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Extrait de l'hebdo n°4009
Le record du nombre de personnes incarcérées en France est battu chaque semaine sans qu’aucune mesure ne soit prise pour lutter contre cet emballement. Les agents ne cessent de dénoncer cette situation intenable pour eux comme pour les personnes détenues. La CFDT Pénitentiaire espère une véritable prise de conscience et une concertation sur les alternatives à l’incarcération et sur les mesures d’aménagement de peine.

Le personnel pénitentiaire est à bout et a souhaité le faire savoir. Le 27 avril dernier, un énième mouvement social était organisé pour dénoncer la surpopulation carcérale. Les organisations syndicales ont avancé en ordre dispersé (l’Unsa incitait à bloquer les prisons, FO s’est désolidarisé du mouvement et la CFDT appelait à des manifestations sans blocage) mais toutes s’accordent sur le constat et demandent aux pouvoirs publics d’agir. « Chaque semaine, on nous annonce que le record historique du nombre de détenus a été battu. Ce n’est pas tenable ! », résume Éric Faleyeux, secrétaire général du Syndicat Interco CFDT Pénitentiaire.
Une surpopulation carcérale devenue incontrôlable
Aujourd’hui, parmi les 88 000 personnes incarcérées, 7 500 dorment sur un matelas posé à même le sol. En moyenne, le taux d’occupation des établissements pénitentiaires est de 137 % mais certaines maisons d’arrêt sont à plus de 200 %… Or si cette surpopulation n’est pas un phénomène nouveau, il semblerait que la situation devienne incontrôlable. Les peines de prison ne cessent de s’allonger alors que le pourcentage de peines alternatives à l’incarcération ne décolle pas. « En cinquante ans, la durée moyenne de détention a plus que doublé, explique Éric. Elle était de cinq mois en 1970 ; elle est aujourd’hui de douze mois. Les peines prononcées par les magistrats sont plus lourdes. Dans le même temps, on incarcère des personnes parfois pour seulement un mois, ce qui n’a pas de sens quand on mise sur la réinsertion. »
Problème : en France, la prison est encore essentiellement vue comme une punition, donc un passage quasi obligé. Le manque de moyens fléchés vers la réinsertion freine le développement des peines alternatives. La pénurie d’agents dans les services pénitentiaires d’insertion et de probation (Spip) est criante. Le juge ne dispose souvent pas d’autre solution que l’incarcération. En Allemagne, sur une population de 85 millions d’habitants et un taux de criminalité identique, il n’y a « que » 55 000 personnes en prison. « Outre-Rhin, l’incarcération doit être l’exception. La resocialisation des personnes condamnées est un droit reconnu par la constitution, l’approche est radicalement différence », explique Éric.
Des dégradations en cascade
Dans l’absolu, cette augmentation du nombre de prisonniers en France n’a rien d’inéluctable. Des solutions pourraient être trouvées à moyen terme… mais les pouvoirs publics tardent à mettre en œuvre des mesures concrètes. Résultat, la dégradation des conditions de vie des détenus en France s’accompagne d’une dégradation des conditions de travail des agents, au point que l’administration ne parvient plus à pourvoir les postes ouverts à concours. « En 2024, il y avait 2 000 places ouvertes au concours des surveillants mais seulement 1 000 ont trouvé preneurs. Au lieu des deux promotions budgétisées, on n’a dû se contenter d’une seule », explique Éric.
Par conséquent, les agents en poste multiplient les heures supplémentaires, souvent contre leur volonté. Leurs compteurs d’heures explosent et ils ne peuvent plus se les faire payer car, au-delà d’un certain nombre d’heures, Bercy bloque. Les organisations syndicales sont ainsi contraintes d’engager de nouvelles discussions. Selon la CFDT Pénitentiaire, il est vraiment temps de changer de logique pour sortir de cette situation délétère.