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Extrait de l'hebdo n°4013
Jamais vraiment réglée, la question salariale se pose de nouveau. Car avec l’inflation et l’augmentation du Smic qui en découle, de nombreuses branches professionnelles se retrouvent avec des niveaux de rémunération inférieurs au Smic. Idem en ce qui concerne la fonction publique. Il est temps, plus que jamais, que les employeurs agissent !

Une réaction en chaîne est en train de se produire. Les prix de l’énergie ont augmenté en raison de la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran, ce qui a entraîné une hausse générale des prix à la consommation. Et qui dit inflation à plus de 2 %, comme l’Insee l’a relevé pour le mois d’avril, dit augmentation automatique du Smic. Le salaire minimum a donc augmenté de 2,41 % ce 1er juin (soit 12,31 euros brut par heure et 1 867,02 euros par mois). Si c’est plutôt une bonne nouvelle face à la hausse du coût de la vie, cette augmentation prévue par la loi a des effets collatéraux sur les grilles salariales des branches.
Organisations syndicales et patronales avaient rendez-vous le 27 mai dernier avec le ministre du Travail et ses services afin de mesurer l’ampleur des dégâts. Ainsi, sur les 179 branches de plus de 5 000 salariés suivies par la Direction générale du travail, 126 branches (ce qui représente 11,9 millions de salariés) se retrouvent, depuis le 1er juin, avec au moins un niveau de la grille salariale conventionnelle inférieur au Smic. Par exemple, si une branche a ses trois premiers niveaux sous le Smic, tout salarié concerné devra attendre de passer le quatrième niveau avant d’espérer percevoir un salaire supérieur au salaire minimum.
Plus grave, les grilles se tassent, c’est-à-dire que la différence entre la plus haute rémunération prévue par la grille et la plus basse devient de moins en moins élevée. Ce double phénomène « efface les progressions entre niveaux, fragilise la reconnaissance des qualifications et limite fortement les perspectives d’évolution professionnelle », estime Luc Mathieu, secrétaire national chargé des questions salariales. Selon la CFDT, « cette situation confirme une tendance de fond : l’absence de véritables politiques salariales construites et anticipées. Trop souvent, les employeurs se contentent d’ajuster les minima au niveau légal, sans engager de réelles revalorisations salariales », a déclaré Luc Mathieu au cours de la réunion du 27 mai.
Reconstruire des politiques salariales
La CFDT appelle donc à l’ouverture immédiate de négociations salariales dans les branches et les entreprises. « Il n’est plus acceptable d’attendre les revalorisations automatiques du Smic pour ajuster les grilles salariales. Les employeurs doivent prendre leurs responsabilités et engager sans délai des négociations ambitieuses. La CFDT réaffirme que le Smic doit rester le salaire d’entrée d’un non-qualifié et non devenir la référence des politiques salariales », a souligné Luc Mathieu, qui a également appelé à « reconstruire de véritables politiques salariales ».
Cet élément permettra de donner un peu d’allant aux organisations patronales : le gouvernement devrait prochainement présenter le décret d’application de l’article 20 de la loi de financement de la Sécurité sociale. Ledit article prévoit que les entreprises relevant de branches ayant des échelons salariaux sous le Smic pendant au moins un an seront pénalisées lors du calcul de leurs allègements de cotisations sociales…
En finir avec la “politique du pansement”
Côté fonctions publiques, la situation n’est guère plus reluisante. En effet, l’ensemble du premier grade de la catégorie C, plus de la moitié des échelons du deuxième grade et les trois premiers échelons du troisième grade ont été rattrapés par le Smic ce 1er juin. « Les premiers échelons des deux premiers grades de la catégorie B sont également touchés. Enfin, l’entrée dans la catégorie A ne se situe plus qu’à 78 euros brut au-dessus du Smic », estime la CFDT. Dans un courrier envoyé le 18 mai au Premier ministre, les organisations syndicales de la fonction publique estiment, a minima, à 700 000 le nombre d’agents ainsi rattrapés par le Smic et qui « se verront privé.es de perspective d’évolution de carrière ». Un courrier resté sans réponse.
