Garder le cap social

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Que reste-t-il du tourisme social ?

Face à des salariés qui plébiscitent les subventions et des opérateurs aux pratiques commerciales agressives, il n’est pas si facile, en tant qu’élus de CSE, de résister dans leur mission. Certains y mettent un point d’honneur. 

Par Emmanuelle PiratPublié le 08/06/2026 à 12h00

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© HCampos

Il suffit de parcourir les allées d’un salon consacré au comité social et économique (CSE) pour s’en rendre compte : « C’est la foire. Des vrais marchands du Temple », s’agace Tugdual de Gouvello, ex-secrétaire du CSE de Thalès à Gennevilliers (un site de 4 000 salariés dans les Hauts-de-Seine), témoin de « l’agressivité commerciale de tous ces vautours, qui savent que les CSE ont de l’argent et veulent leur vendre n’importe quoi.» Difficile de résister.

Tout comme il est difficile de résister aux demandes des salariés, « qui aimeraient qu’on leur subventionne leurs réservations sur Booking et Airbnb ». Mais pour ce militant, « un CSE n’est pas là pour payer les dépenses de carbone ou entretenir un système contraire à ses valeurs ».

Pour autant, la ligne n’est pas si facile à tenir. L’offre « classique » de voyages de leur CSE s’appuyant sur la quinzaine de partenaires historiques (et donc orientée tourisme social) n’est plus en phase avec les attentes des salariés. « Depuis l’instauration de règles plus strictes vis-à-vis des subventions et du fait d’avoir limité à un voyage en avion par an, puis à zéro, par exemple, on a créé un gros mécontentement. »

L’équipe du CSE a donc revu ses exigences sociales à la baisse en proposant une carte commerciale pour des séjours : « La grille de subventions reste plus intéressante quand on passe par nos partenaires.
On veut garder cet outil d’incitation. »

Attacher au pouvoir d’accès 

Au CSE de Michelin, à Clermont-Ferrand, préserver l’ADN social qui fait sa spécificité depuis sa création en 1968, est une priorité. Et même plus, c’est un projet politique. « Nous sommes très attachés à travailler sur le pouvoir d’accès et non le pouvoir d’achat », résument Sophie Delhaye et Patrick Bernard, respectivement directrice et secrétaire général du CSE. « Nous ne sommes pas là pour redistribuer de l’argent, mais pour construire des propositions qui ont du sens, permettre des expériences de vie, du partage… »

Le jeune public a ainsi accès à un choix important de colonies de vacances. Le CSE a également construit une offre de « séjours de proximité », dans le Massif central, avec des partenaires du territoire (parcs régionaux, route des villes d’eau, etc.). Y sont proposés des hébergements ou des activités atypiques. « Tout cela pour un bilan carbone quasi nul et un fort impact sur notre territoire. En 2024, ces séjours ont représenté 750 000 euros de retombées économiques pour l’Auvergne », se félicite Sophie Delhaye.

Certes, ce CSE a bien des atouts pour conduire sa politique : des moyens (27 salariés et 70 élus, avec un budget de 14 millions d’euros), un nombre considérable d’adhérents et d’ayants droit (35 000 personnes au total) et du patrimoine en divers lieux du territoire. Mais tout n’est pas qu’une question de moyens. Selon Tugdual de Gouvello, « en tant qu’élus, nous devons nous battre contre le consumérisme, l’individualisme et défendre l’idée qu’un CSE n’est pas qu’un outil de pouvoir d’achat. Même les directions en font un argument de recrutement, en disant : “Vous aurez un bon CSE”. Il faut redonner une vision plus politique des ASC. La formation des élus, en ce sens, est nécessaire ». C’est justement à l’ordre du jour des élus CFDT de Thalès. Un projet salutaire !