À Saint-Étienne, la CFDT obtient le renforcement de la sécurité du réseau de transports urbains

temps de lecture Temps de lecture 6 min

icone Extrait de l'hebdo n°4021

Depuis début avril, policiers et gendarmes patrouillent dans les transports en commun de l’agglomération stéphanoise. Si la police des transports existe déjà dans un certain nombre de villes en France, à Saint-Étienne, il a fallu cinq ans et la mobilisation acharnée de la section CFDT pour obtenir une brigade spécifique opérant sur l’ensemble du réseau métropolitain.

Par Claire NillusPublié le 30/06/2026 à 12h00

image
© Syndheb

Confiée par délégation de service public au groupe Transdev, la Société de transports de l’agglomération stéphanoise (Stas) dessert 53 communes et plus de 400 000 habitants. Elle emploie 700 personnes dont 450 conducteurs. Comme dans d’autres villes, les incivilités sont devenues une de leurs préoccupations majeures. La situation n’est pas nouvelle : conducteurs et contrôleurs sont exposés depuis longtemps déjà à des actes de violence. Malheureusement, la situation s’est aggravée au fil des années. « Insultes, crachats, jets de projectiles, dégradations de véhicules, menaces de mort font désormais partie de notre quotidien », explique Hicham Tamsna, le délégué syndical CFDT SNTU.

Deuxième organisation syndicale à la Stas, la CFDT est toutefois la première à se mobiliser sur ce sujet. La section se démène depuis des années : préavis de grève, prises de parole devant les médias, interpellations répétées des élus à la mairie, à la préfecture et à la métropole afin de réclamer des mesures renforcées en matière de sécurité des personnes et des biens. Parmi celles-ci, la CFDT a longtemps demandé une brigade métropolitaine des transports. « Nous sommes conscients que la sécurité est par nature multifactorielle et qu’il n’y a pas qu’une seule réponse à donner. Néanmoins, nous demandons à nos élus de prendre leurs responsabilités et de protéger au mieux les salariés et les voyageurs », poursuit Hicham.

Une coopération inédite entre les forces de l’ordre

En 2020, après une vague d’agressions graves, la section avait approché les candidats aux élections municipales afin de demander un service spécifique. Gaël Perdriau, l’ex-maire de Saint-Étienne, l’avait d’ailleurs mis dans son programme électoral. « Puis, en début de mandat, il nous a indiqué que le coût était trop élevé et qu’il convenait sans doute de rendre ce projet métropolitain », précise Hicham. Outre la question financière, le périmètre d’intervention faisait débat. Contrairement à d’autres brigades urbaines, les militants CFDT souhaitaient que le dispositif mis en place puisse sécuriser l’ensemble du réseau : la ville de Saint-Étienne intra-muros (placée sous l’autorité de la police) ainsi que les zones périurbaines et rurales qui dépendent majoritairement de la gendarmerie nationale. Cela nécessitait une convention spécifique entre les forces de l’ordre.

« En 2026, nous sommes retournés voir les candidats aux élections municipales (sauf celui du Rassemblement national) dans leurs locaux de campagne pour leur parler de nos besoins. Nous nous sommes rendu compte qu’ils ne disposaient pas des informations nécessaires », souligne Hicham. Finalement, une expérimentation financée par la ville de Saint-Étienne et répondant à la demande de la section a été mise en place juste avant les élections de mars 2026. Ainsi, depuis avril 2026, des patrouilles composées de trois policiers et trois gendarmes, tous réservistes, se rendent sur le terrain aux heures de forte fréquentation. Le dispositif couvre donc l’ensemble du réseau de la Stas, soit trois lignes de tramway, 83 lignes de bus et les 53 communes.

Un nouvel accord sécurité

La police ne peut pas tout et, dans la continuité des mesures engagées, un nouvel accord sécurité a été signé en juillet 2025, renouvelant celui de 2016. Seules deux organisations syndicales (sur les cinq représentatives à la Stas) l’ont signé : CFDT et CFE-CGC. « Cet accord n’est pas parfait mais il a quand même permis de redéfinir les niveaux d’alerte et de renforcer les dispositifs existants, qui ont prouvé leur efficacité », explique Hicham. C’est le cas des moyens de vidéosurveillance, des vitres anti-agressions ou encore du système d’appel de détresse, tous pérennisés.

Le rôle des managers de proximité évolue aussi afin de favoriser « une meilleure écoute des conducteurs et la prise en compte immédiate des situations à risque ». Comme le souhaitait la CFDT, quatre postes de « référents de ligne » seront créés d’ici à la fin de l’année ; leur mission consistera notamment à planifier et coordonner des actions de prévention dans les écoles et les associations de quartier avec les acteurs locaux. De plus, l’entreprise a créé son propre service de prévention en embauchant dix-sept personnes dédiées à la lutte contre les incivilités sur le terrain.

La prise en charge des frais d’accompagnement

Enfin, pour les salariés victimes d’agression, le texte de l’accord précise les mesures d’accompagnement mises en place, dont un suivi psychologique pris en charge par l’employeur, la mise à disposition d’un avocat, le remboursement des restes à charge en cas de frais médicaux non compensés par la Sécurité sociale ou la mutuelle. Une commission de suivi de l’accord se réunira trois fois par an afin de faire le bilan de ces mesures.

Évidemment, la section CFDT reste sur le qui-vive. « La peur est toujours là », disent ses membres. « On prend sur nous pour contenir une situation à risque, pour que ça ne déborde pas. » Ils comptent maintenir la pression afin que la brigade soit pérennisée. Car ils connaissent un autre motif d’inquiétude : la nouvelle majorité municipale a annoncé son intention de rendre les transports en commun gratuits le week-end, en commençant par une expérimentation les samedis à partir de septembre 2026.

À propos de l'auteur

Claire Nillus
Journaliste

L’objectif affiché par la mairie est de redynamiser le centre-ville, dont la fréquentation a baissé, en facilitant l’accès aux commerces et aux loisirs. Les militants CFDT sont d’autant plus circonspects qu’aucun renforcement de l’offre de transports n’est envisagé à ce jour, alors que la fréquentation va vraisemblablement augmenter pendant la journée du samedi… avec potentiellement plus d’incidents sur le réseau.