Si les agents concernés percevront une indemnité différentielle1 censée corriger cette perte de pouvoir d’achat , « la revalorisation du Smic doit se traduire par une augmentation durable via des points d’indice et non par des dispositifs temporaires », estime la CFDT Fonctions publiques. Dit autrement, il est temps d’en finir avec la « politique du pansement », qui ne traite pas le fond du problème, celui de grilles salariales trop basses.
Trois exigences
Afin de redonner « de véritables perspectives de carrière aux agents », la reprise des discussions à propos des perspectives salariales et des carrières, qui avait été suspendue par l’administration, se révèle indispensable. « Cette interruption est devenue incompréhensible au regard de la situation actuelle », déplore Laure Revel, secrétaire générale de la CFDT Fonctions publiques. Puis viendra le temps de la revalorisation du point d’indice, gelé depuis trois ans, par la révision de l’ensemble des grilles indiciaires de la fonction publique et la prise en compte pérenne du Smic dans les grilles. Enfin, l’intersyndicale demande le maintien à 100 % des rémunérations versées aux agents en congé maladie, l’abrogation du jour de carence ou encore le rétablissement de la garantie individuelle de pouvoir d’achat (Gipa), une prime versée aux agents publics lorsque leur salaire augmente moins vite que l’inflation.
« Il faut restaurer le pouvoir de vivre des agents publics et renforcer l’attractivité des carrières dans la fonction publique. Sans avancées concrètes, prévient Laure Revel, le risque est grand de voir les agents quitter la fonction publique, faute de perspectives, et de ne plus parvenir à en recruter de nouveaux. » Il est donc urgent d’agir.
Carburant : de nouveau, 710 millions d’euros d’aides débloqués
Face à la hausse persistante des prix des carburants, le gouvernement a annoncé le doublement de l’aide « grand rouleur » destinée aux travailleurs modestes, le renforcement de la prime carburant employeur et de nouvelles mesures de soutien sectoriel, notamment en direction des aides à domicile.
- L’aide “grand rouleur” doublée
Le montant de l’aide passe de 50 à 100 euros pour une période de trois mois supplémentaires (de juin à août 2026) et bénéficie aux travailleurs aux revenus modestes (revenu fiscal de référence inférieur à 16 880 euros pour une personne seule ; 50 000 euros pour un couple avec deux enfants). Seules les personnes devant effectuer des trajets quotidiens domicile-travail de plus de 30 kilomètres par jour ou rouler plus de 8 000 km par an dans le cadre de leur activité professionnelle en bénéficieront. Trois millions de Français seraient concernés. Le guichet de demande d’aide « grand rouleur » est disponible sur le site impôts.gouv.fr depuis le 27 mai pendant une durée de trois mois.
- Doublement de la prime carburant employeur
Le gouvernement demande aux employeurs un renforcement de l’aide relative à la prise en charge des frais de transport pour leurs salariés. Le montant de cette prime – actuellement exonérée de cotisations sociales et d’impôt sur le revenu, dans la limite de 300 euros par an – passera à 600 euros par an et par salarié.
Les fonctionnaires qui utilisent leur véhicule personnel verront leurs indemnités de déplacement kilométriques augmenter de 20 centimes par litre de carburant entre le 1er juin et le 31 décembre 2026.
- Les aides sectorielles
Les différents dispositifs de soutien aux secteurs de la pêche, l’agriculture, le BTP et les transports sont reconduits pendant trois mois, soit jusqu’à la fin août, avec un montant inchangé.
Les aides à domicile devraient pouvoir bénéficier, en plus de l’aide grands rouleurs, d’une revalorisation pérenne des indemnités kilométriques et d’un programme de leasing social afin d’accéder à des véhicules électriques.
Anne-Sophie Balle