La métallurgie se dote d’un nouvel accord handicap

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icone Extrait de l'hebdo n°4007

À la fin mars, la CFDT Métallurgie a signé un nouvel accord de branche en faveur de l’emploi des personnes en situation de handicap. Ce texte fixe un objectif de taux d’emploi direct de 7 % à l’horizon 2032.

Par Sabine IzardPublié le 21/04/2026 à 12h00

Dans la métallurgie, le handicap survient majoritairement en fin de carrière.
Dans la métallurgie, le handicap survient majoritairement en fin de carrière.©Xavier Popy/RÉA

C’est une bonne nouvelle pour les travailleurs de la branche : le 31 mars, la FGMM1 a signé le nouvel accord en faveur de l’emploi des personnes en situation de handicap. Le texte succède à celui de 2013, devenu largement inadapté aux réalités actuelles du travail et de l’emploi. « C’est une étape importante dans l’amélioration de l’inclusion des travailleurs en situation de handicap, même si l’accord reste perfectible sur certains points », se réjouit Sandrine Cornut, secrétaire nationale de la FGMM CFDT.

Atteindre un taux d’emploi de 7 % d’ici à 2032

L’accord fixe d’abord un cap clair : porter le taux d’emploi des travailleurs en situation de handicap à 7 % d’ici à 2032, au-delà donc de l’obligation légale de 6 %. « Aujourd’hui, la branche atteint 4,5 % d’emploi direct hors majoration relative aux seniors – c’est 6 % avec la majoration –, soit environ 66 300 salariés concernés », explique Sandrine Cornut. Mais ces résultats sont très variables selon la taille des entreprises. Par exemple, ledit taux est égal à 3,6 % (4,7 % en taux majoré) dans les entreprises de 20 à 49 salariés alors qu’il atteint 4,9 % (6,5 % en taux majoré) dans les entreprises de 500 salariés et plus.

En vue d’atteindre cet objectif, le texte insiste sur la nécessité de déployer des actions de sensibilisation à tous les niveaux de l’entreprise – ressources humaines, managers, salariés. L’idée consiste à lever les préjugés et faciliter l’intégration et le maintien dans l’emploi. « L’enjeu est aussi culturel : mieux faire connaître le handicap, en particulier les handicaps invisibles, encore trop souvent ignorés ou mal compris. »

L’accord aborde également, c’est une première à l’échelle de la branche, la question des proches aidants. Un groupe de travail paritaire sera mis en place afin d’approfondir ce sujet, avec l’ambition d’aboutir, à terme, à un accord spécifique. Cette reconnaissance se révèle importante tant les difficultés à concilier vie professionnelle et vie personnelle sont fortes pour ces salariés. Il prévoit en outre de simplifier les démarches de RQTH2, souvent jugées complexes. Dans cette perspective, les partenaires sociaux envisagent d’interpeller les pouvoirs publics pour lever les freins administratifs.

Le maintien dans l’emploi, un enjeu central

La question du maintien dans l’emploi se trouve au cœur de l’accord. Un point essentiel quand on sait que, dans la métallurgie, le handicap survient majoritairement en fin de carrière : en 2024, 62 % des bénéficiaires de l’obligation d’emploi dans la branche avaient 50 ans ou plus, et 2 % moins de 25 ans, pointe le texte. Cette réalité renvoie directement aux conditions de travail et à la pénibilité des métiers.

« Trop souvent encore, l’inaptitude se traduit par un licenciement. L’accord est fait pour rompre avec cette logique en renforçant les obligations de recherche de solutions : adaptation des postes, aménagements du travail (dont le télétravail) et accès à des formations qualifiantes, notamment grâce aux CQPM3 pour favoriser les reconversions », explique Sandrine Cornut. Autre avancée : la création d’un référent handicap dans les entreprises de plus de 250 salariés, au sein du CSE, pour accompagner les salariés et les représentants du personnel.

Un suivi renforcé pour des résultats mesurables

Contrairement à l’accord de 2013, le nouveau texte prévoit un dispositif de suivi structuré. Des indicateurs quantitatifs seront publiés chaque année, permettant de mesurer les progrès réalisés. « Cela nous permettra de suivre de près l’évolution des objectifs que nous nous sommes fixés », précise Sandrine. Une clause de revoyure à trois ans permettra d’ajuster l’accord, si nécessaire. Par ailleurs, des actions seront financées dans le cadre du dispositif de solidarité Cœur Industrie, actions elles aussi soumises à évaluation.

Un accord attendu mais perfectible

À propos de l'auteur

Sabine Izard
Journaliste

Si ce nouvel accord constitue une avancée indéniable, il reste toutefois perfectible, reconnaît Sandrine Cornut : « À la demande de l’UIMM, il prône des mesures incitatives plutôt que contraignantes. Mais même s’il ne correspond pas à nos ambitions, la fédération a fait le choix de le signer car il reste mieux-disant que celui de 2023 et offre un cadre que les équipes syndicales pourront s’approprier dans les entreprises. » C’est bien à ce niveau que tout se jouera. Les délégués syndicaux sont appelés à décliner ces orientations en accords d’entreprise adaptés aux réalités locales afin de transformer les intentions en droits concrets au bénéfice des salariés.