Au travail, 840 000 morts par an dans le monde

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icone Extrait de l'hebdo n°4009

À l’occasion de la Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail 2026, le 28 avril, l’Organisation internationale du travail a appelé les gouvernements, employeurs et syndicats à mieux prévenir les risques psychosociaux par le dialogue social.

Par Claire NillusPublié le 05/05/2026 à 12h00

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© OIT (Organisation internationale du travail)

Maladies cardiovasculaires, troubles mentaux, suicides à cause du travail : le constat est sans appel selon l’OIT, qui publie pour la première fois son estimation des décès imputables aux mauvaises conditions psychosociales au travail, soit 840 000 morts par an dans le monde. Dans un rapport1, rendu public le 28 avril dernier, l’organisation onusienne chiffre également le coût astronomique que ces risques font peser sur les économies des pays du monde. Ainsi, le coût annuel des maladies associées à la dégradation de la santé mentale avoisinerait 1,37 % du PIB mondial, ce qui représente environ 1 500 milliards de dollars perdus pour cause d’absentéisme, de baisse de la productivité, de rotation élevée du personnel.

Une menace croissante

L’OIT rappelle qu’elle a explicitement établi un premier instrument de prévention des RPS2 en 2019 avec sa convention 190 sur la violence et le harcèlement au travail. Dans son rapport d’avril 2026, elle précise ce qui constitue « l’environnement psychosocial au travail », à savoir la conception des postes de travail, les interactions professionnelles, l’organisation et la gestion du travail ainsi que « les politiques, pratiques et procédures générales régissant le travail » et la manière dont ces éléments interagissent.

Mais, selon l’OIT, le risque psychosocial majeur reste la durée excessive du travail, avec plus d’un milliard de personnes dans le monde travaillant plus de 48 heures par semaine. Le deuxième grand risque identifié, ce sont les violences psychologiques que subissent 18 % des travailleurs (ce qui représente environ 600 millions de personnes, l’équivalent de la population de tous les pays d’Europe…).

L’OIT évoque également les conséquences de l’évolution du travail sur la santé liées à la digitalisation et à l’utilisation de l’intelligence artificielle, ou les nouvelles formes d’emploi via les plateformes numériques. Il est également question du développement du télétravail car il change les attentes, le temps de travail et l’encadrement. Enfin, il existe des facteurs anxiogènes externes à l’entreprise – en lien, notamment, avec un contexte géopolitique incertain.

Le rôle des partenaires sociaux

Grâce à son Répertoire du dialogue social transfrontalier (DSTF), l’OIT a pu analyser la prise en compte de la santé mentale dans des accords santé et sécurité au travail. Celle-ci se révèle modeste puisque seulement 18 % des accords recensés entre 2000 et 2025 y font référence. Le rapport souligne toutefois que la négociation collective et le dialogue social favorisent le développement d’outils et de réglementations en la matière et incite donc les partenaires à renforcer leur mobilisation sur le sujet. La prévention reste un objectif prioritaire. Il faut agir dans l’entreprise, « revoir la charge de travail, la répartition des tâches, la supervision et d’autres éléments du milieu de travail, tout en renforçant la capacité des travailleurs à identifier les risques et à y faire face ».

À propos de l'auteur

Claire Nillus
Journaliste

Pour sa part, et au-delà des dispositifs de prévention, la CFDT l’affirme : « Les salariés attendent un management qui reconnaît la réalité de leur travail, leur donne les moyens d’agir sur les transformations en cours et leur permet de trouver du sens dans leur activité ». À ce titre, le dialogue professionnel constitue un levier indispensable de santé au travail.