La richesse du collectif

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Un collectif dans la campagne

Grâce à la diversité de ses membres, le Pacte du pouvoir de vivre entend réaffirmer qu’il n’est pas question d’opposer fin du monde et fin du mois. Rencontre avec quelques-unes des associations trop méconnues du monde syndical à travers une revendication phare.

Par Guillaume Lefèvre et Claire Nillus— Publié le 28/01/2022 à 09h30

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Solidarités nouvelles pour le logement

Offrir un hébergement digne

«Sous l’effet de la précarisation d’une part importante de la population et de la flambée des coûts liés au logement, de plus en plus d’entre nous éprouvent d’importantes difficultés à se loger», avertit le Pacte du pouvoir de vivre.

Dans son dernier rapport sur le mal-logement en France, la Fondation Abbé Pierre tirait déjà la sonnette d’alarme : 4,1 millions de personnes souffrent de mal-logement (dont 1,06 million sont privées de logement personnel) et 12,1 millions sont touchées à des degrés divers (surpeuplement, retard ou non-paiement du loyer, renoncement au chauffage…)

«C’est un sujet qui nous concerne tous mais qui n’est pas suffisamment pris en compte», alerte François Meekel, animateur du plaidoyer au sein de Solidarités nouvelles pour le logement (SNL), une association active en Île-de-France qui entend rendre le logement accessible aux personnes en situation de précarité.

Pour cela, elle s’engage en créant des logements très sociaux et en les louant à des personnes en difficulté «le temps qu’il faut», tout en les accompagnant jusqu’à l’accès à un logement pérenne. «Chacun doit pouvoir accéder à un logement correspondant à ses besoins pour fonder sa vie sociale et professionnelle, insiste le Pacte. Il est essentiel de garantir l’accès inconditionnel et la continuité dans l’hébergement, le droit à la domiciliation, des moyens suffisants dédiés à l’accompagnement, une augmentation des attributions HLM aux ménages pauvres et modestes, et une production accrue de logements très sociaux, privés à vocation sociale ou accompagnés (pension de famille, résidence sociale…).»

Fondation Abbé Pierre

Pouvoir accéder aux services du quotidien

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C’est un point incontournable pour pouvoir bien vivre aujourd’hui, maintes fois rappelé par Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre. De plus en plus de personnes n’ont pas accès aux services du quotidien soit parce qu’en milieu rural ou périurbain services publics et commerces de proximité ont disparu, soit parce que la dématérialisation des prestations sociales ou bancaires rend leur accès impossible aux personnes non connectées, non équipées ou victimes d’illectronisme. Chaque année, Emmaüs Connect, association du mouvement Emmaüs créée pour lutter contre l’exclusion numérique et sociale, forme et accompagne près de 100 000 personnes ayant des difficultés à maîtriser les outils numériques.

Mais le Pacte souhaite aussi que les services publics garantissent la possibilité de rencontrer une personne physique pour effectuer des démarches en l’absence d’alternative au numérique. Enfin, ces services du quotidien doivent être accessibles en moins de vingt minutes en transport collectif grâce aux espaces France services : guichets réunissant dans un seul et même lieu les principaux organismes de services publics. 

Uniopss

Garantir l’accès à la santé et aux soignants

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À propos de l'auteur

Guillaume Lefèvre
Journaliste

«En France, un citoyen sur cinq, soit 13millions de personnes, connaît une difficulté d’accès aux soins. Cette réalité est vécue au quotidien quand vous vous trouvez au centre d’un désert médical, souvent en milieu rural, mais pas seulement; dans les zones urbaines, les difficultés d’accès aux soins existent aussi», rappelle le Pacte du pouvoir de vivre.

Concrètement, pour les usagers, les délais d’attente en vue d’obtenir un rendez-vous s’allongent, des patients reculent l’échéance ou renoncent tout simplement aux soins. «Dans certains territoires, nous allons vers des situations de non-assistance à personne en danger, alerte Patrick Doutreligne, président de l’Uniopss (Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés non lucratifs sanitaires et sociaux), une association qui représente 25 000 établissements du secteur médico-social, 750 000 salariés et un million de bénévoles. Malheureusement, cette problématique risque de s’aggraver avec le vieillissement de la population et la faible attractivité des métiers.»

En France, l’accessibilité aux médecins généralistes a chuté de 3,3 % entre 2015 et 2019, souligne l’Insee. Autre exemple, dans le Grand Est, la population âgée dépendante devrait atteindre 263 000 en 2030 (contre 219 400 en 2017). Et le nombre d’aides-soignants rapportés aux seniors de 60 ans et plus ne cesse de baisser (– 6,6 % entre 2012 et 2017). Même constat à la Fédération ADMR du Calvados (aide à domicile en milieu rural), en Normandie : ce sont 200 postes d’aides à domicile en CDI qui restent vacants chaque année. « Lors de la dernière campagne de recrutement, seuls sept des 900candidats potentiels se sont présentés à l’entretien », témoigne Sylvie Vernon, déléguée syndicale CFDT de la fédération. « Nous faisons face à une pénurie de personnels. Les métiers du care n’attirent plus. Et le critère géographique n’est pas le seul élément, insiste Patrick Doutreligne. Nous ne lutterons contre les déserts médicaux qu’en travaillant sur l’attractivité des métiers et sur les conditions de travail. »