Chez Daunat, l’accord travail les samedi et dimanche fait recette

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icone Extrait de l'hebdo n°4022

Dans l’entreprise familiale spécialiste du snacking, les élus CFDT du site picard ont négocié un accord collectif qui permet aux salariés travaillant le week-end d’effectuer vingt-quatre heures payées trente-cinq. Ledit accord fait carton plein… mais pourrait ne pas être prorogé en 2027.

Par Marie DuribreuxPublié le 07/07/2026 à 12h00

De gauche à droite : Hamdi, Véronique, Stéphanie, Clément, Amandine et Hanan.
De gauche à droite : Hamdi, Véronique, Stéphanie, Clément, Amandine et Hanan.© Syndheb

Sur le site de Daunat à Chambry, près de Laon (Aisne), ils sont près de 260 à s’activer tout au long de l’année afin de produire 26 millions de sandwiches, 7 millions de salades et 4,6 millions de sushis. Couverts de pied en cap, les salariés, en trois-huit, sont répartis dans trois ateliers et sur six lignes de production – sans compter la maintenance, le service qualité, la réception des matières premières et l’expédition. Et en ce moment, il n’y a pas une seconde à perdre : de mars à septembre, c’est la période haute de l’activité, invariablement liée à la météo.

La direction a toujours eu recours aux saisonniers – l’effectif pouvant alors atteindre 350 collaborateurs – mais, en 2012, elle a décidé de mettre en place l’annualisation du temps de travail pour une durée égale à 1 607 heures. « Nous aimons notre travail et, certes, nous avons un contrat avec l’employeur, mais on n’est pas là pour charbonner… et encore moins le samedi après-midi, qui devrait être réservé à la famille », souligne Hanan Lahyani, chef de ligne, entrée dans l’entreprise il y a plus de vingt ans.

Vingt-quatre heures payées trente-cinq

Dix ans plus tard, en 2022, face à l’explosion des commandes, la CFDT (seul syndicat représenté sur le site) a négocié un accord relatif au travail les samedis et dimanches, baptisé « accord SD ». En période haute, la direction peut faire appel pendant plusieurs semaines à des volontaires qui acceptent de travailler exclusivement le week-end, en deux fois douze heures. « Nous avons négocié la possibilité que ces vingt-quatre heures soient assorties de deux pauses de 30 minutes et payées trente-cinq heures », se félicite Hanan Lahyani, déléguée syndicale (depuis 2019) qui anime aujourd’hui une section d’environ 80 adhérents. « Après le maintien de fait en 2025 des cinq paniers-repas (à 7,50 euros nets chacun) dont bénéficient les équipes tournant la semaine, l’accord SD 2026 intègre enfin cette mesure pour les salariés volontaires », ajoute Véronique Martin, référente harcèlement au sein de l’entreprise.

L’employeur dispose d’un délai de prévenance de quatorze jours pour mettre en place ou stopper une équipe SD, toujours composée d’une vingtaine de salariés. « Après une équipe SD à l’atelier sandwiches, une autre s’est montée dans l’activité salades en 2024, pendant les Jeux olympiques. Cette année, le prévisionnel prévoit une équipe SD sandwiches des semaines 19 à 36 et une équipe en salades des semaines 25 à 28 », explique Clément Moreau. Ce contrôleur de la palettisation chez Daunat depuis dix ans va rempiler pour la troisième fois, et ainsi « pouvoir s’occuper de [ses] enfants pendant la semaine ».

Ce dispositif engendre un tel engouement qu’il fait de l’ombre à celui qui permet de travailler trente heures payées trente-cinq durant une période allant du vendredi au dimanche. « La direction en est même venue à instaurer un roulement des équipes SD d’une année sur l’autre pour que tous les volontaires puissent bénéficier de cette opportunité », affirme Stéphanie Cousin, trésorière adjointe et postée en zone verte à l’expédition. Amandine Coquelle, qui œuvre depuis cinq ans à l’approvisionnement, va pouvoir tenter l’expérience pour la première fois cette année. Seule contrepartie : ne pas poser de congés payés pendant la période estivale. C’est pourquoi d’autres salariés, à l’instar de Hamdi Lachiheb, dernier arrivé dans l’entreprise et père de famille, qui siège au CSE1, préfère s’en tenir à ses postes du matin et de l’après-midi en semaine.

Les heures sup et l’intéressement

Les quinze élus CFDT ont d’autres faits d’armes à leur actif. « L’accord d’intéressement, négocié depuis 2022 sur une base de 500 euros, a permis à tous les salariés de toucher, en moyenne, 230 euros en 2025. Pour 2026, on voudrait une base de 600 euros, et réduire le poids de l’accidentologie dans les critères en faveur du nombre de visites dialogue sécurité », détaille Hanan Lahyani. « Malgré le compteur annuel, nous avons aussi obtenu dans les NAO2 salariales en 2025 et 2026 que chacun puisse être payé 9 h 37 supplémentaires (majorées à 25 % et défiscalisées) tous les mois », souligne-t-elle. Hanan, qui négocie également au nom de la CFDT au niveau de la branche des produits industriels élaborés, a demandé à la direction de Daunat Picardie de rouvrir la négociation vu la récente augmentation du Smic. « Pour les coefficients compris entre 125 et 145, cela représente environ 45 euros en plus, mais cela a provoqué un tassement de la grille des rémunérations. Il faudrait appliquer les + 2,4 % à tous les salaires ! », argue-t-elle.

Ces acquis pourraient bien inspirer les autres sites du groupe. À Arras (Pas-de-Calais), où seule la CGT est représentée, l’accord SD a donné des idées aux élus mais la direction a refusé la mise en place d’un tel dispositif en raison de son coût. D’ailleurs, rien ne garantit que l’accord sera reconduit l’année prochaine à Chambry. « Le dernier site créé à Marzan (Morbihan), en 2024, vient d’ouvrir une ligne poulet et pourrait nous reprendre de l’activité à l’avenir, selon la direction », craint Hanan Lahyani, qui note que l’usine bretonne – dont les lignes de production sont plus automatisées qu’en Picardie – peine, malgré tout, à recruter. Seule consolation dans ce cas : la possibilité de prendre trois semaines de congés l’été plutôt que deux jusqu’alors.

Vers un CSE de groupe ?

Daunat Picardie, une des cinq entités détenues par le groupe Norac Foods France, prend aussi des volumes au site d’Arras (162 collaborateurs), débordé chaque année par la demande – preuve que les sites, autonomes, fonctionnent comme un groupe. En vue des prochaines élections professionnelles, en 2027, la CFDT a donc pris contact avec les élus d’Arras afin d’envisager la constitution d’un CSE de groupe. « Il faudrait que la CFDT, qui a déjà un délégué syndical sur le site de Sevrey (Saône-et-Loire), y obtienne des élus et qu’elle monte une liste à Marzan », estime Hanan Lahyani, qui voit là l’opportunité d'échanges renforcés et d’un certain impact dans le dialogue social comme en matière budgétaire.