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Extrait de l'hebdo n°4012
Dernier fabriquant européen de lysine (acide aminé destiné à enrichir l’alimentation animale), le groupe subit la concurrence agressive de la Chine. Sauvée une première fois en 2024, l’entreprise picarde est à nouveau en danger. Majoritaire, la CFDT se mobilise pour mettre la pression sur les pouvoirs publics afin de trouver une issue à la crise.

La mobilisation organisée par la CFDT d’Eurolysine le 20 mai 2026 à Amiens n’est pas passée inaperçue. À l’heure du déjeuner, 150 salariés (sur les 350 que compte l’entreprise) sont venus partager un sandwich devant l’entrée de l’usine pour lancer l’alerte.
Depuis plusieurs mois déjà, leur entreprise perd de l’argent – du fait de l’effondrement du prix de la lysine sur le marché mondial. Dernière entreprise à produire cet acide aminé en Europe, Eurolysine se retrouve en concurrence frontale avec la Chine qui en produit à bas coût. « Le prix des acides aminés sur le marché européen est inférieur à nos coûts de production. Ce qui fait que nous perdons de l'argent tous les mois, assure le DSC CFDT Samir Benyahya. Sur l'année 2025, nous avons enregistré une perte de 23 millions d'euros et ça continue. La situation devient de plus en plus compliquée pour l’entreprise et pour les salariés. »
Majoritaire dans l’entreprise, avec plus de 60 % des voix aux dernières élections professionnelles, la section CFDT connaît malheureusement très bien la situation et a acquis un véritable savoir-faire en matière de mobilisation. Elle était déjà à la manœuvre en 2024, lorsque l’entreprise (qui s’appelait à l’époque Metex) risquait de mettre la clé sous la porte définitivement, toujours face à la concurrence chinoise.
Astucieusement, les militants étaient parvenus à faire de la survie de leur site industriel un enjeu national en mobilisant toute la CFDT, du syndicat Chimie-Énergie de Picardie à la Confédération en passant par la fédération et la région. Marylise Léon s’était d’ailleurs rendue plusieurs fois sur le site de l’usine pour les soutenir et attirer l’attention médiatique sur leur combat.
Une action de visibilité soutenue par la direction
Cette fois-ci encore, la CFDT est parvenue à créer l’événement avec l’aide des adhérents, des salariés et des militants CFDT d’autres entreprises venues en solidarité. Le pari est clairement réussi : la presse locale, France 3 et l’AFP sont présents pour couvrir la mobilisation. La présence François Ruffin (député de la circonscription) et du tout nouveau maire d’Amiens, Frédéric Fauvet, sont la garantie de voir l’action reprise au niveau national. « Comme en 2024, l’idée est de mettre la pression sur les pouvoirs publics qui doivent ensuite mettre la pression sur la commission européenne », explique Samir. Mais attention, nous ne sommes pas en grève, bien au contraire. L’entreprise tourne à plein régime pour limiter les pertes. La direction nous soutient d’ailleurs dans notre action. »
À l’époque, la mobilisation des salariés s’était conclue avec le rachat de Metex par le groupe Avril (55 %) et la Banque publique d’investissement (BPI) (45 %) mais aussi avec l’assurance que l’Europe imposerait des droits de douane aux importations de lysine chinoise. Devenue Eurolysine, l’entreprise est alors redevenue rentable.
Mais l’Europe a baissé ces fameux droits de douane en juillet 2025 et la Chine a adapté ses tarifs… remettant l’entreprise dans le rouge. Fin avril, l’Europe a lancé une enquête anti-absorption sur les importations de lysine en provenance de Chine, c’est-à-dire une enquête qui doit déterminer si le pays a usé de pratiques concurrentielles déloyales pour contourner les droits de douane (par des subventions déguisées par exemple). Les résultats de cette enquête, eux, ne sont pas attendus avant neuf mois. Un délai beaucoup trop long pour l’entreprise qui perd des millions chaque mois. Tout l’enjeu est donc de réduire ce délai et de pousser la Commission européenne à prendre rapidement de nouvelles mesures de protection. « Le temps administratif n'est pas le temps industriel, martèle Samir. Le groupe Avril a beau avoir les reins solides, il n’acceptera pas de “brûler” de l’argent encore très longtemps. »
Trouver une solution publique
Autre inquiétude : l’attitude de l’État dans la période. La BPI a en effet indiqué qu’elle souhaitait se désengager. Si Bercy promet qu’il trouvera une autre solution publique, cela reste pour l’instant à l’état de mots. Rien n’a encore été acté alors que la trésorerie de l’entreprise commence à se tendre et qu’il est nécessaire que les actionnaires remettent au pot. L’objectif dans la période est de trouver des solutions de financement transitoires jusqu'à un retour à des conditions de marché normales. « Les pouvoirs publics se veulent rassurants, mais nous restons vigilants et mobilisés tant qu’il n’y a pas d’annonce concrète », conclut Samir.
Les salariés, eux, continuent de travailler. Ils soutiennent l’action de la CFDT mais ne cachent pas leur inquiétude. Beaucoup ont été embauchés dans cette usine avec leur conjoint et espèrent bien y faire toute leur carrière professionnelle. « Fermer un site industriel comme celui-là serait un sacré gâchis », résume l’un d’eux. « Nous sommes dans une région rurale, complète le maire d’Amiens. Il serait aberrant que nous soyons contraints dans les années à venir d’importer la chimie lourde indispensable à notre industrie agroalimentaire. ».