Coup de projecteur sur ces agents publics en quête de reconnaissance

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icone Extrait de l'hebdo n°4009

Dans son baromètre 2026 sur l’état du travail, la CFDT a mis le focus sur les agents des trois fonctions publiques et la réalité de leurs différents métiers. La conclusion est sans appel : en dépit de leur très fort attachement à leur travail et aux services publics, le mal-être pointe fortement chez nombre d’agents.

Par Nicolas BallotPublié le 05/05/2026 à 12h00

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© InfoCom CFDT

C’est la veille du 1er mai que la CFDT a dévoilé l’édition 2026 de son baromètre sur le travail. Lancée en 2025, cette enquête vise à « prendre, chaque année, le pouls du monde du travail et donner la parole aux travailleurs et travailleuses afin de voir comment ils se sentent au travail, comment leur travail évolue, et quelles sont leurs attentes concernant le travail, parce qu’il est indispensable de partir du réel pour pouvoir l’améliorer », rappelait Marylise Léon en présentant les résultats du baromètre lors d’une conférence de presse. Sans réelle surprise, la première édition avait mis en lumière une très forte attente de reconnaissance de la part des travailleurs. Cette année, la CFDT a décidé de mettre un coup de projecteur sur les agents (titulaires et contractuels) des trois fonctions publiques.

Ce choix ne doit rien au hasard, insiste Marylise : « Depuis plusieurs années, la CFDT sonne l’alerte sur les conditions de travail, le manque de reconnaissance des personnels dans les hôpitaux, les écoles, la justice, les collectivités territoriales etc. » – alors même que la dernière enquête de ce type menée par la Dares1 sur les fonctions publiques remonte à 2019 !

Un état d’esprit plutôt sombre…

Premier enseignement du baromètre CFDT : l’état d’esprit des fonctionnaires est globalement sombre : 44 % d’entre eux se disent inquiets, 36 % lassés et 32 % rencontrent des difficultés. Dans le détail, les enseignants sont les plus nombreux à exprimer leur mal-être (55 % se disent inquiets, 48 % lassés et 26 % se déclarent même « en colère »). Pire, ils expriment également moins d’attentes ou d’espoirs que les autres agents. Lysiane, professeure des écoles dans l’Académie de Nancy-Metz, résume l’état d’esprit de ses collègues : « J’aime mon métier parce qu’il a du sens mais les conditions de travail de plus en plus dégradées le rendent de plus en plus difficile. » Et de pointer à la fois le manque de reconnaissance de la hiérarchie et « l’agressivité et la violence de certains parents, qui ne cesse de progresser ».

Il est en revanche à noter que les agents de la fonction publique territoriale sont les moins inquiets et les plus nombreux à conserver un état d’esprit positif.

… En dépit d’un fort attachement à leur travail

Dans ces conditions, l’attachement franc et massif des agents à la fonction publique (73 %) est d’autant plus remarquable. Cela dit, ces mêmes agents sont aussi de plus en plus nombreux à vouloir la quitter, notamment du fait de rémunérations trop faibles (53 % des répondants), de conditions de travail dégradées (44 %) et de manque de reconnaissance (33 %). Au point que 40 % des agents déclarent qu’ils « n’encourageraient pas leurs proches à rejoindre la fonction publique ».

La conférence de presse de présentation du “Baromètre du travail de la fonction publique 2026 – Entre attachement et mal-être des agentes et agents : les revendications de la CFDT pour les fonctions publiques” a eu lieu le 30 avril dans les locaux de la Confédération, à Paris.
La conférence de presse de présentation du “Baromètre du travail de la fonction publique 2026 – Entre attachement et mal-être des agentes et agents : les revendications de la CFDT pour les fonctions publiques” a eu lieu le 30 avril dans les locaux de la Confédération, à Paris.© Syndheb

Selon Laure Revel, la secrétaire générale de la CFDT Fonctions publiques, ces résultats confirment le déficit d’attractivité dénoncé de longue date et confortent l’urgence d’« instaurer des NAO2 dans les fonctions publiques parce que la reconnaissance passe en grande partie par la rémunération et les évolutions de carrière ».

Au-delà des aspects rémunération et reconnaissance, les agents dénoncent également une montée du « fonctionnaire-bashing » : 70 % estiment que les discours politiques et médiatiques dévalorisent leur métier (un taux qui atteint 88 % parmi les enseignants) et 68 % que ces discours s’attaquent aux valeurs du service public.

Plutôt bien dans leur travail…

Étant donné leur attachement à leur métier et au service public, une majorité d’agents assurent néanmoins se sentir « utiles à la société » (86 %) et « fiers de travailler dans leur administration » (70 %).

À l’inverse, près d’un tiers des agents assure « ne pas se sentir bien au travail » du fait, notamment, du manque de moyens humains (76 %), financiers (65 %) ou matériels (59 %, avec une pointe à 67 % dans la fonction publique hospitalière). Selon Pauline, aide-soignante dans un Ehpad à Gérardmer (Vosges / Grand Est), cela se traduit concrètement par « des plannings qui changent tout le temps, des charges physiques qui nuisent à la santé et un manque chronique d’effectifs qui donnent l’impression de courir un marathon dont on ne voit jamais la ligne d’arrivée ».

Autre source de mal-être au travail : la montée de la violence, caractérisée par des agressions, qu’elles soient verbales, subies par 35 % des répondants (50 % parmi les enseignants), ou physiques (20 %, et même 29 % dans la fonction publique hospitalière). Sur ce point, Anthony, agent des routes au Conseil départemental de Saône-et-Loire (Bourgogne-Franche-Comté), reconnaît que « se faire insulter par les usagers quand on bloque une route pour la remettre en état, par exemple, est devenu courant ».

… Malgré un management à faire évoluer

Conséquence logique, 49 % des agents se déclarent souvent stressés au travail et 53 % disent ne pas se sentir reconnus au travail. À la question « Que faudrait-il changer en priorité dans votre travail aujourd’hui ? », 40 % des agents répondent « une meilleure reconnaissance par ma hiérarchie », à égalité avec « de meilleures conditions de travail ». Afin de remédier à cette situation, la CFDT Fonctions publiques appelle, par la voix de Laure Revel, à une « révolution des pratiques managériales dans les fonctions publiques » pour les rendre moins verticales et davantage portées sur la qualité du travail et du service rendu : « D’une part, il faut remettre les agents au cœur du système et les écouter. Cela passe par un véritable dialogue professionnel permettant de leur redonner la parole sur leur travail, dont ils sont les meilleurs connaisseurs. D’autre part, il est urgent que soient ouvertes des négociations QVT3 dans les administrations pour préserver la santé des agents et leur redonner du pouvoir d’agir. »

À propos de l'auteur

Nicolas Ballot
rédacteur en chef de Syndicalisme Hebdo et de CFDT Magazine

Et Laure de conclure, à l’unisson des témoignages de Lysiane, Pauline et Anthony : « Les employeurs publics doivent rapidement prendre leurs responsabilités et cesser de penser que le très fort attachement des agents à leur travail et à leur mission suffit, et suffira encore longtemps, à faire fonctionner les services publics ! »