils insistent sur le fait que « la négociation collective, les syndicats et le dialogue social jouent un rôle essentiel dans l’amélioration des conditions de travail et d’emploi et, par conséquent, des conditions de vie ».

Un combat que mène aussi la CFDT

À propos de l'auteur

Sabine Izard
Journaliste

Ces constats sont évidemment partagés par la CFDT, qui milite pour des salaires décents, des conditions de travail respectueuses, un partage équitable de la valeur créée et des droits sociaux renforcés – afin que personne ne soit obligé de vivre sous le seuil de pauvreté malgré un emploi.