Horaires atypiques : la nouvelle norme ?

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icone Extrait de l'hebdo n°4027

Les deux tiers des travailleurs sont exposés à un ou plusieurs horaires atypiques en France. C’est un risque à part entière pour leur santé comme pour leur vie sociale et familiale, selon l’Anses, qui vient de publier une vaste expertise collective sur le sujet.

Par Claire Nillus Publié le 15/09/2026 à 12h00

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© Romain Gaillard/RÉA

Aujourd’hui, en France, seul le travail de nuit est reconnu comme un facteur officiel de pénibilité et de risque professionnel. Dans un volumineux rapport1 de plus de 550 pages, l’Anses s’est intéressée aux effets sur les travailleurs des horaires atypiques, autres que le travail de nuit, comme le travail le week-end, tôt le matin et tard le soir, avec des coupures dans la journée ou des journées de plus de huit heures. Ses travaux s’appuient sur l’examen d’une abondante littérature scientifique ainsi que sur l’étude d’accords d’entreprise abordant ce thème. Pourtant, la notion d’horaires atypiques n’est définie nulle part en France, et totalement absente du code du travail. Avec la dérégulation progressive du temps de travail depuis les années 1980, ceux-ci se sont considérablement multipliés. Mais « le droit peine à encadrer certaines pratiques résultant d’évolutions organisationnelles émergentes », pointe l’Anses.

Plus de la moitié des travailleurs impactés

Afin d’évaluer au mieux l’exposition des travailleurs aux différents types d’horaires atypiques, l’Anses a fait le choix de retenir plusieurs hypothèses, des plus restrictives aux plus larges (travail les samedis ou à la fois les samedis et dimanches, nombre de journées de plus de huit heures, longues ou courtes pauses…). Finalement, elle estime entre 56 % et 76 % le nombre d’actifs en emploi qui sont soumis à des formes d’horaires atypiques autres que le travail de nuit.

Le profil des travailleurs concernés est également très large. Les plus diplômés pratiquent souvent des horaires longs, extensifs et moins encadrés. Les employés (en principe moins exposés) sont surexposés au travail le week-end dans les commerces tandis que dans l’industrie, le travail posté domine pour les ouvriers.

Surtout, l’enquête recommande explicitement d’intégrer les horaires atypiques comme des facteurs de risques professionnels à part entière dans l’évaluation des risques et produit un éclairage particulièrement complet de leurs effets sur la santé (troubles du sommeil, stress, infertilité, maladies cardiovasculaires, cancers, etc.). Pour tenir, les personnes exposées à des horaires atypiques consomment aussi plus de tabac, d’alcool et de drogues. Car au-delà des effets sur la santé, les horaires atypiques impactent négativement la vie sociale et familiale. « Bien qu’une majorité d’actifs travaillent avec des horaires atypiques, la norme sociale reste pour eux le travail du lundi au vendredi avec des journées n’excédant pas huit heures. Être à l’écart des rythmes sociaux habituels peut provoquer des conflits entre temps de travail et temps familiaux et sociaux », explique Rémi Poirier, chef de projet scientifique et technique à l’Anses et coordinateur de l’expertise.

Agir en amont par la négociation collective

L’ampleur du phénomène plaide pour que la reconnaissance des risques du travail en horaires atypiques fasse l’objet de négociations collectives en vue de les réduire, ou mieux les réguler lorsque l’activité le requiert (dans le domaine de la sécurité et de la santé notamment). Mais, constate l’Anses, « les employeurs préfèrent négocier des primes » que d’agir sur les risques de désynchronisation sociale et familiale dont les travailleurs pâtissent le plus.

C’est pourquoi elle milite en faveur d’une définition commune et d’un cadre juridique sur lequel les organisations syndicales pourraient s’appuyer afin de mettre en place des mesures de prévention. « Nous préconisons aussi d’évaluer en toute transparence la pertinence du recours à des horaires atypiques au cas par cas. Il faudrait avoir un regard global sur l’organisation des horaires de travail et réaliser des études d’impacts préalables sur leurs conséquences pour les salariés, l’employeur et le reste de la société », recommande Rémi Poirier.

À propos de l'auteur

Claire Nillus
Journaliste

Cette position se révèle très proche de celle de la CFDT. Si les horaires atypiques sont indispensables dans certains secteurs puisqu’ils visent à assurer une continuité de services (dans la fonction publique hospitalière, par exemple), ils ne doivent pas devenir la norme au détriment de la santé et de la vie personnelle. « Lorsqu'ils sont nécessaires, ils doivent être encadrés, négociés et donner lieu à des compensations en repos et en salaire », plaide l’organisation syndicale.