Le pari du débat intelligent

Retrouvez le dossier complet
Un collectif dans la campagne

Entre propos caricaturaux, voire haineux, et propositions populistes – quand elles ne sont pas racistes –, le débat public n’est pas au niveau des enjeux sociaux, écologiques, économiques, démocratiques ni des préoccupations des Français. Avec le Pacte du pouvoir de vivre, la CFDT joue collectif et entend redonner du sens à la campagne présidentielle.

Par Claire Nillus— Publié le 28/01/2022 à 09h30

image
© DR

Se loger, se soigner, se chauffer, se former, se nourrir sainement, vivre décemment de son travail, accéder à ses droits, partir en vacances, se déplacer ou encore respirer un air moins pollué… Ces sujets, essentiels pour les Français, mériteraient d’être débattus mais sont encore délaissés par les candidats qui occupent le devant de la scène politique et médiatique.

Face à ce constat alarmant, la CFDT, mobilisée depuis 2019 avec les principales organisations de solidarité de la société civile dans le Pacte du pouvoir de vivre, a décidé d’agir. L’objectif en cette période électorale est clair : faire émerger dans le débat ces questions qui préoccupent les Français. Après avoir rendu publiques ses 90 propositions, le collectif débute sa campagne de mobilisation afin de faire connaître ce cahier revendicatif et obtenir des différents candidats qu’ils se positionnent et prennent des engagements concrets.

Une alliance inédite

Afin de comprendre cette alliance inédite en France entre le monde syndical, associatif et mutualiste, il faut revenir trois ans en arrière, en 2019, en pleine crise des gilets jaunes. Alors que le dialogue semble impossible, la CFDT entend réaffirmer la place des corps intermédiaires. Elle crée alors le Pacte du pouvoir de vivre avec 19 partenaires. Le lancement officiel aura lieu le 5 mars 2019. Tous ont alors la conviction qu’il faut dépasser les prés carrés habituels.

“Dans un moment où nous avions l’impression qu’il ne se passait plus rien démocratiquement, nous avons créé le Pacte du pouvoir de vivre. Notre credo : défendre collectivement et conjointement la démocratie, la justice sociale et l’écologie .”

Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT

« Nous avions identifié une scission entre les problèmes sociaux et environnementaux et fait le constat qu’il ne fallait pas cloisonner les problèmes et les solutions. Il nous fallait une nouvelle voie pour faire accepter, par exemple, l’augmentation de la taxe carbone qui a mis le feu aux poudres », complète Morgane Créach, déléguée générale du Réseau Action Climat France (RAC), membre fondateur du Pacte du pouvoir de vivre.

« Nous avions envie de dépasser chacun nos sujets d’expertise et d’apprendre à travailler ensemble. Nous sommes tous différents, mais nous avions la certitude qu’exacerber ces différences nous conduisait dans une impasse et qu’il fallait donc se rassembler pour porter un autre modèle de développement. Nos propositions forment un tout, cohérent et partagé par tous les membres du Pacte », souligne Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre, aujourd’hui porte-parole et membre du groupe de coordination du Pacte, qui se réunit deux fois par mois.

Des propositions plutôt qu’un candidat

Depuis cette période mouvementée, le Pacte ne cesse de grandir : 50 membres à l’été 2019, 64 membres en 2021. L’initiative s’installe dans le temps et se décline sur les territoires. Trente-cinq groupes locaux « Pouvoir de vivre » se sont formés en région (LIRE CI-DESSOUS) et, depuis novembre dernier, le Pacte est de nouveau en campagne, en vue de l’échéance présidentielle. « Nous n’avons pas de candidat mais nous avons 90 propositions sur la table. Si les politiques manquent d’idées, qu’ils se servent ! », insiste Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT.

Cette campagne, qui a débuté sur les réseaux sociaux, prend le contrepied des débats actuels – mais faut-il être candidat pour être entendu ? – tout en étant calquée sur le modèle d’une campagne électorale classique (organisation de meetings, campagne d’affichage, webinaires…).

« À rebours des propos caricaturaux et simplistes, nous faisons le pari de la complexité, du débat intelligent. Ce qui se joue ici, c’est la prise d’autonomie des citoyens qui ne veulent pas se soumettre aux thèmes imposés par les candidats », conclut le secrétaire national de la CFDT Frédéric Sève, qui ose un vœu supplémentaire : « Que les politiques apprennent à travailler avec la société civile lors du prochain quinquennat. » 

Le Pacte en région : Un accélérateur de projets

Offrir un petit déjeuner à des personnes isolées, faciliter l’accès aux droits, interpeller des candidats aux élections municipales… Sur le terrain, les membres du Pacte apprennent à fonctionner ensemble. Focus sur deux territoires.

Du lundi au dimanche, un accueil de jour du Secours catholique d’Orléans distribue une centaine de petits déjeuners à des personnes isolées et des sans-abris. « Environ 20 000 par an ! », précise Dominique Guy, président de la délégation du Loiret.

« Un petit déjeuner, une douche, de l’écoute. Ici, les personnes se détendent. Nous proposons de l’aide, un atelier de retour à l’emploi… » Les missions sont extrêmement variées, allant du financement d’un permis de conduire à une aide administrative, notamment pour les sans-papiers.

Pendant la crise sanitaire, l’association a créé une épicerie solidaire sur le campus universitaire en faisant le pari d’y intégrer des producteurs locaux. «Que des étudiants précaires puissent avoir accès à une nourriture de qualité, c’est là un pari que nous avons remporté en rencontrant d’autres associations du Pacte du pouvoir de vivre Centre-Val de Loire, explique ce militant tout-terrain. Pour nous, le Pacte fonctionne comme un facilitateur de projets.»

Alerter les élus sur les sujets en tension

Plus au sud, le collectif Pouvoir de vivre Lyon-Rhône s’est constitué dès avril 2019 et rassemble aujourd’hui 13 associations dans la région. Rapidement, il s’est organisé pour interpeller les élus et décideurs locaux lors d’une première table ronde à Villeurbanne, au début de 2020 (photo ci-dessous).

Un événement fondateur et fédérateur puisqu’il a réuni près de 500 personnes. Le collectif a saisi cette opportunité pour s’imposer depuis comme un interlocuteur local. En amont des élections métropolitaines, le collectif a ainsi mobilisé les candidats sur les propositions du Pacte à l’occasion de nouvelles rencontres avec les citoyens.

image
© REA

« S’il était élu, Bruno Bernard, l’actuel président de la Métropole de Lyon, s’était engagé à rencontrer les membres du Pacte. C’est chose faite ! Le rendez-vous a eu lieu en novembre dernier avec une délégation de notre collectif. Nous avons pu questionner la mise en place de politiques publiques dans le cadre du deuxième confinement et de sa sortie, au regard des points de vigilance soulevés par les associations qui nous constituent et qui nous permettent de mieux connaître le ressenti de nos concitoyens », explique Sonia Paccaud, qui représente la CFDT au sein du collectif Lyon-Rhône.

Malgré la pandémie, en 2021, d’autres rencontres ont eu lieu avec les maires de Lyon et de Villeurbanne, des élus et adjoints du département du Rhône. Au début janvier 2022, le groupe local 69 a également fait ses propositions concernant la prochaine mise en place de la « zone à faibles émissions » de l’agglomération lyonnaise. « Faire converger justice sociale et souci de l’environnement, c’est la raison d’être du Pacte, et nous en sommes les porte-parole sur le terrain », résume Sonia.