Généraliser l’accès aux loisirs

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Un collectif dans la campagne

Fondée en 1990 par Edmond Maire, figure intellectuelle et syndicale de la deuxième moitié du XXe siècle, et alors Président de VVF Villages, Vacances Ouvertes (VO) est née pour favoriser le départ en vacances des personnes qui en sont exclues.

Par Guillaume Lefèvre— Publié le 28/01/2022 à 09h30

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© REA

« Les personnes qui ne partent pas en vacances se sentent exclues de la société, elles considèrent qu’elles n’ont pas le droit au bonheur. La sédentarisation a également un impact sur la santé physique et mentale, elle dégrade la confiance en soi, elle démotive… », affirme Marc Pili, président de Vacances Ouvertes, association qui, en lien avec les collectivités territoriales et les professionnels de l’insertion, veut favoriser l’accès aux vacances pour tous. Un enjeu de taille : 23 millions de Français ne partent pas en vacances.

Pourtant, c’est vital. « Et puis les voyages forment la jeunesse », ajoute Félicien Matoko, éducateur sportif à Mantes-la-Jolie (Yvelines), double champion de France de jujitsu, qui, dans le cadre du dispositif « Sac Ados » a aidé 350 Mantais âgés de 16 à 25 ans à partir en vacances. La formule n’est pas qu’un adage, l’immobilité de la jeunesse est une réelle problématique. « Beaucoup de jeunes des quartiers n’ont jamais mis les pieds dans le centre-ville, je ne parle même pas de la ville d’à côté », constate Félicien. Ponctualité, gestion d’un budget, collaboration, planning, égalité femmes-hommes… « Les vacances, c’est le développement de compétences utiles et transférables dans le milieu professionnel. C’est également l’inclusion sociale. Ça favorise l’autonomie, la mobilité et la citoyenneté. » La plus grande satisfaction de l’éducateur ? Lorsqu’un primo-vacancier lui parle de… ses prochaines vacances, qu’il financera lui-même.

Redonner aux jeunes le droit de croire en eux

« En donnant l’opportunité aux jeunes de voyager, on leur offre le droit de croire en eux, on leur rend le droit de rêver et d’accéder au bonheur », poursuit l’éducateur.

Le champ lexical du bonheur est lui aussi très largement revenu dans le Pas-de-Calais, lorsqu’Avion, commune de 17 500 habitants, a lancé au début 2021, en lien avec VO, l’expérience « 1 000 départs en vacances ».

« Après deux années difficiles, le besoin d’offrir une occasion aux Avionnais de sortir de leur cadre de vie quotidien […] s’est imposé à nous », explique Isabelle Parisseaux, référente famille et parentalité de cette ville marquée par des années de crise sociale et économique. Parmi les 15-24 ans, 29,5 % ne sont ni en emploi ni en formation (contre 16,8 % dans la France entière), et le taux de chômage s’établissait en 2018 à 22,8 % (contre environ 10 %…).

À propos de l'auteur

Guillaume Lefèvre
Journaliste

Si l’adhésion des habitants au projet a été immédiate – 1 462 personnes se sont inscrites en moins de trois mois (8,3 % de la population) –, elle témoigne surtout de leurs difficultés à accéder aux vacances en temps normal. « Je ne me souviens pas de la dernière fois où je suis partie en vacances. Pour nous, c’est un luxe, on n’a pas le budget », témoigne Soumia, mère de cinq enfants et sans emploi. Grâce à ce programme, ses enfants ont pu faire de l’accrobranche, visiter un musée, aller à la piscine.

« On a ri, on a dansé, on a chanté. Ça nous a fait un bien fou. Ces cinq jours de vacances, c’est comme si on m’avait donné un million d’euros, poursuit Soumia. Mes enfants sont heureux, ils n’arrêtent pas de me demander : “C’est quand qu’on y retourne ?”. » Autre conséquence de ce séjour pour cette mère de famille, elle s’implique désormais dans la vie associative locale : « J’ai fait des rencontres géniales, je me sens intégrée, dès qu’un événement est organisé dans mon quartier, je donne un coup de main. Je vois que je peux faire bouger les choses à mon échelle. »