En Turquie, quinze syndicalistes acquittées après des années de procédure judiciaire

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icone Extrait de l'hebdo n°4011

Le 27 avril, quinze militantes du syndicat turc Kesk ont été blanchies des accusations de « terrorisme » portées à leur encontre par le pouvoir autocratique en place. Elles avaient été arrêtées en 2012 alors qu’elles prévoyaient de participer à la journée internationale des droits des femmes.

Par Guillaume LefèvrePublié le 19/05/2026 à 12h00

"Nos amis doivent être acquittés et leurs droits rétablis !" Devant le palais de justice d'Ankara, une conférence de presse s'est tenue, la veille de l'audience, pour réclamer la fin des procédures judiciaires imposées à plusieurs militantes syndicales depuis quatorze ans.
"Nos amis doivent être acquittés et leurs droits rétablis !" Devant le palais de justice d'Ankara, une conférence de presse s'est tenue, la veille de l'audience, pour réclamer la fin des procédures judiciaires imposées à plusieurs militantes syndicales depuis quatorze ans.DR

Un grand ouf de soulagement. Voilà comment l’annonce de l’abandon des poursuites contre les quinze responsables syndicales a été accueillie par la Confédération des syndicats des travailleurs du secteur public (Kesk) et par le mouvement syndical international. La fin d’un long calvaire pour ces militantes, arrêtées le 13 février 2012 et accusées d’« appartenance à une organisation illégale », en l’occurrence une structure affiliée au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Certaines d’entre elles avaient alors passé jusqu’à onze mois en détention provisoire.

Parmi les militantes inculpées figuraient Canan Çalağan, secrétaire de la section femmes de la Kesk, Güler Elveren, secrétaire de la section femmes de Tüm Bel-Sen (syndicat des fonctionnaires des collectivités locales et municipales), Bedriye Yorgun, secrétaire de la section femmes de SES (syndicat des travailleurs du secteur de la santé et des services) ou encore Güldane Erdoğan, secrétaire de la deuxième section femmes d’Eğitim-Sen (syndicat des enseignants). 

Leur crime ? Avoir défendu l’accès des femmes à tous les métiers, avoir organisé des réunions pour recueillir la parole des travailleuses et avoir animé des débats sur la santé, l’éducation et les droits des femmes.

Une attaque contre la capacité des femmes à agir, à parler et à s’organiser

Hélène Ibanez, secrétaire générale de la fédération Protection sociale-Travail-Emploi (CFDT PSTE) et vice-présidente du comité femmes de la Confédération européenne des syndicats (CES-Etuc) était présente, aux côtés d’une délégation syndicale internationale, devant le tribunal où un rassemblement solidaire était organisé le 21 avril 2026.

À la suite de la déclaration à la presse d’Ahmet Karagöz, coprésident de Kesk, Hélène Ibanez, au nom de la délégation internationale, et Ebru Aslan, au nom des membres de la Plateforme des femmes d’Ankara, ont pris la parole pour affirmer que la lutte se poursuivrait dans un esprit de solidarité.
À la suite de la déclaration à la presse d’Ahmet Karagöz, coprésident de Kesk, Hélène Ibanez, au nom de la délégation internationale, et Ebru Aslan, au nom des membres de la Plateforme des femmes d’Ankara, ont pris la parole pour affirmer que la lutte se poursuivrait dans un esprit de solidarité.DR

Elle a tenu à saluer le courage et la détermination de ces militantes. « Quand des femmes sont poursuivies parce qu’elles organisent la solidarité, parce qu’elles défendent les travailleuses, parce qu’elles rendent visibles les discriminations, parce qu’elles contestent l’ordre établi, alors il ne s’agit pas seulement d’une atteinte générale aux libertés publiques. Il s’agit d’une attaque spécifique contre la capacité des femmes à agir, à parler, à s’organiser et à lutter en tant que femme. »

Le combat n’est pas terminé

À propos de l'auteur

Guillaume Lefèvre
Journaliste

Pour la Kesk, le combat est encore loin d’être fini : « Il est clairement établi que ces poursuites ne reposent pas sur des fondements juridiques solides mais relèvent d’une volonté de criminaliser l’activité syndicale. Nous poursuivrons notre lutte tant que la pression judiciaire contre l’opposition ne prendra pas fin, tant que les prisonniers politiques ne seront pas libérés et tant que l’État de droit ne sera pas rétabli » Le procureur a, de son côté, annoncé qu’il allait faire appel de cette décision.