Réindustrialisation : le plan qui valait 30 milliards

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iconeExtrait de l’hebdo n°3795

Le 12 octobre, le chef de l’État a présenté le plan France 2030, doté de 30 milliards d’euros sur cinq ans, pour développer les filières industrielles et investir dans les technologies du futur. S’il cible des secteurs d’excellence, il laisse de côté des aspects très importants.

Par Emmanuelle Pirat— Publié le 19/10/2021 à 12h00

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© Romain Gaillard/RÉA

Les objectifs sont ambitieux : « bâtir la France de 2030 », « faire émerger dans notre pays et en Europe les futurs champions technologiques de demain », « renforcer la base industrielle au-delà des domaines d’excellence actuelle ». Autrement dit, refaire de la France une grande nation en matière d’innovation. Dans les faits, le plan France 2030 suffira-t-il à les atteindre ? Tel qu’il a été présenté, le 12 octobre, par le président de la République, il se présente avant tout comme une enveloppe de 30 milliards d’euros, répartis sur cinq ans, dans les domaines suivants : énergie, transports du futur, alimentation et agriculture, santé, culture, exploration spatiale et des fonds marins.

« La CFDT – qui a participé aux travaux du rapport Potier sur les marchés émergents à forts enjeux de compétitivité – approuve le principe de cibler des technologies de rupture et de faire émerger des filières intégrées aux niveaux français et européen », a réagi Philippe Portier. Mais le secrétaire national chargé des politiques industrielles souligne que « les montants annoncés ne sont pas à la hauteur, ni des défis qui sont les nôtres ni des marges de manœuvre financières actuelles pour construire la croissance durable de demain ».

La décarbonation de l’industrie française

Dans le détail, une enveloppe de 8 milliards est consacrée à l’énergie et à la décarbonation (notamment avec l’ambition que la France devienne leader de l’hydrogène vert et accélère la décarbonation de son industrie), dont un milliard d’euros pour le nucléaire avec le développement des SMR (small modular reactors, petits réacteurs modulaires), une catégorie de réacteurs plus petits que les réacteurs conventionnels (d’une puissance comprise entre 100 et 300 mégawatts, contre 900 à 1 700 MW pour les unités traditionnelles). Il y a 4 milliards pour le secteur des transports, avec deux objectifs principaux : le développement des batteries électriques et la production du premier avion bas carbone.

On peut évidemment rapprocher ce montant de celui donné par la filière automobile en juillet dernier, qui estimait ses besoins d’investissements et « demandait 16 milliards, uniquement fléchés sur la filière automobile », précise Jean-Marie Robert, secrétaire fédéral chargé du secteur à la CFDT-Métallurgie. Le plan d’investissements France 2030 compte en outre consacrer 2 milliards au développement d’une alimentation « saine, durable et traçable ». Enfin, 3 milliards iraient à la production en France de vingt biomédicaments (contre les cancers et les maladies chroniques, dont celles liées à l’âge).

L’efficience énergétique est la grande absente

« Tracer un cap pour la France en 2030 ne peut se résumer à cibler des secteurs d’excellence traités en silo. Transformer nos modes de production, de vie et de consommation implique de considérer les interdépendances entre tous les secteurs », précise Philippe Portier. Surtout, le plan d’investissement n’évoque ni les pistes à suivre pour une économie plus sobre ni ne fait sien l’objectif de renforcer l’efficacité énergétique (des produits, des matériaux, des usages, etc.). Or « cette efficience énergétique est une des clés d’une transition écologique juste », souligne le secrétaire national. La formation et l’accompagnement des salariés de ces nouvelles filières industrielles, pour lesquels le plan annonce une enveloppe de 2,5 milliards d’euros seulement, figurent également parmi les conditions d'une transition réussie...là encore, le plan de l'éxécutif est en deça des ambitions.

À propos de l'auteur

Emmanuelle Pirat
Journaliste

Au final, si le gouvernement a décidé de sortir le carnet de chèques, opportunément, à quelques mois de l’élection présidentielle, on peine à voir comment tout sera piloté et arbitré. Et surtout, a rappelé la CFDT, il devra impérativement être accompagné de garanties, d’engagements en matière d’emplois, de compétences et de partage équitable de la valeur. « Enfin, ces investissements devront être programmés et évalués au regard de leurs impacts en termes écologique et social », conclut Philippe Portier.